INTRODUCTION
Au cours de cette terrible guerre qui vient de bouleverser le monde, ayant servi pendant quatre ans comme médecin auxiliaire dans un Régiment colonial auquel était affecté un bataillon de Sénégalais, nous avons été frappé du nombre vraiment considérable d’Indigènes et même d’Européens qu’il nous fallut évacuer vers l’arrière, pour un mal étrange dont l'intensité et même la forme n’avait pas été observées jusqu’alors.
Simple débutant à cette époque dans la carrière médicale, comprenant beaucoup moins qu'aujourd'hui l'intérêt qui s’attache à l'étude des questions nouvelles, nous faisons appel à l’indulgence de nos juges et nous nous exeusons ici de n’avoir pas su retenir les observations si nombreuses que nous avions alors sous les yeux. Néanmoins, ayant eu l’occasion d’en observer, au début de chaque hiver, des centaines de cas, l’idée de ce travail nous en est venue.
Pour certains malades, il s'agissait de troubles sensitifs: extrêmement pénibles, survenant à la suite d’un séjour prolongé dans les tranchées, mais, pour d’autres, le processus observé se compliquait de l’apparition de phénomènes plus graves, comme l’œædème, les phlyctènes et les plaques de gangrène.
On avait bien décrit, sous le nom de gelures, des accidents analogues survenant au niveau des membres inférieurs, et Larrey, dans ses Mémoires ; Legouest, Valette et Maupin, après la guerre de Crimée, en ont donné des descriptions remarquables, La guerre de 1870 et le très rude hiver de 1879 furent
Or
, . 2 Q ’ 2 l’occasion de nouvelles études clairement exposées par Tédenat dans sa thèse d’agrégation. |
: H parut pourtant singulier à beaucoup d’observateurs que ces accidents se soient produits dès l'hiver 1914-1915, qui fut très clément ; nous nous souvenons, d’ailleurs, que nos braves Sénégalais se présentaient à la visite, résumant ce qu’ils éprouvaient par une expression toujours la même : « Ça pique. » Nous comprenions alors qu’ils venaient se plaindre de douleurs aux pieds, bien que l'hiver ne fut pas encore commencé et que la température, souvent, ne descendait pas au-dessous de + 100, De plus, si, en 1870, on avait vu un grand nombre de gelures, elles étaient souvent localisées aux mains, aux oreilles, au nez, c’est-à-dire aux parties périphériques exposées à l’air ; or, dans la dernière guerre, les accidents s’observaient à peu près exclusivement au niveau des membres inférieurs, surtout des pieds. Il parut alors que le terme de gelures était mal choisi, car il impliquait une étiologie trop précise, l’action unique du froid, et l’on adopta, pour l’étude de ces phénomènes, l’appellation plus générale de « Pieds de tranchées ».
Cette affection peut cliniquement se présenter sous trois aspects :
1° Certains malades accusent des douleurs sans rien d’objectif ;
20 D’autres, outre les douleurs, présentent de l’œdème du pied et parfois de la jambe ;
30 Les derniers, enfin, ont des douleurs, de l’œdème, un aspect violacé des orteils, des phlyctènes et des escarres.
Nous avons là un ensemble de signes qui, au point de vue séméiologique, sont des troubles sensitifs, vaso-moteurs et trophiques, traduisant la souffrance des nerfs des membres inférieurs, en particulier ceux des pieds,
Les accidents qui constituent ce qued’on étudie sous le nom de pieds de tranchées, sont surtout pour Delorme, le docteur M. de Fleury et un grand nombre d’auteurs, des phénomènes