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CHAPITRE II

Les GRANDES NÉVROSES - L'HYSTÉRIE

L'hystérie, que nous avons vu fréquemment mentionner par les anciens auteurs sous le nom de vapeur ou de sufj'ocalwn de matrice^ est la grande névrose par excellence, celle dont Andral disait qu'elle embrasse, à peu de chose près, l'ensemble des affections nerveuses ; celle dont les manifestations paraissaient à Sydenham si universelles et si variées, qu'il écrivait : « L'affection hystérique imifo presque toutes les maladies qui arrivent au genre humain. »

Dans ces derniers temps, la neurasthénie s'est annexé une partie du territoire de l'hystérie. Un bon nombre des faits relatés au chapitre précédent auraient figuré autrefois sous le nom de l'antique névrose dont nous allons nous occuper.

Mais en même temps que s'établissaient certaines démarcations de frontières , le champ clinique de cette névrose était mieux exploré et plus exactement décrit ; et l'importante notion des stigmates, due aux travaux de Gharcot et de ses élèves, venait jeter sur celte maladie, jadis si obscure et comme mystérieuse, une éclatante lumière qui permet de reconnaître aujourd'hui le type hystérique aussi nette-

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ment qu'une maladie organique, affectant telle ou telle partie du système nerveux.

L'anesthésie et l'hyperesthésie cutanées, disposées suivant certaines conditions topographiques ; la paralysie ou la parésie musculaire, la contracture musculaire, sans altération anatomique locale ou éloignée ; le caractère mobile et fugace des symptômes ; un certain état mental ; la contradiction flagrante qui se manifeste en général entre la violence des symptômes et l'intégrité des organes,... voilà quelques-uns des traits essentiels qui servent à constituer la physionomie spéciale de l'hystérie, sans qu'il soit nécessaire de recourir à la crise convulsive, phénomène inconstant quoique absolument caractéristique ; épisode significatif, mais non indispensable dans le tableau.

Les faits nombreux qui vont se dérouler dans ce chapitre , sous une forme sommaire et concise, demandent à être présentés avec quelque ordre, avec une apparence de classement. Voici le classement que nous avons cru devoir adopter, en dehors de toute conception du préoccupation théorique, uniquement parce qu'il nous a paru plus propre qu'un autre à mettre en évidence les ressources de notre thérapeutique thermale dans cette curieuse maladie.

Avec ou sans attaques convulsives, l'hystérie peut d'abord être envisagée comme une maladie simple, idiopathique , ne reposant pas sur une affection diathésique ou constitutionnelle ; voilà la matière d'un premier paragraphe.

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Vn deuxième paragraphe contiendra, au contraire, les cas d'iiystérie évoluant sur un terrain morbide qui peut en modifier l'essence et les manifestations.

Dans un troisième paragraphe, nous passerons en revue les symptômes hystériques qui se manifestent, presque isolément, constituant à eux seuls la maladie, ou qui rejettent dans l'ombre, par leur importance exceptionnelle, les autres éléments du tableau.

Des symptômes analogues par leur importance, mais ne relevant pas d'une cause nerveuse, peuvent être associés à l'affection hystérique : ils réclament , comme les accidents hystériques locaux, un traitement particulier. Ce sont, par exemple, des désordres thoraciques. dépendant ou non d'une cause diathésique ; ou des désordres gastro-intestinaux, ou môme des accidents d'une toute autre nature, comme dans l'observation lxxxi . l'hydarthrose du genou qui nécessita la douche de Fontaine-Nouvelle.

ob-w-rvaiion M'^^ C..., 23 aus, fut prlse, il y a six mois, un soir

du mois de janvier, comme elle venait de se mettre au lit, d'une crise nerveuse qui l'effraya beaucoup, elle et sa famille. Elle sentit brusquement une boule monter à sa gorge et l'étouffer: elle sauta à bas du lit, et elle se débattit un quart d'heure, se roulant par terre et cherchant à retrouver la liberté de la respiration. La crise passée, il ne lui resta rien que le souvenir terrifiant de ce qu'elle venait d'éprouver. Cette crise se renouvela le lendemain et les soirs suivants, presque à la même heure, avant de s'endormir. Puis les crises s'apaisèrent, ne se reproduisant

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qu'au bout d'une semaine, ou môme à un plus long intervalle; les deux dernières ont éclaté la veille des périodes menstruelles.

M"'' G... vient de passer vingt-cinq jours à Toulouse , dans l'établissement hydrothérapique du D' Noguès. Notre distingué confrère, qui a pu l'examiner à loisir, a reconnu chez elle les signes indubitables de l'hystérie. Il lui a fait prendre des douches froides, et il l'envoie à Bagnères pour changer d'air et continuer le traitement par l'eau froide.

En dehors de ses crises , M"^ G... se plaint de troubles digestifs (bouche sèche, langueurs d'estomac, constipation); d'une grande impressionnabilité, particulièrement d'une susceptibilité extrême de l'odorat, qui lui fait redouter toutes les odeurs; de palpitations, de rhumes fréquents qu'elle contracte au moindre refroidissement ; de pertes blanches • de faiblesse générale (anémie).

Je lui prescris l'eau de la Rampe, l'eau de Labassèrc et , suivant les conseils du D' Noguès , la douche froide de 30 secondes et le bain de siège froid à eau courante de 15 secondes. Quelques bains de St-Roch.

M"^ G... est venue à Bagnères pendant trois années. Ghaque saison a été suivie d'une amélioration marquée : la première année, elle n'a eu qu'une attaque d'hystérie. Les années suivantes , elle n'en, a plus eu du tout. Le système nerveux a repris son équilibre. Les troubles digestifs se sont effacés, les forces sont revenues.

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Observation ^^"^ D--- Gst siiJGtte à d-Gs crlses de nerfs, qui ont ^^' été plusieurs fois occasionnées par des mouvements de colère : elle tombe sans connaissance , et elle entre parfois dans un état de léthargie qui cause à son entourage de grandes inquiétudes, au point qu'on lui a une fois administré l'extrême-onction.

En dehors de ces attaques, elle se plaint de palpitations, de douleurs violentes au sommet de la tête, de douleurs lombaires et d'une hyperesthésie abdominale qui ne permet pas la moindre palpation sans arracher des cris de douleur. Troubles dyspeptiques, rendant l'alimentation difficile et entraînant, par conséquent, une assez grande faiblesse.

Eau de Salut en boisson et en bains. Douches tempérées, et, plus tard, écossaises.

Excellent résultat.

Observation M''^ PI... ost sujcttc à dcs crisGs d'hystérie bien caractérisées. Elle éprouve, en outre, de fréquents tremblements, des crampes d'estomac et des nausées qui viennent par crises, des douleurs diversement localisées , une salivation importune avec besoin continuel de cracher, des palpitations, etc.

Traitement par Salut et par la douche écossaise. Succès.

Les observations lvih à lix ont été recueillies dans les notes que nous a communiquées M. Dejeanne.

Observation Hystériquc par les troubles du caractère et de l'intelligence, hystérique par les troubles de la

LVIH

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motilité, M"'' V... est envoyée à Bagiières par son médecin de Paris pour apaiser son état nerveux et prévenir le retour des crises dont elle a été atteinte.

Pendant qu'elle se baigne à Salut, elle est prise de métrorrhagies, dont l'apparition tout à fait imprévue alarme vivement la famille. Le D' Dejeanne, après une courte interruption, fait continuer le traitement. Cet accident ne se renouvelle pas, et M"^ V... s'en va de Bagnères dans un excellent état de santé, qui s'est maintenu. Elle est aujourd'hui mariée et mère de famille.

L'accident hémorrhagique qui se produisit pendant le traitement est de ceux qui autorisent le médecin à supprimer les bains. Notre confrère se contenta de les suspendre quelques jours, et il n'eut qu'à se louer de la reprise du traitement, parce qu'il s'agissait ici d'un tempérament éminemment nerveux et que les bains de Salut sont essentiellement modérateurs de l'innervation vaso-motrice.

M"" G..., 22 ans. observation

Voici la note fournie par son médecin : « M"^ G... olire, depuis quatre ou cinq ans, des symptômes d'hystérie non convulsive. Aphonie , toux hystérique , spasme œsophagiens ou pharyngiens se sont montrés tour à tour, les uns pour rester, les autres pour n'apparaître qu'à de longs intervalles, comme l'aphonie. Ce qui domine, chez elle, c'est une atonie particulièrement tenace des voies digestives. »

On a essayé les agents nerveux divers , les modificateurs généraux de la nutrition : l'hydrothérapie.

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les courants faradiques, le séjour au bord de la mer, les eaux de Gauterets, etc. « Tout a été à peu près sans résultat notable ; si bien , dit le médecin de M"® G..., que j'étais arrivé dans ces derniers temps à ne prescrire que des promenades bi-quotidiennes. » — L'eau et les bains de Salut réussissent là où des médications multiples ont échoué.

La thèse de Cascua et la monographie de Gouzier renferment plusieurs cas intéressants d'hystérie traités avec succès par les eaux de Salut.

Observation L'obsorvatiou xxiii de Gascua concerne M'"^ P... qui était sujette à des crises nerveuses, avec bâillements, sensation de boule, constriction des mâchoires, perte de connaissance... Les eaux de Sakit, l'eau ferrugineuse et les douches froides amenèrent une guérison qui s'est maintenue.

Observation Daus Tobservatiou xxiv, il est question de Mademoiselle JuUe L... qui avait jusqu'à trois crises par jour , d'une demi-heure de durée. Une première saison à Bagnères rendit ces crises moins fréquentes, et une seconde saison les fit disparaître.

Observation L'obscrvatlou xxvii nous présente un cas de para-

lysie et d'anesthésie hystériques, dont les bains de 5a/wï eurent raison.

Observation Daus l'obscrvation xxvni , M""* G..., adressée à Bagnères par le D' Jules Simon, présente surtout les troubles de l'hystérie mentale, après avoir eu des attaques pendant plusieurs années; elle a aussi le phénomène de la boule, des phénomènes anesthésiques « en un mot un ensemble de symptômes qui ne

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peut laisser aucun doute sur la nature de la névrose et sa chronicité. »

M™* G... mène une vie insupportable pour ellemême et pour son entourage. On a épuisé sans succès toutes les ressources de la thérapeutique.

A Bagnères, Mn^^G... prend les eaux de Salut en bains et en boisson.

« Ce traitement réussit à merveille et opère en M°>" G... une véritable métamorphose. M"» G... se retire à peu près guérie, ne conservant de son état précédent qu'une certaine susceptibilité nerveuse. La guérison s'est maintenue. M"« G... revient à Bagnères par reconnaissance. »

Parmi les faits rapportés par le D' Gouzier dans sa monographie, mentionnons un cas d'hystérie chez une jeune femme, M'"« de L..., qui se plaignait de névralgies violentes et d'attaques nerveuses remontant à trois ans ; ces attaques partaient de l'ovaire gauche. M"* de L... était en outre sujette à un tremblement spasmodique des muscles de la face.

L'eau ferrugineuse du Grand-Prê, les bains de SaUit et les douches froides circulaires amenèrent une guérison temporaire. Les accidents nerveux s'étant reproduits huit ans après , le même traitement fut repris avec succès.

Nous trouvons dans la même monographie un cas de contracture des extrémités. Il s'agit d'un facteur rural de 45 ans, à qui on ne connaît comme antécédents que quelques habitudes alcooliques. « Depuis six mois environ, il a observé, au retour de ses courses, de l'engourdissement et de la raideur

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dans les orteils, des crampes dans les jambes. Ces symptômes sont allés s' aggravant, malgré les bains de vapeur dont il a fait usage. Lorsque les crampes le prennent (et la chose arrive aujourd'hui à toute heure de la journée, à tel point qu'il a dû cesser son service), les orteils sont fléchis sous la plante des pieds, le talon porté en haut, et parfois la contracture s'étend jusqu'aux muscles de la cuisse, qui est fléchie sur le bassin. La contracture est symétrique, très douloureuse, et toutefois cède facilement à l'extension continue. Le malade accuse des douleurs violentes le long de la colonne vertébrale, surtout au niveau des dernières vertèbres. Il a déjà pris, sans consulter un médecin , six bains de Salut , dont il semble éprouver quelque amélioration , et me demande s'il n'existe pas d'eaux plus actives. Je l'engage à continuer.

» Le 30 mai 1878, le malade vient me trouver et va beaucoup mieux. Les crises ne se renouvellent que tous les deux ou trois jours, sont moins douloureuses. Après avoir pris vingt-huit bains, il quitte Bagnères guéri. Le malade m'a fait savoir que la guérison s'était maintenue. »

Dans le chapitre qu'il consacre aux affections nerveuses, Ganderax énumère les symptômes caractéristiques de l'hystérie : les tremblements, la gêne de la respiration, les resserrements spasmodiques variés, les palpitations de cœur, les suffocations, les aberrations du sentiment de l'appétit et de la soif, la boulimie, la pyrose, la cardialgie, et il déclare qu'on ne peut se refuser d'admettre l'efficacité des eaux

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thermales contre tous ces « accidents nerveux qui font le tourment de l'existence de ceux qui en sont frappés. »

Sur les cinq observations détaillées que contient le chapitre des affections nerveuses^ il y en a bien trois qu'on peut rapporter à l'hystérie.

Dans l'un, il s'agit de Mme la comtesse de B..., observnUoa âgée de 19 ans et mariée depuis quatre mois. Tempérament lymphatico-nerveux ; engorgement lymphatique d'un sein ; anémie. Les désordres du système nerveux consistent dans « des spasmes fréquents , parfois des mouvements convulsifs, généraux, des crampes aux extrémités inférieures, des lipothymies, la perte totale de Pappétit, ou du moins un caprice continuel dans le choix des aliments. Une atonie, une prostration des forces, qui accablaient la malade durant plusieurs heures, une insomnie affligeante, ajoutaient encore à ses maux. » Ce fut dans cet état pénible que Mme la comtesse de B... fut envoyée à Bagnères par son médecin de Bordeaux.

L'eau ferrugineuse est prescrite en premier lieu, à la dose progressive de quatre à six verres par jour, en y comprenant l'eau prise au dîner. Le sixième jour, la malade commence à prendre les bains de Salul, qui furent continués, ainsi que l'eau ferrugineuse, durant deux semaines.

L'appétit est revenu , les fonctions diverses se relèvent, la tumeur du sein disparaît. L'exercice, à pied et à cheval, vient en aide au traitement. Sommeil, bonnes digestions, vigueur générale,

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embonpoint, tout annonce le retour de la santé, et une grossesse conduite à bonne fin achève de réaliser toutes les espérances.

Mme de B... revint l'année suivante pour faire une cure de reconnaissance.

Observation Mme la comtesso de R... (IV observation de Ganderax) était parvenue à l'âge de .'JOans avec une santé dérangée : tempérament lymphatique , état de langueur très accusé ; faiblesse accrue par des fausses couches ; attaques de convulsions ; appétit capricieux, digestions irrégulières.

Ganderax prescrit l'eau ferrugineuse, un régime approprié ; puis les symptômes digestifs s'amendant, quelques bains tempérés et quelques verres d'eau saline.

Grande amélioration, consolidée par plusieurs saisons ultérieures.

Observation L'observatlou II du môme chapitre concerne un homme de 30 ans, M. P..., qui, depuis l'âge de 25 ans, « s'était livré à plus d'un genre de désordre. Des accidents convulsifs se manifestèrent; des spasmes fréquents , des crampes le tourmentèrent durant plusieurs années. » Appétit inégal, alternative de constipation et de dévoiement. Insomnie fréquente, mélancolie profonde.

Après avoir vainement essayé de nombreux traitements, le malade arriva à Bagnères « frappé de l'idée qu'il périrait, si les eaux minérales ne lui étaient pas favorables. »

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La première impression qu'il lit au D"" Ganderax n'était pas rassurante. Le docteur prescrivit d'abord un bain chaud, le lendemain deux verres de Salut : une selle abondante ayant mis tin à la constipation qui durait depuis plusieurs jours, les bains et l'eau de Saluù furent continués, bientôt avec adjonction d'eau ferrugineuse et aussi d'eau saline , dont le malade prenait un verre en se couchant.

Les digestions devinrent meilleures, la mélancolie diminua, « la gaieté vint ensuite caresser le malade de ses charmes, >♦ le sommeil reparut. L'exercice du cheval fut ordonné. Les crampes , les convulsions diminuèrent de fréquence et d'intensité. « Après trois mois et demi de séjour, il quitta Bagnères, délivré de tous les maux pour lesquels il était venu recourir à ses eaux minérales. »

Cette très intéressante observation, que nous avons un peu écourtée, suggère quelques réflexions, tant au point de vue du traitement , que de la maladie elle-même.

Le traitement s'est composé d'eau de Salut ^ d'eau ferrugineuse, d'eau saline, de bains chauds. Quelle est cette eau saline, quels sont ces bains chauds? L'eau saline, d'après ce que nous savons de la médication hydrominérale de Bagnères à cette époque , devait être l'eau de Lasserrc , qu'on a longtemps considérée comme notre eau saline et purgative par excellence.

Quant au bain chaud, il est assez difficile de préciser de quel bain en particulier il s'agissait; Ganderax, en vertu des idées doctrinales que nous

avons fait connaître, attachait moins d'importance au bain qu'à l'eau prise en boisson. Ses observations ne contiennent, au sujet des bains, que de rares et vagues indications. A peine mentionne-t-il quelque part le bain chaud et le bain tempéré de la Gutière. Les deux sources de la Gutière avaient 30° et 31° Réaumur, ce qui correspond à 37°5 et 38° centigrades; mais on utilisait dans l'établissement de la Gutière une troisième source, provenant du Petit-Bain^ laquelle avait une température de 37° : c'est probablement avec cette source que l'on donnait les bains chauds; elle servait aussi à donner des douches.

L'observation que l'on vient de lire présente certains phénomènes qui sortent un peu du cadre de l'hystérie : les dérangements digestifs, l'insomnie et surtout la mélancolie et le découragement du malade sont plutôt le fait d'un neurasthénique que d'un .hystérique. Ajoutez à cela l'étiologie de la maladie, la vie de désordres que l'on rencontre si souvent à l'origine de la névrose de Beard. Nous somme porté à mettre au bas de cette observation le diagnostic d'hystéro-neurasthénie, névrose complexe, qui a fait dans ces derniers temps l'objet de plusieurs cliniques, de Gharcot (v. Leçons du Mardi)^ et que le professeur de la Salpétrière a observée de préférence chez les hommes et à la suite de traumatismes.

C'est peut-être le moment de dire un mot de l'hystérie chez l'homme. L'hystérie existe chez l'homme, bien que très rarement. Nous ne sommes

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plus au temps où Louyer-Villermay pouvait écrire : « L'homme ue peut être hystérique, puisqu'il u'a pas d'utérus. » La théorie utériue, déjà battue eu brèche au xvn'^ siècle par Willis et Sydeuham, a été, de uos jours, complètemeut ruiuée par l'Ecole de la Salpétrière, et l'existence de l'hystérie chez l'homme n'est généralement plus contestée. Il nous a été donné d'en observer quelques cas dans notre pratique thermale.

Nous croyons avoir remarqué — et nous consignons ici cette remarque comme une modeste contribution à l'étude de la question, — que la neurasthénie et l'hystérie présentent un rapport inverse au point de vue de leur fréquence dans l'un ou l'autre sexe : nous avons observé la neurasthénie plus souvent chez l'homme que chez la femme, et, si l'on veut bien considérer que dans le cabinet d'un médecin consultant aux eaux de Bagnères, le nombre des femmes est au moins trois fois celui des hommes, on conviendra que notre observation a quelque portée. Nous avons pour nous l'opinion de Levillain, mais il l'exprime avec quelque réserve, et d'autres auteurs ont soutenu une opinion contraire.

S'il nous était permis d'exposer sur ce point d'étiologie médicale une manière de voir personnelle , nous dirions que la neurasthénie est la névrose de l'homme , comme toute proportion gardée, l'hystérie est la névrose de la femme. La neurasthénie a très souvent pour cause principale et immédiate le surmenage social, les émotions et les fatigués du struggle for life, des luttes commer-

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ciales, industrielles, politiques, et, sur ce champ de bataille, c'est l'homme qui combat et qui succombe.

L'hystérie se gagne sur un autre théâtre; elle est généralement occasionnée par des troubles passionnels intimes, des chagrins domestiques, des épreuves morales qui ont pour théâtre le foyer, l'intérieur de la famille, où uniquement le cœur de la femme. Il s'opère chez la femme , parfois à l'insu de tous , dans son imagination ou dans ses sens, des révolutions qui la bouleversent et la jettent en proie à l'hystérie, comme les révolutions politiques ou les secousses commerciales peuvent briser un homme et le rendre neurasthénique.

Chez l'homme, c'est un affaissement qui se produit, un épuisement nerveux (nervous exhauslion^ de Beard). Chez la femme, c'est plutôt une perversion des instincts, des sens, des facultés, ce qu'on a appelé le détraquement hystérique.

Voilà les idées qu'il nous plairait de développer si les limites de ce travail pouvaient nous le permettre et si nous n'avions souvenance du précepte du fabuliste : «c Ne forçons point notre talent. »

Il est de toute façon plus sage de nous en tenir à la constatation du fait.

§ 2. — Lliystérie et les diathèses.

Diathèse arthritique. — Robert Whytt écrivait, il y a plus d'un siècle : « J'ai reconnu que les maux hystériques étaient causés très souvent par une humeur de rhumatisme ou de goutte. » Ce qui est

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incontestable, c'est qu'il existe des affinités étroites entre l'arthritisme et l'hystérie. Nous pourrions répéter ici ce que nous avons dit de la neurasthénie.

L'arthritisme et l'hystérie peuvent co-exister chez le môme malade et se localiser également sur tel ou tel point du système nerveux, laissant le médecin indécis dans le diagnostic à porter et le traitement à instituer. Une douleur articulaire ou viscérale, une paralysie, peuvent être déterminées aussi bien par le rhumatisme que par l'hystérie ; chacune de ces affections est susceptible de produire un mouvement lluxionnaire, l'affection nerveuse agissant par l'intermédiaire des vaso-moteurs.

La réunion de ces deux éléments morbides sur un même sujet, complique et aggrave la situation et nécessite, quand il s'agit de suivre un traitement thermal, un ensemble de ressources que possèdent peu de stations.

Mlle de N... était venue, cinq ans avant, à observ^ion Bagnères, pour soigner des douleurs rhumatismales ; elle avait laissées dans les bains de la Reine. Elle vient maintenant (1882) pour des douleurs qui siègent dans l'ovaire droit et qui sont parfois le point de départ de crises hystériformes. Ces crises sont suivies de parésie des membi'es inférieurs, de douleurs lombaires et sciatiques qui l'obligent à garder le lit plusieurs jours. Elle est somnambule. Elle a de la dyspepsie flatulente et même de la pneumatose gastro-intestinale. Elle perd régulièrement un peu, au milieu des intervalles menstruels.

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comme si elle avait des règles supplémentaires.

Traitement suivi : bain du Platane^ douches

écossaises. Résultat excellent, immédiat et ultérieur.

Observation C'était oncorc une arthritique que Mlle R..., qui

fut envoyée à Bagnères en 188G par le docteur Arnozan. Fille et petite-fille d'arthritiques, elle avait eu, en 1883, une pleurésie dont les suites nécessitèrent plusieurs saisons à Gauterets. Elle avait présenté aussi un peu d'empâtement rhumatismal aux genoux.

Mais c'était pour une toute autre maladie qu'elle venait à Bagnères. Mlle R... — nous l'appellerons Berthe dans ce récit — était atteinte depuis quatorze mois d'une coxalgie fonctionnelle du côté gauche : contracture permanente des muscles de la cuisse, — abduction, rotation en dedans et extension du membre ; douleurs à la hanche et au genou, — voilà pour la coxalgie.

L'état nerveux de la malade se caractérisait par de l'hémxianesthésie à gauche, de la parésie du côté droit, des accès demi-convulsifs , du ballonnement stomacal et des éructations survenant par crises. Accès de migraine ou de céphalalgie. Caractère inégal, passant de l'indifférence à l'idée fixe ou à l'entêtement.

Comme vestige de dispositions arthritiques, je constatai quelques légers craquements dans l'articulation du genou droit.

Le D"" Arnozan m'écrivait que la malade avait été

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examinée sous le chloroforme et qu'on avait reconnu l'état anatomique normal de l'articulation coxofémorale, bien qu'au début de cette atfection on eût constaté quelques craquements dans la hanche.

Mais cette coxalgie, réelle ou non, résistait à tous les traitements : immobilisation dans une gouttière de Bonnet pendant dix mois; électrisation faradique et galvanique, application des aimants, massage, hydrothérapie... A peine, à la suite de l'immobilisation, avait-on obtenu une amélioration temporaire; les symptômes ayant repris toute leur intensité, on avait dû remettre le membre dans la gouttière, et c'est dans cet état que la malade arrivait à Bagnères. Elle s'était fait suivre d'une petite voiture à bras où elle pouvait s'étendre comme dans son lit et qui devait servir à la promener et à la porter au bain.

.Te fis faire, avec le concours de l'administration thermale, un brancard de sangles qui devait permettre de plonger la malade dans le bain sans déterminer un changement de position ni une secousse dans le membre contracture. Je choisis le bain-douche de la Reine ^ au rez-de-chaussée des Thermes, à cause de la plus grande facilité qu'il y avait à porter la malade dans ce bain.

Température : 3b^. Durée : 25 minutes.

Le premier bain fut bien supporté.

Après le quatrième bain , Berthe éprouva à la jambe droite quelques douleurs qui alarmèrent un moment la famille. Mais, en môme temps, la contracture semblait diminuer du côté opposé.

La malade sortait tous les jours dans sa voiture.

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Après le dixième bain, la malade put être assise dans un fauteuil, ce qui ne s'était pas vu depuis longtemps. J'abaissai la température du bain à 33°, et portai sa durée à 40 minutes.

Le traitement fut interrompu , vers le treizième ou quatorzième bain, par l'apparition du mois, qui fut douloureuse comme d'habitude.

Puis le traitement fut repris. L'amélioration allait en s'accentuant : Berthe s'asseyait près de la table, dans son fauteuil, à l'heure du repas. Elle put faire une promenade avec ses parents dans un landau. Mais elle gardait toujours sa jambe étendue dans l'appareil ; la déviation du membre persistait, ainsi que l'anesthésie, la parésie, les maux de tête violents, les troubles digestifs.

Au bout d'un mois, je crus opportun d'essayer des douches, tempérées et à faible pression. Le résultat ne fut pas encourageant; la malade sentit revenir la douleur au membre inférieur gauche.

Ce petit incident — ou accident ■ — affecta la malade et parut enrayer les progrès , lents mais réels, que j'avais constatés vers la guérison.

Déjà, la famille songeait à quitter Bagnères pour aller consulter, en Hollande, le célèbre médecin masseur Mezger.

Le 18 août, je fus appelé auprès de la malade. Elle voulait aller à Lourdes. Je formulai quelques objections, il tombait de la bruine, le temps était humide... Mais devant l'insistance de la malade, je dus céder, en recommandant toutes les précautions

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possibles. Berthe partit, avec ses parents, dans un landau fermé.

Le lendemain, dans l'après-midi, je recevais la dépêche suivante :

« Berthe guérie ; — contraction disparue ; — marche parfaitement. »

Plongée dans la piscine , Berthe avait retrouvé l'usage de ses membres. Les symptômes dyspepsiques disparurent en même temps. La guérison fut complète. Elle s'est maintenue. Berthe est aujourd'hui mariée et mère de famille.

Cet événement inattendu réalisait d'une manière soudaine les espérances conçues par le D' Arnozan. Il m'avait écrit, en effet : « Mon avis serait de faire à Bagnères un traitement régulier pendant quelques semaines ; de ramener ensuite la malade chez elle et de l'y laisser en repos pendant deux mois. L'effet du traitement thermal achèverait de se réaliser pendant ce temps de repos , et la guérison surviendrait ainsi. »

Le D' Arnozan avait porté un pronostic favorable et il avait eu raison de compter sur l'impulsion curative des eaux de Bagnères pour poursuivre son but.

Nous venons de voir des phénomènes nerveux se déclarer dans le jeune âge après quelques antécédents rhumatismaux.

Voici une dame qui a attendu soixante ans pour se révéler hystérique !

M""" V..., manifestement arthritique, avait été observation sujette pendant de nombreuses années à des poussées

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de bronchite dont elle eut beaucoup de peine à se débarrasser. Puis survinrent des arthrites des petites jointures, arthrites déformantes, mais pas très douloureuses, dont on reconnaît la trace aux deux mains.

Depuis deux ans, au moment de franchir le cap de la soixantaine, Tarthritisme a paru s'endormir pour faire place à des attaques de petite hystérie. En sus de ces crises, elle éprouve, d'une manière permanente, des symptômes digestifs assez accentués pour faire penser, au premier abord, à une lésion organique. Mais un examen approfondi et l'étude des antécédents autorisent à écarter cette supposition; il y a là, comme dans les symptômes généraux qui se produisent par crises, un facteur nerveux qui domine la situation.

L'eau et les bains de Salut, avei! quelques douches écossaises, viennent, par leurs bons effets, justifier cette manière de voir.

Cette curieuse observation que nous avons réduite à ses traits essentiels, nous a été communiquée par M. Dejeanne.

Nous devons également à l'obligeance de notre honorable confrère la commuuication des faits suivants (observations LXX à LXXII ).

observ.iiion M''*" G..., jcuue fille lymphatico- nerveuse, anté-

rieurement assez robuste. Depuis un au, s amaigrit progressivement et présente des symptômes d'anémie rebelle aux traitements ordinaires en même temps que des symptômes hystériformes.

Cet hiver, un épanchement liquide modéré s'est produit dans la plèvre gauche. Ce singuHer épisode

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est veau sans cause connue autre que la disposition arthritique du sujet, et s'est elîacé de même. A partir de ce moment, ramaigi'issement et l'anémie ont paru s'arrêter.

iM"" C... est envoyée à Bagnères pour y faire une cure d'air et une cure thermale.

Les bains du Foulon lui sont ordonnés pour combattre à la fois sa disposition arthritique et son état nerveux. Elle boit de l'eau ferrugineuse à ses repas.

Résultat des plus satisfaisants.

M"" G..., de Paris, présente des svmptômes ui^scrv^tion

^ " ^ LXXl

d hystérie mentale très accentués : irritabilité, versatilité, tendances capricieuses, volonté procédant par saccades et par impulsions, etc.

Cet hystéricisme s'est développé sur un fond arthritique dont les attributs sont reconnaissables soit sur la peau (acné rosacée, poussées congestives à la face), soit sur les articulations (douleurs vagues quand le temps change) , soit sur les viscères (irritabilité extrême de la vessie)...

Le Platane et le Foulon sont naturellement indiqués.

En môme temps qu'elle, sa jeune sœur, aussi douce et patiente que l'aînée est capricieuse et emportée, vient se traiter et refaire une santé ébranlée par une vie d'abnégation et de dévouement : elle est la garde-malade et le souffre-douleur de sa sœur aînée.

Son état anémique exige l'usage de l'eau ferru-

198 Les névropathes

giaeuse, quelques bains de la Reine et des douches écossaises.

Observation M"^ ***, artiste dramatique, appartenant à une

des premières scènes de Paris , est envoyée à Bagnères pour des phénomènes d'hystéricisme, et pour des congestions arthritiques siégeant sur les organes respiratoires, notamment sur le larynx. M"^ *** est sujette à des crises de toux spasmodique particulièrement fâcheuses dans sa profession.

Traitement suivi avec succès : Eau de Salut, bains du Foulon, gargarisme et pulvérisation de Salies.

Son fils, nature vive, ardente, tempérament nerveux, sommeil agité. Symptômes digestifs : foie gros, constipation, teinte pâle ou jaunâtre des téguments. Urticaire.

Salut et la Rampe, bains du Platane.

La grand'mère, atteinte de douleurs subaiguës siégeant sur les articulations et sur le nerf sciatique, se baigne à St-Roch.

Dans cette observation , nous voyons une grand'mère rhumatisante, une mère hystérique et arthritique et un fils qui présente les signes de la double tare maternelle.

Tous les trois ont trouvé à Bagnères les éléments d'un traitement approprié et complet.

Hystérie et Tuberculose. — L'hystérie peut se fixer sur l'appareil respiratoire et reproduire le tableau de la tuberculose : toux sèche et quinteuse, hémoptysies plus ou moins abondantes, respiration

à Ba^nères-de-Bigorre 199

saccadée à rauscultatioii , submadté à la percussion, etc.

D'autres fois, la tuberculose est bien réelle, et c'est l'hystérie qui eu masque les débuts. J'en ai connu, comme tous mes confrères, de ces malheureuses jeunes filles chez qui la mise en scène hystérique dissimule , pendant des mois ou des années, les ravages que fait dans la profondeur de l'organisme le terrible bacille de Koch.

Pour le D' Grasset, il y a dans cette association plus qu'une coïncidence, il y a un rapport de causes à effets. Il considère l'hystérie comme une maladie généralement symptomatique. « En cherchant bien, dit-il, on trouve toujours derrière l'hystérie soit une maladie locale, soit, plus souvent, une maladie générale. »

« Les causes fondamentales , dit-il ailleurs , sont constituées par le fond morbide, qui, le plus souvent, se cache derrière l'hystérie. »

11 développe ses idées par un exemple dans l'article Hystérie^ du Dictionnaire Encyclopédique : « Dans une famille de phtisiques , vous verrez parmi les enfants d'un tuberculeux, l'un mourir d'une méningite tuberculeuse, le deuxième devenir un phtisique vulgaire, le troisième échapper à la diathèse. Ce dernier sera un névropathe , un hystérique , un hypocondriaque, voire même un aliéné. Pour moi, il n'a échappé qu'en apparence à la diathèse héréditaire. 11 est tuberculeux comme les autres , mais il n'a de tuberculose nulle part. C'est la névrose qui est la manifestation de l'affection diathésique. Et ce

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qui le prouve, c'est que le même névrosique engendre des enfants chez lesquels la diathèse est encore présente et reprend souvent sa forme classique, etc. »

On nous pardonnera d'avoir insisté un peu sur ce point de doctrine médicale. Il ne nous appartient pas de prendre parti pour ou contre les idées du professeur de Montpellier ; mais ces idées ont le mérite d'attirer fortement l'attention du médecin sur la fréquence de l'association de l'élément diathésique et de l'élément nerveux, et , quelle que soit la manière de voir de chacun, on ne peut s'empêcher de reconnaître avec Grasset qu' « un diagnostic légitime et un traitement efficace dépendent de la connaissance de ces faits. » Ouand viendra la question du traitement, nous nous rappellerons utilement ces quelques réflexions.

Le fait suivant, que nous a communiqué M. Dejeanne, pourrait servir d'argument à cette doctrine : on voit se manifester chez la même malade des symptômes avérés de tuherculose chronique et des crises nerveuses qu'il est difficile de ne pas rapporter à l'hystérie.

Ce cas est en outre intéressant, parce qu'il démontre les ressources de Bagnères dans les maladies de poitrine lorsque, pour une raison ou pour une autre, les malades ne peuvent pas poursuivre leur traitement dans les stations sulfureuses spéciales, obscrvaiioti M'"^ D... allait à Eaux-Bonnes depuis dix-huit ans. Elle avait commencé à y aller jeune fille, en 1866, pour une grande susceptibilité des voies respiratoires avec tendance congés tive vers le sommet droit ; elle

à Bagnères-de- Bigorne 201

avait en même temps de l' angine amygdalo-pharyngée de nature herpétique.

Le résultat immédiat fut avantageux ; mais au moindre rhume , les signes thoraciques reparaissaient. Aussi M"''^ D... devint-elle une habituée des Eaux- Bon nés.

Elle eut en 1880 une pleurésie à gauche. La guérison fut longue à s'établir.

En 1882, l'appareil respiratoire était assez calme, quand survinrent, à la suite de causes morales, des accidents nouveaux, troubles nerveux et circulatoires qui attirèrent l'attention du côté du cœur et des vaisseaux. Mais Texamen de ces organes ne lit découvrir aucune lésion.

Ces troubles persistant (accès d'oppression, sensation d'angine de poitrine, palpitations), M""" D... est envoyée à Bagnères par son médecin des Eaux- Bonnes, « pour combattre, dit-il, cette névropathie locale, pour redonner de l'équilibre à l'organisme, pour empêcher le système nerveux de parler aussi haut. » Notre confrère ajoute que, « grâce à Labassère, les fonctions de l'arbre respiratoires ne seront pas oubliées et qu'on pourra, tout à la fois, calmer et tonifier l'état général et continuer l'action favorable des sulfureux. •>

Les vues du médecin d'Eaux-Bonnes étaient très justes : M'"^ D... a pu continuer à Bagnères son traitement local, en buvant les eaux de Labasscre et Salies, en prenant des pulvérisations phai'yngées et des irrigations nasales de Salies.

Elle s'est baignée à Salut pour ses accidents

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nerveux et son état général ; elle a très bien supporté ces bains et elle en a retiré les meilleurs effets.

M. Dejeanne qui l'a revue depuis, a eu le plaisir de constater que ces bons effets s'étaient maintenus.

Nous trouvons dans les notes de notre confrère un autre fait intéressant, quoique de nature différente. Il s'agit ici d'un prétendu début de phtisie. En réalité, il n'y a qu'un peu d'arthritisme et des phénomènes hystériformes.

ob^ervaiioii Lc D"" Bounemalson, de Toulouse, envoyant une de ses malades aux eaux de Bagnères, en 1878, écrivait à notre confrère :

« Mlle de F... est depuis longtemps sujette à une toux purement nerveuse, rythmée, qui ne reconnaît d'autre cause anatomique qu'un état congestif fréquent des muqueuses des premières voies... La toux est devenue plus fréquente et aussi plus ennuyeuse, se réveillant à chaque variation barométrique et hygrométrique, et aussi sous l'inlluence de la fatigue (fatigue déterminée par le travail intellectuel)... » En outre, sensations douloureuses au creux sous-claviculaire gauche . mais toujours sans signe stéthoscopique.

Le D' Bonnemaison insistait sur le caractère nerveux des accidents présentés par Mlle de F... ; il pensait que le séjour et les eaux de Bagnères pourraient être plus efficaces que les remèdes employés jusqu'alors.

11 ne se trompait pas. L'eau de Salles, les bains du Foulon, quelques pédiluves, des douches dissipent

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presque complètement ces troubles congestifs et

nerveux.

Syphilis , Scrofule. — Parlerons-nous de la syphilis ? Son action sur l'hystérie a été démontrée, soit que le poison syphilitique réveille une hystérie endormie et provoque de nouvelles crises et de nouveaux accidents, soit qu'il crée de toutes pièces la névrose hystérique, dans son ensemble ou dans quelques-uns des symptômes qui la caractérisent. (1)

Mais au point de vue du traitement, cette association pathologique ne nous semble pas devoir exiger une mention spéciale. Car, d'une part, ce ne sont pas les eaux thermales qui guérissent la syphilis ; d'autre part, les symptômes nerveux seront traités comme s'ils étaient indépendants de cette affection. La question essentielle, en pareil cas, est de poser son diagnostic en temps utile pour pouvoir poursuivre et atteindre le poison.

Je me souviendrai toujours d'un malheureux jeune homme qui vint passer un mois à Bagnères pour des accidents nerveux : céphalée, syncope (?), embarras de la parole... Voyant l'insuccès du traitement, j'émis un soupçon, au moment de son départ, sur l'origine spécifique de ces accidents.

L'année suivante, il me revint avec des symptômes de syphilis cérébrale qui ne laissaient plus de doute ni d'espoir. Deux ans après la première visite, il mourait dans un établissement d'aliénés.

(i) Voir FouRNiER, Leçons sur la syphilis, étudiée plus particulière^ ment chc'i les femmes, — 1873.

La scrofule présente pour nous plus d'intérêt au point de vue thérapeutique. Nous sommes loin d'être désarmés contre cette diathcse : l'eau de Lahassére, l'eau de Salies, nos eaux ferrugineuses froides et thermales, nos bains toniques et nos douches nous permettent de la combattre, sinon avec la même énergie qu'à Salies-de-Béarn ou à Barèges, du moins dans la mesure que comporte la susceptibilité des névropathes scrofuleux.

La coexistence de cette diathèse et de l'hystérie n'étant pas précisément chose commune, je ne puis trouver dans mes souvenirs un exemple propre à servir de type. Je dirai seulement quelques mots de deux malades, deux jeunes filles, qui, en dépit du caractère torpide qu'on attribue à la strume, présentaient une hyperexcitabilité exceptionnelle et une remarquable intolérance à l'égard des procédés ordinaires de traitement.

L'une, M"'' Th..., avait d'abord été envoyée aux eaux sulfureuses d'Ax, pour un commencement de coxalgie et pour une arthrite de nature pi'obablement strumeuse siégeant à l'articulation sterno-claviculaire droite. Le traitement fut assez mal supporté. Plus tard, on l'envoya sur les bords de la mer : elle y gagna la disparition de ses douleurs et un remontement général.

Enfin les troubles nerveux paraissant dominer la scène avec des symptômes dyspeptiques très accentués el un état de profonde anémie, elle fut adressée à Bagnères.

Je conseillai le Foulon; mais le premier bain

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provoqua de telles douleurs, le long de l'épiae dorsale, et une telle crise d'oppression, que je dus entourer les bains suivants d'un luxe extraordinaire de précautions : transport de la malade jusque dans la baignoire ; durée du bain limitée à cinq minutes ; prise d'une tasse de thé au sortir du bain, dans le cabinet môme, etc.

Les résultats furent satisfaisants, mais pas immédiats. Un ou deux mois après,. M"'' Th... fut débarrassée d'une partie des symptômes qui lui fermaient la vie sociale et rendaient son existence très douloureuse (hypereslhésie cutanée , contractures , névralgies violentes , tremblements, accès de dyspnée, etc.) Cette amélioration, très notable, s'est maintenue.

Je ne puis faire qu'une courte mention de la seconde malade, qui est en traitement depuis de nombreuses années et qui a présenté les symptômes les plus variés et les états les plus complexes. Scrofule, neurasthénie, hystérie, le tout s'enchevêtrant et aboutissant aux symptômes les plus invraisemblables et à l'intolérance médicamenteuse la plus décourageante; voilà le titre que je pourrais donner, si jamais je l'écris, à cette observation très longue et très touifue. J'ai eu toutes les peines du monde à faire prendre quelques bains de cinq à dix minutes, quinze minutes au plus. J'ai dû m' adjoindre le concours dévoué d'un de mes confrères pour partager une direction médicale trop difficile et trop assujettissante pour un seul.

Chaque année, j'ai obtenu un résultat, une

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amélioration temporaire plus ou moins considérable. Yiendrai-je jamais à bout de cet insaisissable protée? Je veux l'espérer. Le peu que j'en dis est pour montrer combien les associations diathésiques et nerveuses peuvent compliquer la situation et aussi combien il est nécessaire, en pareille occurrence, de posséder dans une station sanitaire toutes les facilités et toutes les ressources d'une thérapeutique complète.

§ 3. — Symptômes hystérif ormes.

Ce paragraphe serait interminable s'il nous fallait consacrer un article à chacune des très nombreuses manifestations locales de l'hystérie qui s'observent dans la clientèle thermale de Bagnères.

Nous nous contenterons de signaler, avec exemples à l'appui , quelques-unes des manifestations hystériques auxquelles les eaux de Bagnères sont utiles , notamment les spasmes et les crises douloureuses de l'appareil digestif et de l'appareil respiratoire.

Appareil digestif. — A l'entrée des voies digestives, nous rencontrons un trouble nerveux important, le spasme de l'œsophage ou œsophagisme , qui constitue quelquefois le symptôme unique de r hystérie.

Observation M. G..., âgé do 60 aus , vient nous consulter, en 1885, pour des accès d'œsophagisme qui lui rendaient très difficile la déglutition des liquides, au point qu'il préférait souvent endurer la soif.

à Bagnères-de- Bigorne 207

Depuis deux ans, il ne pouvait plus ingurgiter le moindre liquide sans crainte d'être suffoqué. Une fois, il avait cru mourir; on dut introduire le doigt jusqu'à la glotte pour faire cesser l'accès de sutFocation. Les spasmes le prenaient surtout le soir. Pour les éviter, il buvait le dos courbé, la tête inclinée en avant, en aspirant et par petites doses.

La déglutition même de la salive était difficile.

Il accusait, en outre, une sécheresse constante du pharynx et de fréquentes éructations.

Il y avait probablement chez lui un fond d'arthritisme se manifestant par des douleurs de courbature et des sueurs assez abondantes.

Contre l'œsophagisme , il avait fait usage du bromure de potassium et des eaux d'Ussat, avec peu de succès.

Je lui prescrivis les bains du Platane, des douches écossaises (avec ménagement), et, comme il était sujet à de l'enchifrènement. des irrigations nasales d'eau de Labassère.

Il devait , en outre , s'efforcer de boire chaque matin 1/2 verre de Salul, et, chaque soir, 1/2 verre de Salies.

Il suivit ponctuellement et sans accident ma prescription.

Quand il partit, il buvait avec beaucoup plus de facilité. Je le revis l'année suivante, il lui restait un peu d'hésitation, un peu de timidité pour boire. Mais il n'avait plus eu d'accès d'œsophagisme.

M™'' B..., de Mauléon-Soule, souffre depuis trois Lxxvr"

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ans de crises violentes de gastralgie qui lui arrachent des cris de douleur et s'accompagnent de vomissements très pénibles. La première fois, ces vomissements la prirent à quatre heures du soir, et durèrent près de trois jours. L'hiver, dernier, une crise semblable a duré cinq jours. Ces crises sont suivies d'anorexie et d'une sorte d'intolérance de l'estomac rendant l'alimentation presque impossible pendant douze et quinze jours.

En dehors de ces crises, M""-' B... est très impressionnable et présente les attributs de l'hystérie mentale.

Traitement : bain de Bellevus, eau de Salut, eau ferrugineuse.

L'hiver suivant, M'"*" B... n'a eu qu'une crise, mais elle a duré trois jours.

Elle revient en été faire une seconde saison, dont les résultats ont été excellents. — Bain de St-Roch, douches écossaises, eau de Salut et eau ferrugineuse.

Des bains un peu toniques lui furent ordonnés à cause de l'état d'anémie et d'extrême faiblesse où l'avait mise l'état de son estomac.

M"^ T..., 16 ans ; fille d'hystérique et hystérique elle-même.

L'affection nerveuse a débuté, il y a un an, pendant la convalescence d'une rougeole, par des anomalies dans la digestion. Malaise après les repas, digestion lente et laborieuse, accompagnée de renvois et de hoquets, avec congestion de la face.

Ces troubles digestifs nerveux se sont graduelle-

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ment acceatués, au point de constituer un véritable état maladif.

Le D'" Jules Simon, consulté, a d'abord conseillé Néris, qui a produit de bons effets sur l'état général.

Mais les phénomènes dyspeptiques ne s'étant pas modifiés, iM"'' T... est maintenant envoyée à Bagnères.

L'eau de Salut, les bains de Salut et quelques douches froides ont raison de cette dyspepsie tenace.

M"»^ T... suit, en même temps que sa fille, un traitement sédatif à Salut (Communiqué par M. Dej eau ne).

M. D..., de Taris , présente dans la sphère du observation

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