LUI
a Bagiières-de-Bigorre 155
maux nerveux avaient pour origine des excès de jeunesse. Ils furent aggravés par des « eiîusions réitérées de sang «, que pratiqua un médecin d'un département voisin « trop fameux par son humeur sanguinaire ». Le patient en était arrivé à un degré « de faiblesse et de dépérissement vraiment effrayants ». Il y avait des vomissements continuels qui empêchaient l'alimentation. Le lait d'ânesse fut ordonné pour toute nourriture. Le malade s'étant un peu rétabli se rendit à Bagnères où il fit usage des eaux de Salut en bains et en boisson pendant dixsept jours seulement, qni suffirent néanmoins pour faire disparaître graduellement la plupart des phénomènes morbides. L'année suivante, l'usage des mêmes eaux pendant trois semaines rendit la cure aussi complète qu'elle pouvait l'être... »
Nous n'avons parlé que de la neurasthénie sexuelle chez l'homme. Les désordres génitaux chez la femme neurasthénique sont ordinairement d'un autre ordre. «Ou sait depuis longtemps, dit Levillain, la coïncidence fréquente qui existe entre les troubles névropathiques et les maladies de l'appareil utéroovarien, » que celles-ci engendrent ceux-là, ou que ce soit le contraire. On peut légitimement imputer à la neurasthénie certains désordres fonctionnels plus ou moius graves, tels que « la leucorrhée, certaines formes de dysménorrhée, certaines crises hyperesthésiques et névralgiques des périodes menstruelles, enfin certaines manifestations douloureuses de l'utérus et de ses annexes. »
156 Les névropathes
Dans d'autres cas, c'est la neurasthénie qui semble s'être développée à l'occasion d'une lésion primitive de l'appareil utéro-ovarien.
Voici un cas dans lequel le surmenage et les épreuves de la maternité se sont combinés pour amener une dépression profonde du système nerveux.
Observation Mmc K... sc trouve à la tête d'une nombreuse
famille qui s'augmente en moyenne tous les dixhuit mois. Pour subvenir aux besoins du ménage, le travail du mari ne suffit pas. Mme K... donne tous les jours des leçons en ville. Quand elle a des couches , elle ne prend pas le temps de se soigner ; aussi est-elle sujette tantôt à des pertes abondantes avec défaillance ou même syncope, tantôt à des crises de névralgie lombo-abdominale avec irradiations dans les membres pelviens qui l'empêchent de marcher et la contraignent à se faire porter en voiture chez ses élèves.
Du côté du cœur et des vaisseaux , souffle anémique, palpitations; pouls à 100.
Du côté de l'estomac, appétit exagéré des neurasthéniques, digestion lente et laborieuse, avec de la torpeur et des vertiges.
Du côté du système nerveux , faiblesse irritable, affaissement et impressionnabilité extrême; insomnie; agoraphobie, surtout après le coucher du soleil : le demi-jour et l'obscurité lui causent de l'inquiétude et même un malaise physique qui retentit dans la zone du plexus solaire : « Ça me porto sur les entrailles. » dit-elle.
à Bagnères-de-Bigorre 157
L'eau et les bains de Salut, l'eau ferrugineuse, les douches froides administrées avec ménagement ramènent le sommeil et le calme, améliorent l'estomac et relèvent les forces.
Il serait aisé de multiplier les observations de neurasthénie sexuelle chez la femme en faisant entrer dans ce cadre tous les cas de neurasthénie qui ont été précédés ou qui s'accompagnent de désordres utéro-ovariens.
Mais ce groupement serait-il bien légitime, et ne mériterait-il pas le reproche de rassembler, bon gré mal gré, des éléments hétérogènes appartenant par le relief de tel ou tel syndrome à des groupes ditférents? Il est indispensable, ne l'oublions pas, pour constituer une variété neurasthénique , que les troubles fonctionnels spéciaux- admis à donner leur nom à cette variété, aient sur les autres symptômes une prédominance marquée et caractéristique.
Pour nous en tenir aux troubles de la sphère génitale chez la femme, le cas est moins fréquent qu'on ne serait tenté de le croire. Nous pensons avec Levillain qu'il n'y a pas lieu de constituer un type de neurasthénie féminine ; du moins notre pratique personnelle nous porte à partager cette manière de voir.
Cela ne veut pas dire du tout que nous hésitions à reconnaître l'importance des désordres sexuels dans les maladies nerveuses des femmes, que ces désordres soient cause, effet ou pure coïncidence : on verra que dans la suite de ce travail nous consacrons
^^^ Les névropathes
un paragraphe entier à ce groupe de faits, groupe considérable placé aux confins de la gynécologie et de la névrologie.
Nous arrêterons ici cette revue déjà un peu longue. Nous jugeons inutile d'attribuer une mention particulière soit à la neurasthénie traumatique, dont on a vu un exemple dans l'observation X, soit à l'hémineurasthénie, soit à l'hystéro-neurasthénie (I), etc. D'ailleurs, en pathologie nerveuse, plus peut-être que dans les autres domaines de la médecine, les groupes non-seulement se touchent, mais souvent se pénètrent, ils empiètent les uns sur les autres, et la hgne de frontière est une ligne mouvante.
De même que certains faits rapportés dans ce chapitre pourraient, à la rigueur, être classés dans une autre catégorie, attendons-nous à rencontrer dans la galerie qu'il nous reste à parcourir plus d'un malade portant quelques-uns des stigmates dont Gharcot a marqué les victimes de la névrose de Beard.
§ 7- — Déductions thérapeutiques.
Le traitement de la neurasthénie est complexe dans son objet et dans ses moyens : dans son objet, il y a à considérer la cause, la diathèse, l'état neurasthénique, les déterminations locales de la neurasthénie, les accidents ou complications qui accompagnent la maladie. Les moyens thérapeutiques
;i) V'oir, piui loin, l'hystérie.
à Ba^nères-de-Bigorre 159
correspondant à chacune de ces indications sont enx-mômes nombreux et variés; nous les passerons en revue, nous arrêtant seulement à ceux qui font partie de la médication thermale ou qui en sont le complément.
Certaines indications sont constantes : il y a toujours à s'occuper de la cause, de l'état nerveux général et des manifestations locales. Les autres indications sont éventuelles, bien qu'elles se rencontrent la plupart des fois : diathèse, accidents et complications.
La cause prédisposante consiste généralement dans l'exagération du tempérament nerveux. Au point de vue du traitement, cette indication se confond avec celle de l'état nerveux qui fait le fond de la neurasthénie. Signalons seulement, à ce propos, l'utilité et l'importance d'un traitement préventif.
Les causes déterminantes ou occasionnelles se ramènent, la plupart, à des faits de surmenage physique ou moral, à des excès de fatigue, à des préoccupations, à des soucis, à des chagrins.
La première condition à réaliser, si la chose est possible, c'est le changement de milieu. Il faut soustraire le malade aux circonstances et aux influences qui, après avoir jeté le trouble dans son système nerveux, peuvent empêcher l'équihbre de se rétablir.
Le traitement du système nerveux lui-même doit être un traitement reconstituant et sédatif, où concourent une bonne alimentation, un repos
160 Les névropathes
d'esprit absolu, un exercice physique modéré, des distractions paisibles, le séjour à la campagne ou , plutôt, dans une station sanitaire offrant au malade les ressources d'une cure thermale et hydrothérapique.
Dans le choix de ce séjour, la question du climat n'est pas indifférente : « Tout le monde sait, dit Vigouroux, que les rhumatisants , les goutteux, les nerveux excitables n'ont pas à se louer du voisinage de la mer. Un autre fait très essentiel, dont on ne paraît pas avoir tenu compte jusqu'ici, est que les chmats d'altitude (c'est-à-dire les basses pressions atmosphériques) ne sont absolument pas supportés par les sujets à cœur excitable, à tachycardie, à tension artérielle exagérée. Je pourrais citer plusieurs exemples de neurasthéniques dans ces conditions, qui ont vu leur état s'aggraver à un degré inquiétant par un séjour de vingt-quatre heures dans les stations élevées de la Suisse. »
Donc, aux neurasthéniques dont parle Vigouroux, ne conviendront ni les stations maritimes ni les stations de hautes montagnes comme St-Moritz ou Wildbad-Gastein ; ils se trouveront bien, au contraire, du séjour de Schlangenbad, Ragaz, Ussat, Bagnères-de-Bigorre.
Au dire de Vigouroux , l'hydrothérapie, sous ses diverses formes, sous celle surtout de douches froides, est le moyen fondamental, classique, banal, entre tous les traitements recommandés contre la neurasthénie. Mais il faut se méfier d'une application immédiate et brutale de la douche froide
à Bagnères-de-Bigorre 161
(^hez un malade (]ni n'a pas été éprouvé. Le D' J3éni- Bai'de a établi , avec l'autorité qu'il possède en matière d'hydrologie, que, dans certains cas, il est nécessaire d'élever la température de l'eau : « On obtient, en etîet, dit-il, avec de l'eau modérément froide et même tempérée, des effets thérapeutiques que l'eau froide ne peut donner qu'en soumettant l'organisme à une lutte intempestive dont il est difficile de connaître l'issue. »
Le même auteur enseigne que le traitement hydrothérapique doit varier suivant que l'état nerveux est dominé par l'excitation, la perversion ou l'épuisementde la force nerveuse : s'il y a excitation, il faudra employer les applications sédatives (bain tempéré, douche à percussion légère et modérément froide) ; s'il y a plutôt dépression, il faudra recourir aux applications excitantes (douches en pluie et à jet, courtes, froides et vivement appliquées); et, contre la perversion de la force nerveuse, >< il sera nécessaire de combiner, dans une juste mesure, les modificateurs sédatifs et les modificateurs excitants » (1).
Nous aurons foccasion de reprendre, avec quelques détails, dans la suite de cette étude, la question si importante de la douche, agent thérapeutique de premier ordre contre les troubles nerveux et agent
(i) Traité théorique et pratique d'Iiydrothcrapie , 1874. — Déjà, dans ce Traite, le D'' Beni-Barde avait exactement décrit la plupart des symptômes neurasthéniques, et, entre autres dénominations attribue'es par lui à cet état nerveux alors mal défini, il employait l'expression d'épuisement cérébro-spinal , six ans avant l'apparition de l'ouvrage de Béard sur la neurasthénie ou nervous exhaustion.
162 Les névropathes
thérapeutique d'une infinie variété dans ses formes et ses modes d'applications.
Conjointement avec l'hydrothérapie — ou à son exclusion, quand elle n'est supportée sous aucune forme . — les bains d'eau thermale sont une grande ressource dans le traitement de la neurasthénie, lîuchard énumère les eaux ferrugineuses, les sulfureuses faibles , les alcalines, les salines, les indéterminées, suivant qu'il convient d'agir de pi'éférence contre l'anémie, contre l'atonie, contre les troubles dyspeptiques, contre le lymphatisme, contre l'élément nerveux...
Il est certain, — pour ne parler d'abord que de l'état neurasthénique, — qu'il faut toujours tonifier et calmer. Pour cette raison, et réserve faite des indications secondaires qui peuvent faire préférer un autre groupe d'eaux, c'est aux eaux indéterminées qu'il faut adresser les neurasthéniques.
Si maintenant nous venons aux manifestations locales, il y a lieu de poser en principe que là où guérissent les névroses générales, guérissent aussi les phénomènes nerveux siégeant sur tel ou tel organe. C'est donc aux eaux indéterminées qu'il faudra demander la guérison de la céphalée, de la rachialgie, des douleurs ou algies affectant les divers points de l'organisme. Ces mêmes eaux agissent efficacement contre félément nerveux de la dyspepsie, des troubles cardio-vasculaires , des troubles sexuels, etc.
Nous avons vu plus haut quel rôle important joue a diathèse arthritique dans révolution de la neu-
à Ba^nères-cle- Bigorne 163
l'asthéiiio oL des accidoiits n(3urastliéniques. On voif. aussi, par coiiSLM[iient. combien doivent être recherchées par les nenraslbéniques, les stations dont les eanx possèdent à la fois des vertus calmantes et des propriétés anti-rhumatismales.
L'anémie représente une maladie constitutionnelle comparable à la diathèse arthritique par sa connexité avec l'épuisement nerveux et par l'influence réciproque que la maladie constitutionnelle et la névrose exercent l'une sur l'autre.
Affection diathésique ou constitutionnelle, l'une comme l'autre réclame sa part dans le traitement, et cette part n'est pas une quantité négligeable , puisque ces états morbides généraux sont comme le terrain sur lequel la maladie se développe. Contre l'arthritisme nous avons un groupe de bains à température suffisament élevée, dont le Foulon est le type incontesté ; contre l'anémie , nous avons les sources ferrugineuses froides ou thermales.
Les accidents concomitants, phlegmasies .chroni- (jues, troubles congestifs, lésions diverses susceptibles de guérison ou d'amélioration par le traitement thermal, peuvent presque toujours bénéficier du séjour aux eaux de Bagnères. C'est une petite cure, qui se poursuit à côté de la grande. Cet avantage, extrêmement précieux, constitue un des principaux mérifes de la station de Bagnères. Pour le mettre en relief, il nous suffit de prendre des exemples parmi les observations que contient ce chapitre.
La plupart des neurasthéniques sont atteints de dyspepsie gastro - intestinale et de constipation.
164 Les névropathes
Contre la dyspepsie d'origine nerveuse, douloureuse ou non, le traitement par l'eau de Salul en boisson est depuis longtemps banal. Presque tous les malades cités dans ce chapitre ont bu de l'eau de Salut, à la buvette ou à table. Quelques-uns n'ont pas suivi d'autre traitement, comine M. G... (Observ. xiv) qui, pendant son séjour à Bagnères, se contenta de prendre un peu d'eau de Salul à table et vit s'améliorer son estomac et sa santé générale.
M. L... (Observ. xir) retira des effets merveilleux d'un traitement consistant dans l'usage de l'eau de Salut à table et de quelques douches écossaises.
Quand la dyspepsie se caractérise par un état acide prononcé avec une atonie musculaire profonde, l'eau de SahU peut paraître lourde et il y a quelquefois avantage à recourir à l'eau de Salies qui se montre plus active et qui stimule heureusement les fibres lisses de l'estomac et des intestins.
L'eau de Salut est peu laxative. Dans la constipation rebelle, on lui préfère l'eau de la Rampe, l'eau de Lasserre ou même l'eau de la Reine. L'eau du Dauphin produit des effets opposés. Nous voyons, dans l'observation xlii, M. V... qui, ayant pris an début Teau du Dauphin pour modérer des selles trop fréquentes , contracta une constipation qu'il dut traiter ensuittvà la buvette de la Reine. Ce fait n'est
pas isolé.
Les accidents de l'appareil respiratoire présentent un grand intérêt dans notre clinique thermale, tant à cause de leur fréquence dans la clientèle qui vient
à Ba^nères-de-Sigorre 165
à nos eaux, qu'à cause des agents thérapeutiques que nous pouvons leur opposer.
La médication des voies respiratoires occupe, nous l'avons vu , un pavillon spécial où deux sources importantes (Labasslre et Salies) sont utilisées sous toutes les formes que comporte ce traitement spécial.
M. L... (Observ. iv), qui avait fait une cure au Mont-Dore, à la suite d'hémoptysies, a pu traiter à Bagnères sa susceptibilité thoracique avec les sources de Labassère et de Salies.
M. l'abbé R... (xxxui), M. de G... (xxxv), le P. de B... (xxxvHi), parallèlement au traitement de leur neurasthénie, soignaient leur angine granuleuse, leur disposition catarrhale des bronches, etc., par l'usage de Salies et de Labassère^ soit en boisson, soit en gargarisme, soit en pulvérisation.
Les malades les plus irritables , ceux qui sont sujets à des poussées congestives et à des accidents fébriles, s'en tiennent à l'eau de Salies^ qui possède les mêmes prérogatives que le Mont-Dore, tandis que Labassère partage les contre-indications d'Eaux- Bonnes et de Cauterets.
M. A. de La Garde a comparé l'eau de Salies à celle de Weissembourg , sous le rapport de son emploi dans les maladies de poitrine. « M. le professeur Vogt, dit-il, enseigne que les eaux de Weissembourg réussissent surtout chez les sujets à système nerveux ou sanguin, très mobiles et prédisposés aux congestions sanguines , dans les hémoptysies ; à ces états-là, les eaux sulfureuses sont inapplicables. »
166 Les névropathes
Dans les atTections du cœur, organiques ou non, quand l'organe central de la circulation est particulièrement impressionnable, l'eau de Labassère est contre-indiquée, et l'eau de Salies est très bien supportée.
Mentionnons aussi l'efficacité de l'eau de Salut chez la plupart des cardiopathes. Je possède des observations, qui ne trouveront pas leur place dans cette étude, de malades traités uniquement par la boisson de Salut pour des lésions du cœur et très sensiblement améliorés, sinon guéris.
Est-ce à titre de diurétique que l'eau de Salut produit ces bons effets ? Cette propriété ne donne qu'une explication partielle des résultats.
Toutes nos sources sont diurétiques, notamment, avec Salut, la source de Marie-Thérèse et la source de la Pcyrle, récemment remise en honneur et comparable, sous plus d'un rapport, aux sources de Gapvern.
Les neurasthéniques sont souvent des anémiques, et, pour ce motif, nous leur prescrivons nos eaux ferrugineuses ; le plus souvent, mais pas toujours, l'une ou l'autre de ces sources à leur choix. 11 est des cas où telle eau est moins bien tolérée que telle autre. L'eau ferrugineuse du Grand-Pré (I) agit parfois comme une eau purgative ; nous la remplaçons, s'il y a lieu, par l'eau de Métaou ou de la ville (Observation xxxiv).
(i) Ne pas confondre l'eau ferrugineuse du Grand-Pré avec la buvette saline du même établissement, qui possède des propriétés laxativcs plus marquées et des propriétés diurétiques.
à Ba^nères-clt~ Bigarre 167
La moitié des ueurasLiiéniques se baigne à Saku ; les autres se JDaignent an Platane, à Marie-Tliêrcse, au Foulon^ — ce sont les arthritiques ; quelques-uns ont pris les bains de ia Reine, de Sl-Rocli, du Grand- Pré, de la Tour, de Salies.
Les anciens auteurs connaissaient la vertu du Foulon dans les affections rhumatismales ou herpétiques ; mais le premier écrit qui signale, avec preuves à l'appui, la contre-indication des bains de Salut dans ces affections, est la thèse de Gascua, que nous avons plusieurs fois citée et que nous citerons encore. L'auteur fit sur lui-même l'épreuve de cette contre-indication. 11 raconte qu'il avait éprouvé, quelques années auparavant, une attaque de rhumatisme articulaire aigu généralisé ; en faisant des recherches pour sa thèse, il fut amené à prendre quelques bains de Salut, mais il dut interrompre ses exp'^riences à la suite de vagues douleurs qui se manifestèrent dans les articulations.
(juelle est la raison de ce phénomène ? « Au premier abord, dit Gascua, il semblerait que la température j-elativement basse des eaux de Salut donnât l'explication de l'aggravation ou du moins de la non-amélioration causée par le rhumatisme. » L'auteur montre l'insuffisance de cette explication et ajoute : « Il y a certainement Là une cause qui nous échappe. Mais en attendant que des études approfondies aient soulevé ces voiles pour le moment impénétrables, nous pouvons constater ce fait établi par l'expérience, ({ue. après une attaque de rhunuw
168 Les névropathes
tisme franchement accusée, les eaux de Salut deviennent au moins inutiles, sinon nuisibles. Mais ceci s'applique-t-il aux deux modes d'emploi des eaux de Salut ? L'expérience nous prouve que non, et que c'est surtout la balnéation qui doit être interdite. Les malades peuvent user à l'intérieur de l'eau de Salut et en retirer de bons effets, surtout dans le cas de dyspepsie ; les résultats seront d'autant plus favorables que la boisson à Salut sera puissamment aidée par les bains pris au Foulon, cette source spécialement efficace dans la cure du rhumatisme. »
Depuis que Cascua a écrit sa thèse, de grandes améliorations ont été réalisées à Salul, entre autres la possibilité d'élever la température des bains au degré désirable. Si la question de la température était l'unique élément du problème, le problème serait résolu : désormais tous les arthritiques pourraient impunément se baigner à Salut. Nous croyons avec Cascua que la cause n'est pas là, ou du moins qu'elle n'est pas là uniquement. La question doit être plus complexe.
Il est certain que la faculté d'élever à volonté la température des bains de Salut rend ces bains accessibles à un plus grand nombre de clients, névropathes impressionnables au froid, chloroanémiques, malades atteints de troubles laryngés ou broncho-pulmonaires ; les arthritiques euxmêmes, qui n'étaient déjà pas exclus d'une manière absolue de l'usage de ces bains (voir Observ. iv.
a Bagnères-de- Bigorne 169
XXXVII, etc.), voient s'ouvrir plus large pour eux la porte de l'Etablissement.
Mais le principe de la contre-indication demeure, et, pour ce qui me concerne, jusqu'à preuve du contraire, je me ferai un devoir d'en tenir compte dans la direction balnéaire de mes malades. Une remarque encore avant de quitter ce sujet : Quand on le peut, il est préférable, au point de vue de l'efficacité du bain, de se baigner dans l'eau de Salul à sa température naturelle. Ne pas oublier que les bains de Bagnères les plus renommés pour leurs bons efïéts sont ceux que l'on prend à eau courante, près de la source et sans modification de leurs propriétés physico-chimiques.
Quand féréthisme nerveux est moins prononcé que les manifestations arthritiques, c'est le bain du Foulon qui est indiqué.
L'explication des effets de ce bain est au moins aussi difficile à donner que celle des ellets de Salut.
Nous savons que la source du Foulon traverse des couches argileuses qui lui communiquent une onctuosité particulière. C'est ce qui faisait dire à Ganderax que le Foulon contient des « atomes de gélatine, » et c'est ce qui rend l'eau du Foulon comparable au « velours liquide » des bains de Schlangenbad.
Autre analogie avec la station allemande : il se développe à la surface du bain , quand l'eau est depuis quelque temps en repos, une pellicule furfuracée . qui est composée d'un mélange de
170 Les névropathes
matière organique et de matière minérale. (A. De La Garde). Pareil phénomène s'observe à Schlangenbad, et cette pellicule provenant, dans l'opinion du vulgaire, de la macération d'une espèce de serpents très répandue dans le pays (coluhev jlavescensj^ a valu à la station le nom qu'elle porte.
Mais la raison d'être de cette action spécifique du Foulon dans le rhumatisme nerveux, dans les nombreuses associations de l'arthritisme et de la névrose, nous ne les connaissons pas. Comment expliquer, par exemple, que les arthritiques voient certaines déterminations viscérales telles que le catarrhe bronchique, s'atténuer ou disparaître par l'usage des bains du Foulon Y
Le fait est démontré; ce bain semble posséder — chose paradoxale — une vertu anti-diathésique.
Les sources voisines du Platane et de Marie-Tficrèsc sont prescrites en bains aux névropathes, faibles et irritables, qui doivent redouter à la fois l'action offensive de Salut, contre l'élément diathésique et l'action parfois trop vive du Foulon contre leur état nerveux.
Ces bains rendent de grands services, soit dans tout le cours d'un traitement, soit plus souvent au début d'une cure, pour tàter la susceptibilité du malade et préluder à un traitement plus actif. (Observ. ix, xxni).
L'action du Platane n'est pas identique à l'action de Salut. Le Platane est véritablement calmant; on pourrait le comparer à un bain de tilleul; mais il n'est pas tonique comme Salut et il n'exerce pas au
inCMiie degré que ce dernier luie action profonde , modératrice et régulatrice du système nerveux.
Le bain de la Heine, étant plus ferrugineux et plus tonique que le bain du Foulon^ est prescrit à certains malades cliez qui l'anémie ou l'aiFaissement musculaire sont excessifs. Ainsi M"*" J... (observ. vni), commença par se baigner à la Reine; le paysan ariégeois, rhumatisant et amyosthénique, prit tout le temps les bains de la Reine (observ. xxxix) , et M""" de U..., qui avait laissé à la Rei?ie ses douleurs rhumatismales, les retrouva à Salai, (observ. xl).
Le bain de St-Rock est un de ceux qui conviennent le plus aux rhumatisants, mais aux rhumatisants simples et à manifestations périphériques. Que d^> fois j'ai vu des jointures s'assouplir et des empâtements fibreux se résoudre à la suite d'une série de bai us de Sl-Rocli !
Par exemple, j'ignore pourquoi les anciens auteurs attribuaient à St-Roch une efficacité particulière dans la surdité et dans les maladies de la mémoire (observ. xxix).
Le bain du Grand-Pré présente une assez grande analogie avec celui de Sl-Roch ; la tradition lui attribue des propriétés toniques et calmantes.
M"'' M..-, (observ. xvi), neurasthénique, devenue incapable de tout effort physique ou moral , se baignait au Grand-Pré: de même, M""' B.... qui présentait des accidents cardiaques (observ. xli) ; M. M... prit les bains du Grand-Pré^ pendant que
172 Les névropathes
le temps était frais et humide, puis il alla 'd Salut (observ. xv).
Les bains de la Tour sont employés comme succédanés de ceux du Foulon dans certains cas. On peut en dire autant des bains du PetU-Bain, de Versailles et du PeiU-Barcçjes , qui sont l'objet de mentions spéciales dans plusieurs ouvrages, notamment dans le Manuel du baigneur^ dVV. Pambrun.
Ouant à l'eau excitante de Salies, elle a été prescrite en bain de piscine à M"'' V... (observ. xxxi), chez qui l'indication première était de combattre le rhumatisme, l'anémie et la faiblesse; plus tard cette jeune fille prit les bains du Platane.
On vient aux eaux pour prendre les eaux, ou pour changer d'aii*, mais non pour suivre des traitements pharmaceutiques ou autres qui pourraient aussi bien, et souvent mieux, être suivis à domicile.
Cependant, il existe certaines médications complémentaires dont l'usage est légitimement admis dans les stations thermales et peut môme être prévu et conseillé par les médecins qui nous envoient leurs malades. En sus de l'hydrothérapie, pour laquelle il n'y a généralement pas de doute, nous citerons le massage et l'électricité. On sait que Weir-Mitchell, de Philadelphie, a proposé un traitement méthodique de la neurasthénie consistant dans l'isolement, le repos, le massage, l'électricité et le régime diététique.
Tout établissement thermal bien compris — et
à Bai^nères-de-Bigorre 173
c'est le cas pour Bagnères — est pourvu d'un masseur et d'une masseuse initiés aux manœuvres délicates de la friction, du tapotement et du pétrissage. Le procédé d'électrisation usilé chez les neurasthéniques est la franhlinisation ou application de l'électricité statique. Le D' Vigouroux a, plus que personne, en France, mis ce procédé en honneur; il a fait connaître, dans une intéressante notice, les résultats thérapeutiques qu'il a obtenus à la Salpétrière par l'emploi de la franklinisation.
Quels que soient le traitement hydro-minéral et les traitements accessoires mis en œuvre, il est essentiel que le neurasthénique soit dans la main de son médecin , pour employer l'expression du D'" A. Mathieu; « il doit, en ce qui concerne son traitement, subordonner complètement sa volonté à celle de son médecin. » Cela n'est pas toujours facile à obtenir; dans cette maladie, plus que dans toute autre, le malade et le médecin sont portés à se décourager, le malade, parce qu'il est inquiet, inconstant, raisonneur et impatient de guérir; le médecin, parce qu'il se lasse de diriger un malade qui est souvent importun, absorbant et difficile à conduire. N'a-t-on pas défini les neurasthéniques « des clients ennuyeux? »
Rien n'est pourtant plus nécessaire que la confiance réciproque, dans ces sortes de cas. « La confiance du malade dans son médecin, dit Levillain, mais aussi la confiance du médecin dans la guérison
174 Les névropathes
de sou malade sont les premières et les plus importantes conditions du traitement psychique. » Et ce traitement psychique est indispensable. Ce n'est pas sur l'hypnotisme ou la suggestion qu'on peut compter pour ce traitement, ce serait perdre son temps et, pis que cela, s'exposer à nuire au malade; la neurasthénie n'est pas une maladie imaginaire, elle est un épuisement nerveux , et l'hypnotisme est une cause d'excitation qui pourrait aggraver cet épuisement.
C'est à la persuasion qu'il faut recourir. Il faut tout mettre en œuvre pour inspirer au malade cette double confiance dont parle le D' Levillain. Le médecin doit déployer toute sa fermeté et toute sa douceur, toute sa fermeté pour en imposer au malade, toute sa douceur pour le gagner. « La douceur, dit le D'" Grellety, c'est la flûte d'Orphée : rien ne lui résiste. »
Les médecins qui exercent dans les stations habituées à recevoir ces névropathes connaissent toutes les difficultés du traitement psychique et acquièrent assez vite une habileté qu'il est permis de compter au nombre des agents thérapeutiques les plus précieux.
A Bagnères, nous l'avons va, ces malades sont venus de tout temps; mais ils viennent plus nombreux chaque année, soit que le surmenage d'une civilisation trop avancée multiplie les causes d'épuisement nerveux, soit que les ressources de notre station contre la névrose soient phis et mieux connues.
à Ba^nères-de- Bicarré 175
(jiielle station serait d'ailleurs plus favorable à œ geiu'e de malades? « Il semble, en vérité, qu'il y ait un secret accord entre les sources, le climat, le caractère du lieu, celui du genre de vie qu'on y mèae, pour réunir ici tout ce qui peut contribuer h. ramener à leur état normal des nerfs trop excités ou trop relâchés, fonctionnant sans harmonie et avec une activité déréglée ; en un mot, tout ce qui est de nature à raviver le système nerveux. L'air vif et fortifiant des montagnes, les percées dans l'épaisseur des forêts, le murmure des ruisseaux, la bienfaisante verdure qui se déroule en vagues douces de colline k en colline, de vallon en vallon, le bon goût et le bon
ordre des arrangements des jardins et des promenades, la propreté et la disposition des habitations... tout fait éprouver k quiconque visite cette vallée, l'impression de la paix et du bonheur. «
Le lecteur a peut-être reconnu ces lignes... C'est Baumann qui les a écrites pour Schlangenbach ; mais ne croirait-on pas qu'elles ont été écrites pour Bagnères?
176 Les névropathes