LA SAINT-BARTHÉLEMY
LA FIN DES VALOIS
Défenestration de Prague, les Vêpres Siciliennes et même les Massacres de Septembre sont jeux d’enfants. La plupart des historiens, bien peu avec impartialité, beaucoup avec parti pris, ont rapporté la genèse du drame, comment, par qui et par quoi il fut provoqué et la part qu’y prirent les principaux acteurs. Nous bornant à notre thèse de pathologie sociale, nous nous contenterons, pour notre part, de mettre en lumière les événements qui éclairent la psychologie de cette tragédie.
On sait que la Saint-Barthélemy débuta par l’assassinat de l’amiral Coligny, dont la maison fut envahie par une bande d’assommeurs que conduisait l’Allemand Bœhm. Il est inutile de rappeler l’attitude héroïque et résignée du vieillard, son mot à l’assommeur qui l’éventrait d’un épieu : « Si c’était un homme, du moins!... C’est un goujat!» Mais ce ne fut là que le commencement du martyre : heureusement pour Coligny, ce martyre infamant ne devait s’exercer que sur son cadavre, car il expira aussitôt sous les coups redoublés de Bœhm.
Le duc de Guise attendait dans la cour de' la maison avec M. d’Angoulême (le bâtard de Henri H) et le duc d’Aumale, que « l’affaire fût finie ». De l’intérieur, Bœhm les avertit du succès de l’entreprise.
— « M. d’Angoulême ne le croira pas s’il ne le voit à ses pieds. »
Aussitôt, les assassins jetèrent le cadavre par la fenêtre ; il vint s’aplatir sur le pavé. Le bâtard, estimant sans doute qu’on a toujours plaisir à considérer
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son ennemi mort, lui essuya le visage avec un linge pour en enlever toute trace sanglante'.
Aussitôt commencèrent les mutilations et les profanations. Un Italien de la garde du duc de Nevers coupa la tête de Coligny; celle-ci fut portée au roi, puis à la reine-mère; on l’embauma et on l’expédia au pape et au cardinal de Lorraine, — et chacun d’eux reçut ce présent précieux, au nom de la religion de paix et d’amour, — ce qui prouve que l’aberration mentale, née du fanatisme religieux, quel qu’il soit, peut gagner, au loin, même ceux qu’on serait tenté de croire à l’abri de la contagion.
Le lendemain matin, le cadavre fut livré à la populace, qui, pendant la nuit,' s’était fait la main à la chasse aux parpaillots. On mutila tout ce qu’on put mutiler; on coupa les mains de l’amiral, ces mains qui avaient tenu si ferme une loyale épée ; on coupa les parties sexuelles, comme si ce cadavre pouvait encore procréer.
Il est à noter, du reste, que la mutilation sexuelle est de règle dans les débordements sadiques de la foule. Zola, en écrivant le. fameux passage de la Mouquette, qui châtra le cadavre de l’ingénieur tombé sous les coups des grévistes, n’a fait que rapporter un fait d’observation fréquente dans ces moments de folie collective. La princesse de Lamballe, en 1792, ne fut-elle pas, elle aussi, odieusement profanée, un
* Le bâtard d’Angoulême reçut le lendemain, des mains du roi, un présent de cinq cent cinquante livres (environ 7.700 francs de notre monnaie actuelle).
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monstre lui ayant coupé les grandes lèvres pour s’en faire des moustaches
Pendant toute la journée du 24 août, le cadavre de l’amiral fut traîné sur le pavé de Paris. On pourra comparer, en se référant à notre Névrose révolutionnaire combien cette horrible profanation ressemble à celle que, deux siècles plus tard, la foule hurlante devait faire subira la compagne de Marie-Antoinette. Même sauvagerie, même joie délirante, mêmes farces puériles et monstrueuses. A deux cents ans de distance, l’Histoire se répète mot pour mot, ce qui prouve bien qu’il s’agit là d’une crise effroyable de vésanie collective provoquée par le même facteur : la névrose des révolutions.
On attacha le corps de Goligny à la queue d’un cheval, et la promenade commença à travers les rues jonchées de cadavres. On décida de lui infliger le supplice posthume des trois éléments : on le jeta à l’eau, puis on le repêcha, on l’installa sur un bûcher qu’on alluma, mais on le retira aussitôt; enfin on le conduisit à Montfaucon pour l’attacher au gibet. Mais la tête manquait. Comment le pendre? Un ingénieux bourreau proposa de lui introduire une queue de veau dans le fondement, mais le procédé fut infidèle. On le pendit alors par les cuisses avec des chaînes de fer.
C’est dans cette posture que, quelques jours plus tard, il reçut la visite de celui qui l'appelait « mon
^ Cf. à ce sujet : Gab.vnès et Nass. La Névrose révolutionnaire.
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père», de Charles IX, lequel, morigénaut ceux qui se bouchaieut le nez à cause de la puanteur du gibet, eut un mot délicieux : « Je ne le bousche comme vous aultres, car Codeur de son ennemy est très bonne. »
Le meurtre de l’amiral préluda au massacre général des huguenots venus en foule à Paris pour assister aux noces — noces vermeilles — de Henri de Navarre avec Margot, la sœur du roi. Le mariage avait eu lieu quelques jours auparavant, le 18 août. Sitôt l’ordre arraché au roi de commencer la boucherie (nous verrous plus loin la part de responsabilité qui lui échoit dans ce drame), les bandes d’assassins se mirent en mouvement. A une heure de la nuit les cloches de Saint-Germain sonnèrent les matines parisiennes qui, pour beaucoup, devaient être le glas funèbre de l’agonie.
Tout d’abord, ce ne furent que les assassins à gages, vils stipendiés des bandes guisardes, qui opérèrent. Mais bientôt la populace, et même le bon peuple de Paris, excités par l’exemple, se joignirent à eux. On ne saurait mieux faire pour expliquer la psycho-pathologie d’une foule révolutionnée, que de rappeler l’anecdote suivante, qui, sous sa plaisante affabulation, s’applique si bien au cas qui nous occupe : Un pigeon et un chat avaient été élevés ensemble et s’aimaient d’une affection réciproque; ils couchaient ensemble dans le panier que leur prépa-
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rait leur commune maîtresse et se prodiguaient de multiples marques d’amitié. Un jour, le pigeon revint blessé à la maison : le matou compatissant, se mit en mesure de le soigner de son mieux et lécha le sang de la blessure; mais peu à peu, à cet exercice innocent, l’instinct atavique se réveilla en lui ; sa férocité native à l’égard des pigeons et autres oiseaux fut mise eu mouvement, et brusquement le bon et tendre chat, mis eu appétit, se jeta sur le pigeon tout abasourdi et le dévora.
C’est de la même façon qu’agirent les catholiques, au matin de la Saint-Barthélemy. Excités par les appels au massacre, par la peur, également, d’une revanche possible des huguenots « rescapés », ils se mirent à frapper d’estoc et de taille avec une sauvagerie incroyable.
Le Louvre, où habitait toute la famille royale et la cour, fut le théâtre de scènes atroces. Marguerite de Navarre en a laissé le récit dans ses Mémoires. Après une nuit passée daus les transes aux cotés de sa jeune femme, — tous deux pensaient peu, certes, aux effusions réciproques de la lune de miel, — Henri se leva de bonne heure pour se rendre dans la chambre du roi. Marguerite restée seule, commençait à s’endormir, lorsqu’un tumulte éclata à sa porte. Un homme entra, M. de Tréjan, qui avait un coup d’épée dans le coude et un coup de hallebarde dans le bras, poursuivi jusque daus la chambre par quatre archers. Le malheureux se jeta sur le lit de Marguerite. « Moy, dit-elle, sentant ces hommes qui me tenoient, je me
jette à la ruelle, et luy après moy, me tenant toujours à travers du corps. Je ne connaissois point cet homme et ne sçavois s’il venait là pour m’offenser, ou si les archers en voulaient à luy ou à moi. Nous criions tous deux et estions aussi effrayés l'un que l’aultre. Eofin Dieu voulut que M. de Nancey, capitaine des gardes, y vint, qui, me trouvant en cet estat-là, encore qu’il y eust de la compassion, ne se put tenir de rire et se courrouça fort aux archers de cette indiscrétion, les fit sortir et me donna la vie de ce pauvre homme qui metenoif lequel je fis coucher et panser dans mon cabinet jusques à tant qu’il fust du tout guéry. »
Un peu remis de cette chaude alerte, Margot et M. de Nancey se rendent à l’appartement de M'"® de Lorraine. Dans l’antichambre, dont les portes étaient ouvertes, ils rencontrent une nouvelle bande de Suisses qui poursuivaient un gentilhomme nommé Bourse : il fut estoqué eu présence de Marguerite qui s’évanouit dans les bras de Nancey.
Bientôt le massacre fut général au Louvre : Pardaillan, Beauvais, Piles tombèrent sous les coups des assassins, puis bien d’autres. Les corps s’entassaient, nus, dans la cour du château. Le roi, la reine-mère, toute la cour aux fenêtres contemplaient cet horrible spectacle. Comme il convient, les femmes firent preuve d’une monstrueuse impudence, se délectant à la vue du charnier. Elles échangeaient des réflexions licencieuses sur l’anatomie de ces seigneurs égorgés dont plus d’un avait été leur amant. Soubise, notamment, fut l’objet de leur curiosité malsaine et
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impudique : le malheureux était en procès de nullité de mariage, sa femme le déclarait impuissant ; les nobles dames tinrent à s’en assurer elles-mêmes en inspectant son cadavre.
Du Louvre, la tempête gagna Paris. Toutes les maisons habitées par les huguenots furent fouillées, ceuxci massacrés sans pitié. « On n’entendoit de toutes parts, dit de Thou, que plaintes, ou hurlements de gens ou déjà poignardés, ou près de l’être; on ne voyoit que corps morts jetés par la feuestre, les chambres et les cours étoient pleines de cadavres; on les traînoit inhumainement dans les carrefours et dans les boues. Enfin, il y eust une multitude innombrable de personnes massacrées, hommes, femmes et enfants, et beaucoup mesme de femmes grosses. »
Rien de ce qui aurait pu exciter la pitié des assassins ne les retint. Le peuple, en général, même la populace la plus vile, conserve le respect des femmes enceintes. Ce jour-là, elles étaient désignées plus que toutes autres aux coups des massacreurs. M. Bordier a rapporté un épisode tardif de la Saint-Barthélemy (il se passa le 28 août) qui montre bien la rage folle de ceuxci : une jeune femme présentait un état de grossesse tellement avancé qu’elle était sur le point d’accoucher. Malgré ses supplications lamentables, elle fut mise à nu, percée de part en part, jetée à l’eau la tête la première. « Pendant qu’elle y tombait on voyait encore remuer l’enfantL » C’est qu’en effet, pour exterminer
^ Brief Friedrich des Frommen Kurfürslen von des Pfalz, cité par II. Boudieh, La Saint-Barthélemy et la critique moderne.
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la race maudite, il fallait tuer le hugueuot daos Tœuf.
Le massacre dura ainsi non pas quarante-huit heures, comme les massacres de Septembre, mais plusieurs jours, plusieurs semaines, deux mois entiers. Tout était prétexte à ranimer l’ardeur fatiguée des jouteurs. Une aubépine fleurissait-elle au cimetière des Innocents? C’était signe que le ciel approuvait cette sanglante sélection.
Les ruisseaux étaient rouges de sang, la Seine charriait des cadavres pestilentiels. Des scènes de sadisme aussi révoltantes que celles du martyre de Coliguy se répétaient chaque jour. C’est l’excellent docteur en Sorbonne, Pierre Ramus, qui est tiré de son étude et défenestré aussitôt. « Son corps et les boyaux qui lui sortoyent par les playes furent fouettés le long des rues par les petits escholiers, ameutés à cela par son envieux Charpentier^ » Après lui avoir coupé la tête, on le porta à la rivière. Quelque temps, dit Michelet, le corps surnagea près du pont Saint- Michel. Mais des bourgeois, trouvant qu’il n’en avait pas assez, payèrent des bateliers pour le repêcher. Ramené sur le rivage, le cadavre de Ramus fut fouetté à nouveau.
Une autre fois, c’est un cortège fantastique qui déambule, hurlant à travers les rues menant à la Seine : des gamins se sont emparés d’un petit luthérien au maillot et le traînent, ravis, au bout d’une ficelle.
Par ailleurs, c’est le massacre collectif : dans une
‘ Ag. d’Aubigné. Hist. universelle. Ce Charpentier était un médecin de Charles IX, ennemi personnel de Ramus.
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rue, dénommée Vallée de Misère, se trouvait une porte par où les rescapés auraient pu fuir. Trois jours durant les massacreurs y demeurèrent en permanence. On leur amenait les prisonniers; ils les faisaient marcher sur des planches en porte-à-faux, d’où ils basculaient contre les piles du pont.
Bien entendu les assassins, mis en rut par cette explosion de sauvagerie sadique, violèrent nombre de femmes avant de les massacrer. Brantôme en a rapporté quelques cas : celui de M""® de Pleuviau, dont le mari avait été occis, et qui fut obligée de se livrer au meurtrier, non pas seulement poursatisfaire sa luxure occasionnelle, mais en bon et valable mariage. Si bien que la pauvre femme fit « nopces et funérailles tout ensemble ».
Une autre, forcée le jour du massacre par un gentilhomme, devint si éperdue qu’elle en resta folle pendant quelque temps, mais bientôt elle oublia son injure et se remaria « galantement et haultement^ ».
Çà et là, des épisodes intensément dramatiques atténuent la monotonie de l’horrible tragédie. C’est la poursuite de M. de Téligny qui, fuyant sa maison cernée et abandonnant le cadavre de son père, court de toit en toit, traqué par les fauves à face humaine, pénètre dans un galetas où il se croit en sûreté, près des appartements du maréchal de Savoie où tous deux sont poignardés et défenestrés.
C’est la fuite du petit Caumont La Force, âgé de treize
' Brantôme. Dames galantes. Disc. VII.
ans, laissé pour mort sur les cadavres de son père et de son frère, sauvé par la compassion d’un valet du Jeu de paume, conduit par lui à TArseual, où ou le cacha dans la chambre des filles de Biron, quittant Paris sous un faux nom, courant mille périls dans la campagne infestée de bandes de massacreurs, finalement échappant à la mort par une série de miracles.
Car Paris n’eut point le monopole du massacre ; toute la France tressaillit à la nouvelle de la Saint-Barthélemy, et la contagion gagna les villes prochaines, comme une épidémie irrésistible : Orléans, Lyon, Meaux, Bordeaux, Toulouse, Rouen furent ensanglantées. Aussi est-il bien difficile de donner le chiffre même approximatif des victimes; les historiens n’ont jamais été d’accord sur ce point, les contemporains encore moins, ce qui s’explique assez, étant donné que les uns avaient intérêt à diminuer, d’autres à augmenter ce chiffre; les plus impartiaux, en outre, ont pu être suggestionnés par fhorreur de ces sombres journées, D’Aubigné parle de 3.000 huguenots tués, la Popelinière de 20.000, de Thou de 30.000, Sully de 70.000.
Quoi qu’il en soit, les différents événements de la Saint-Barthélemy sont indispensables à connaître, pour qui veut un exemple frappant des effets de la névrose révolutionnaire. C’est un chapitre poignant à ajouter à l’histoire desfoules criminelles. Sans nul doute nous n’en verrons plus une réédition, car, à la base de ces crimes collectifs, il faut le fanatisme, et celui-ci disparaît avec les progrès du scepticisme contemporain. Mais il est bon de montrer une fois de plus
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comment celui-là est capable de dériver en cruauté, soit que Tindividu se fasse inquisiteur, soit que la foule devienne ivre de sang. D’une façon comme d’une autre, le sadisme vient se greffer sur le fanatisme.
11 nous reste maintenant à étudier la Saint-Barthélemy, non point en tant que crime collectif, mais en tant que crime particulier de Charles IX. Quelle part fut la sienne dans le drame, et quelles conclusions psycho-pathologiques en tirer pour compléter son observation médico-historique?
Ce point est aujourd’hui assez bien élucidé et permet de porter un diagnostic précis sur la mentalité du roi. Il n’eut point le premier l’idée du massacre; mieux, il se laissa arracher l’ordre de le commencer. Irrésolu malgré sa dissimulation, impulsif, s’opposant au projet qu’on lui soumet, puis brusquement le faisant sien, apportant lui-même à son exécution un cynisme sauvage, tel nous apparaîtlerôlede Charles IX dans la nuit historique. Cela concorde bien, au reste, avec ce que nous savons de lui : intelligence médiocre, dominé par des instincts cruels et une affectivité sentimentale, il est tour à tour indécis et entêté : dans le massacre, il fut d’autant plus sauvage qu’il avait été hésitant à l’ordonner.
Faut-il rappeler que deux jours auparavant, alors que l’amiral avait été blessé par le coup d’arquebuse de Maurevert, Charles était allé le visiter et lui avait
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promis vengeance solennelle : « Mon père, lui avait-il déclaré, la blessure est pour vous, et pour moi l’outrage. Mais j’en ferai telle vengeance qu’on s’en souviendra à jamais... » Quarante-huit heures plus tard, il consentait à sa mort.
Atroce dissimulation? Sincérité dans l’un comme dans l’autre cas ? Bien difficile de trancher le problème. Nous penchons toutefois pour la seconde hypothèse, en dépit de la loi de mensonge dont Charles s’était fait un principe politique. Il était bien, en effet, dans son caractère de dégénéré mental de passer d’un camp à l’autre sans se rendre compte de l’énormité de la trahison. Si cet homme faussait si souvent sa parole royale, c’est qu’il en ignorait la valeur. De plus, il apparaît comme incapable d’une initiative personnelle. Sous des dehors d’autoritarisme impérieux, il cachait une faiblesse lamentable, fl était toujours de l’avis du dernier préopinant. Avec Coligny, avec Henri de Navarre, il était tolérant et penchait vers la pacification. Mais sa mère, les Guise, Retz le chapitraient aussitôt; ils savaient combien peu ils avaient à faire pour réveiller la brute qui sommeillait en lui; ses scrupules n’étaient point de ceux que rien ne peut entamer.
Anssi bien, on a la preuve de cette incohérence de caractère, de son manque d’esprit de suite dans les ordres contradictoires qu’il donna à celte occasion Encore sous le coup de sa visite à Coligny blessé, il fait secrètement ordonner, de maison en maison, que chacun, dans son logis, restât armé, — sans dire pour-
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quoi, -- de manière à prévenir le massacre. Il enjoint aux catholiques de quitter le quartier habité par Goligny et conseille aux protestants de s’y masser pour faire un rempart de leur corps, au cas où un Maurevert voudrait de nouveau attenter aux jours du noble amiral.
Mais une fois lancé dans le massacre, il s’enivre de carnage, il se noie dans le sang, comme pour s’étourdir et étouffer les remords naissants. Les indécis sont les gens les plus furieux, de même que les timides sont les plus coléreux, lorsque, voulant donner à autrui et surtout à eux-mêmes une preuve de leur volonté, ils prennent soudain une résolution, l’exécutent jusqu’au bout, sans regarder ni en arrière, ni à droite ou à gauche.
Aussi fut-il un des premiers à se mettre à une fenêtre du Louvre pour contempler, à l’aube naissante, l’horrible spectacle. De la voix, du geste, il encourageait les assassins. Sa raison chavira complètement dans cette orgie de sang. Les yeux hors de la tête, eu véritable halluciné, il saisit lui-même une arquebuse et ajusta ceux qui s’échappaient, blessés ou saufs, des mains des bourreaux.
Le fait a été longtemps discuté. Il ne saurait faire doute pour personne aujourd’hui L Pendant longtemps on n’en 'a pas suspecté l’authenticité. La polémique est née d’une erreur de la Convention qui décida de faire apposer une plaque commémorative au-dessous
^ Cf. à ce sujet ; IL Bordier. La Saint-Barthélemy et la critique moderne.
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de la fenêtre fatale, — mais qui la fit placer au-dessous d’uue fenêtre qui n’existait pas encore eu 157*2. L’occasion était précieuse pour les défenseurs modernes de Charles IX, — car il s’en est trouvé plus qu’on ne pense, — de prouver l’inanité de cette accusation. Les recherches des historiens ont remis la chose au point.
Ce malheureux sadique était tellement fou de meurtre qu’il n’épargna même pas ses amis fidèles. Brantôme a rapporté comment La Rochefoucauld fut occis sans qu’il eût eu conscience de ce qui se passait, — à peu près comme fut fusillé le Turco de la Commune dont Alphonse Daudet a raconté la lamentable fin.
On y trouve un exemple nouveau de l’irrésolution de Charles, essayant d’abord de sauver son ami, puis le laissant assassiner sans intervenir. Au début de la nuit rouge, alors qu’il venait de donner l’ordre fatal, Charles IX voulut retenir son ami La Rochefoucauld et le faire coucher dans sa propre chambre où il serait à l’abri. Le comte refusa, « pensant qu’il le retenoit là pour le fouetter la nuit et ne faire que du fol, comme quand ils estoient ensemble, et M. le comte de Maulévrier et aultres, ils en faisoient de bonnes... Enfin le dit comte de la Roche s’en alla, où quand le matin on vint pour rompre et fausser la porte de sa chambre pour le tuer... pensant que ce fût le roy qui le vint fouetter, il se leva et s’habilla aussitost en s’écriant : «Ce sont des jeux de feu roy votre père, mais vous ne m’y attraperez pas, car je suis tout chaussé et