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HENRI III, LE ROI CORSETÉ

LA FIN DKS VALOIS

vestu^ » Or ce n’était point le roi, mais une bande de Suisses qui l’estoquèrent de part en part.

Eu dépit de sa fureur sanguinaire, brusquement éveillée, le malheureux fou demeure inquiet. Pris de haut-le-cœur et peut-être de remords, il va chercher un refuge près de sa maîtresse, Marie Touchet, qui reste eu dehors de toute politique et s’enferme dans la tour d’ivoire de son amour ; près de sa femme, la bonne reine Elisabeth, — alors enceinte, — qui le berce dans ses bras pour ramener le calme dans ses yeux égarés. « On l’entend chanter sur un rythme doux quelques psalmodies à la façon des mères au réveil de leurs nouveau-nés. Les sceptiques n’osent plus sourire : la gentille fée de la légende est-elle revenue, qui désaltérait les damnés des pleurs de ses yeux?- »

Même incertitude, même angoisse dans lame du roi, dès le lendemain de la Saint-Barthélemy. Déjà, le doute, uu terrible doute de conscience l’obsède. A-t-il bien agi ou bien a-t-il commis le plus monstrueux des crimes en tirant sur son peuple? Le malheureux n’en sait rien, sa raison est complètement égarée, et cependant il hésite déjà. Il fait, à son de trompe, défense formelle de poursuivre la tuerie; il dépêche en province des lettres patentes pour arrêter le massacre (ordres suivis d’effet, du reste), mais, en même temps, il se

* Bhantôme. Les Capitaines (Charles TX). Il serait assez curieu.x: de rechercher quel était ce jeu bizarre de flagellation, auquel, si l’on en croit Brantôme, s’adonnaient Henri 11 et Charles IX.

* II. Bouchot. Les Femmes de Brantôme,

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rend, accompagné de ses frères et des princes du sang au Grand Palais où il assiste à la messe et déclare que tout ce qui a été fait l’a été par son ordre. Quelques jours après il va rendre visite au corps mutilé deColigny, pendu à IMoutfaucon, et oblige les deux fils de l’assassiné, fraîchement convertis, à suivre ce pèlerinage. L’aîné, âgé de quinze ans, sanglotait à crever. Le plus jeune, de sept, regarda d’un œil ferme, voyant son père transfiguré comme il le sera dans l’avenirL

Du reste, — et c’est bien là une marque indéniable de sadisme cérébral, — Charles IX prenait un plaisir passionné à la vue des cadavres et des supplices. Tout jeune, il avait été, — comme les enfants royaux du temps — conduit par sa mère en place de Grève pour assister au spectacle réjouissant des mises à mort j udiciaires. Les fils de Catherine témoignèrent toujours du contentement qu’ils y éprouvaient. Catherine ellemême était friande des exécutions; c’est sous ses yeux que, le 28 juin 1574, on décapita Montgomery. Un an plus tard Henri III eut la fantaisie d’aller voir mourir La Vergerie, condamné à être pendu, puis mis en quartiers pour avoir mal parlé des Italiens ^ Quant à Charles IX c’était son plaisir favori : le 25 octobre 1572, comme on devait pendre deux gentilshommes et qu’il faisait nuit à l’heure du supplice, il fit allumer des flambeaux près de la potence, « pour les voir mieux mourir et contempler mieux leur visage et

^ Michelet. Loc. cit.

® P. DE l’Estoile. Journal de Henri III (6 juillet 1575).

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leurs mains ». L’avant-dernier des Valois avait donc sous ce rapport la mentalité d’un Néron ou d’uu GaligulaL «Contre les rebelles, disait-il, c’estoit cruauté d’estre humain et humanité d’estre cruel. » Le pauvre fou avait, à ses moments perdus, de l’esprit, — mais quel esprit !

Et pourtant, il n’était point l’homme de sa mentalité. Ce n’est point impunément qu’on piétine dans le saug lorsqu’au lieu d’être une brute fruste, sauvage et fermée à toute sentimentalité, on estun être inquiet, tourmenté d’obsessions, etqu’on laisse son âme ouverte au remords. La Saint-Barthélemy fut un coup trop rude pour Charles IX, — si rude qu’il en mourut. Au lieu de s’apaiseravec le temps, sa conscience lui criait chaque jour plus haut l’infamie de sa trahison, l’horreur de ses cruautés. Le malheureux vécut encore deux années, torturé par les remords grandissants. Eu vain cherchait-il à s'étourdir, en vain voulait-il briser sou corps, frêle et débile pourtant, afin de trouver quelque repos dans le sommeil, lorsque la nuit, étendant son ombre épaisse sur le Louvre, reveuait murmurer à ses oreilles le nom de ses victimes, dont

* Sans rappeler ici le supplice de Damiens, auquel toute la cour assista, disons que les exécutions publiques passaient sous l’ancien régime pour un spectacle otïiciel. Le 17 septembre 1644, on pendit à Londres entre cinq voleurs protestants deux prêtres catholiques, l’un Irlandais, l’autre Anglais. Encore palpitants, ils furent éventrés, leurs cœurs et leurs entrailles jetés au feu, leurs corps mis en quartiers, leurs têtes coupées. L’exécution fut faite en présence d’ambassadeurs et résidents de France, d’Espagne, de Portugal, de Venise, et d’un nombre incroyable de personnages de condition. (Lalanne, Brantôme.)

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les spectres apparaissaieot à ses yeux terrifiés. Hallucinations de l’ouïe, de la vue, angoisses des horribles cauchemars, il connut tout le cortège des implacables remords.

Sa passion de la chasse le possède alors furieusement. Presque chaque jour, il galope, tête baissée, sous les halliers de Saint-Germain ou de Vinceunes, s’époumonnant à sonner du cor. Le soir, il rentre harassé, crachant le sang, et toujours la conscience bourrelée. Comme son aïeul Louis XI, — avec cette différence que Charles IX se vit mourir à vingt-quatre ans, — il fit appel aux lumières des médecins, de l’Eglise, suppliant qu’on lui sauvât la vie. Il était trop tard.

Avec lui disparut le deuxième fils régnant de Henri IL

Le troisième qui devait monter sur le trône allait présenter une dégénérescence d’un autre genre : Charles IX avait été un sadique cérébral, Henri III devint un inverti homo-sexuel.

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