BALLADE DES NUAGE
Avec leurs gris, leurs bleus, leurs vermillons, leurs ors, Ils figurent des sphinx, des monceaux de fossiles, Des navires perdus, de magiques décors, Et de grands moutons noirs et blancs, fiers et dociles Qui vaguent en broutant par des chemins faciles; Gros des orages sourds qui viennent s'y tapir, Ils marchent lentement ou bien vont s'accroupir Sur quelque montagne âpre et qu'on n'a pas gravie; Mais tout à coup le vent passe et fait déguerpir Les nuages qui sont l'emblème de la vie.
ENVOI
0 Mort! Divinité de l'éternel rJormir, Tu sais bien, toi par qui mon cœur s'use à gémir Et dont l'appel sans cesse au tombeau me convie, Que je n'ai jamais pu contempler sans frémir Les nuages qui sont l'emblème de la vie.
?18 LKS REFUGES.
LES VIEILLES HAIES A Edmond Ilaraucourt.
Fauves, couvrant l'horreur, le mystère et l'ennui, Tantôt pleines Je jour, tantôt pleines de nuit.
De murmures et de silences; Hosliles au loucher comme des hérissons, Elles sont là, mêlant à d'éternels frissons
D'interminables somnolences.
Elles ont l'attitude et la couleur des bois : Aubépines, genêts, fougères, et parfois
Un panache de chèvrefeuille L-^ur donnent une odeur suave à respirer; [.eiirs fruits ? c'est le hasard qui les fait prospérer.
Et c'est le merle qui les cueille.
Elles sont un écran pour le sentier poudreux, Un abri pour le pâtre, et pour les amoureux
Le lieu des rendez-vous fidèles.
Et quand l'ombre noircit la plaine et le ravin, La nonne lavandière et le mauvais devin
Dialoguent à côté d'elles.