LES VIEILLES HAIES
fous les anciens buissons poussent dru, haut et droit, Comme aussi, bien souvent, ils penchent, et l'on voit
Sous l'azur clair ou qui se fronce, Au-dessus du ruisseau chuchoteur ou dormant, La courbure agressive et l'échevèlement
Épouvantable de la ronce.
Rarement effleurés par les beaux papillons. Ils soiît le labyrinthe aimé des vieux grillons;
Plus d'une cigale en tristesse V liasarde un son maigre et que l'âge a faussé ; I. renouilles et crapauds visitent leur fossé.
Et la couleuvre est leur hôtesse.
fiélas! dans ces fouillis qu'elle connaît si bien Cette sournoise ourdit son muet va-et-vient
Que maint sifflement entrecoupe; Malheur au nid d'oiseau ! L'ogresse à pas tordus Se hisse pour biber les œufs tout frais pondus
Dans la pauvre petite coupe.
A la longue, paifois, ces grands buissons aflreux Ont bu tous les venins que vont baver sur eux
L'aspic et la vipère noire :
Aussi, lorsque l'été réchaufl'eur des déserts Promène au fond des trous, sur l'onde et dans les airs
Son invisible bassinoii'e,
J18 LES REFUGEa
La haie empoisonnée, après son long sommeil, Étire ses rameaux qui s'enllent au soleil
Comme autant de bêtes squammeuses; fit contre les troupeaux sveltes et capricanls Elle se dresse, armée, avec tOHs ses piquants,
D'innombrables dents venimeuses.
Dans la pourpre de l'aube ou des soleils couchants, Au bord des bois, des lacs, des vignes et des clvanipp.
Des prés ou des châtaigneraies, L'habitant du ravin, du val et des plateaux Vénère à son insu ces sombres végétaux :
Car, à la fin, les vieilles haies,
A force d'avoir vu tant de piétons bourbeux. D'ânes et de moutons, de vaches et de bœuf-.
Ont, comme les très vieux visages, Pris un air fantomal, prophétique, assoupi. Qui sur le chemin neuf et le mur recrépi
Jette un reflet des anciens ùuts.
La biche.
LA BIGHB
La biche brame au clair de lune Et pleure à se fondre les yeux :
Son petit faon délicieux A dispara dans la nuit brune.
Pour raconter son infortune A la forêt de ses aïeux, La biche brame au clair de lune Et pleure à se fondre les yeux.
Mais aucune réponse, aucune, A ses longs appels anxieux!
Et le cou tendu vers les deux, Folle d'amour et de rancune, Labiche brame au clair de lune.
MO LË6 ..