LE RAVIN DES COQUELICOTS
A Jules Breton.
Dans un creux sauvage et fnuet Qui n'est pas connu du liliiel Ni de la chèvre au pied lluet
Ni de personne.
Loin des sentiers des bourriquola, Loin des bruits réveilleurs d'échos, Un fouillis de coquelicots
Songe et frissonne.
Autour d'eux, d'horribles étangs Ont des reflets inquiétants; A peine si, de temps en temps,
Un lézard bouge Entre les genêts pleins d'effrois Et les vieux buis amers et froids Qui fourmillent sur les parois
Du ravin rouge.
131 LES REFUGES
Le ciel brillant comme un vitrail N'épand qu'un jour de soupirail Sur leurs lamelles de corail
Ensorcelées, Mais dans la roche et le marais Ils sont écarlates et frais Comme leurs frères des forêts
Et des vallées.
Ils bruissent dans l'air léger Sitôt que le temps va changer.
Au moindre aquilon passager
Qui les tapote, Et se démènent tous si fort Sous le terrible vent du Nord Qu'on dirait du sang qui se tord
Et qui clapote.
En vain, descendant des plateaux Et de la cime des coteaux, Sur ces lumineux végétaux
L'ombre se vautre, Dans un vol preste et hasardeux, Des libellules deux à deux Tournent et vibrent aulour d'eux
L'une sur l'autre.