‹ Les névrosesChapitre 139 sur 220 · SOUVENIR DE LA CREUSE · texte numérisé non relu

SOUVENIR DE LA CREUSE

Tandis qu'au soleil lourd la campagne d'automne Filait inertement son rêve de stupeur, Nous traversions la brande aride et monotone Où le merle envahi du spleen enveloppeur Avait un vol furtif et tremblotant de peur. Nous longions un pacage, un taillis, une vigne -, Puis au fond du ravin que la ronce égratigne Apparaissait la Creuse aux abords malaisés : Alors tu t'asseyais, et j'apprêtais ma ligne A l'ombre des coteaux rocailleux et lioisés.

Lorsque j'avais trouvé dans l'onde qui moutonne,

Près d'un rocher garni d'écume et de vapeur,

L'endroit où le goujon folâtre et se cantonne,

Je fouettais le courant de mon fil agrippeur,

Et bientôt le poisson mordait l'appât trompeur.

Toi, sous un châtaignier majestueux et digne,

Aux coincoins du canard qui nageait comme un cygne

Rêveuse, tu croquais des sites apaisés ;

Et je venais te voir quand tu me faisais signe,

li l'ombre des coteaux rocailleux et boisés.

LES REFUGES

Par des escarpements que ie Jierre festonne, Un meunier s'en allait sur son baudet grimpeur; Des roulements pareils à ceux d'un ciel qui tonne S'ébauchaient; le j)ivert au bec dur et frappeur Poussait un cri pointu dans l'air plein de torpeur. El nous, sans redputer la vipère maligne, Avec des mots d'amour que le regard souligne, Ayant pour seuls témoins les lézards irisés. Nous causions tendrement sur la mousse bénigne, A. l'ombre des coteaux rocailleux et boisés.

0 toi qui m'as grandi par ta candeur msigne, Partout mon souvenir te cherche et te désigne; Et j'évoque le temps où j'avais les baisers De ta bouche d'enfant, fraîche et couleur de guigne, A lombre des coteaux rocailleux et boisés.

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