LA PIPE
A Camille Pelletan.
(Joand l'uniformité m'écœure, Dans la rue ou dans la maison, Que de fois pour nuager l'heure Je savoure ton cher poison I
0 ma coupe de nicotine, Mon regard jubile en suivant Ta fumée errante et lutine Comme l'onde et comme le vent !
Quel doux philtre dans ces bouffé Que j'aspire par ton cou noirl Seul avec toi, je vois dfes fées Dansant au sommet d'un manoir.
Humant ton odeur tabagique Plus subtile que des parfums, Au milieu d'un rêve magique, J'évoque mes amis défunts;
LKS REFUGES.
Et ma spectrale bien-aimée, Avec son regard alarmant, Sur tes spirales de fumée Flutle mystérieusement.
Ton brouillard est l'escarpolette Qui berce mes jours et mes nuits; Tu chasses comme une amulette Mes cauchemars et mes ennuis.
Et je cuis mon dég'oût du monde Dans ton fourneau large et profond Je trouve l'homme moins immonde En te fumant, l'œil au plafond.
Tu montres à ma fantaisie Qui s'enveloppe d'un linceul, Des horizons de poésie Où le vers s'ébauche tout seul ;
Et pour moi ta saveur bénie, Délicieuse d'âcreté, Conserve en sa monotonie
Une éternelle nouveauté I