L'AMANTE MACABRE
A Charles Buet.
\-A\e était toute nue assise au clavecin ; !\;t tandis qu'au dehors hurlaient les vents farouches \'.\ que Minuit sonnait comme un vague tocsin, Se-; doigts cadavéreux voltigeaient sur les touches.
Une pâle veilleuse éclairait tristement La chambre où se passait cette scène tragique, Kt parfois j'entendais un sourd gémissement Se mêler aux accords de l'instrument magique.
< ih ! magique en effet ! Car il semblait parler Avec les mille voix d'une immense harmonie, Si large qu'on eût dit qu'elle devait couler D'une mer musicale et pleine de génie.
Ma spectrale adorée, atteinte par la mort, louait donc devant moi, livide et violette, Kt ses cheveux si longs, plus noir que le remord. Retombaient mollement sur son vivant squelette.
',6 LES SPECTRES
Osseuse nudité chaste dans sa maigreur!
Meauté de poitrinaire aussi triste qu'ardente ! Elle voulait jeter, cet ange de l'Horreur, Un suprême sanglot dans un suprême andante.
Auprès d'elle une bière en acajou sculpté, IJoite mince attendant une morte lluelte. Ouvrait sa gueule oblongue avec avidité VA semblait l'appeler avec sa voix muette.
Sans doute, elle entendait cet appel ténébreux Oui montait du cercueil digne d'un sanctuaire, Puisqu'elle y répondit par un chant douloureux Sinistre et résigné comme un oui mortuaire !
|]1!'' chantait : « Je sors des bras de mon amant. Je l'ai presque tué sous mon baiser féroce; Et toute bleue encor de son enlacement. J'accompagne mon râle avec un air atroce I
Depuis longtemps, j'avais acheté mon cercueil : Enfin I Avant une heure, il aura mon cadavre ; La Vie est un vaisseau dont le Mal est l'écueil, . Et pour les torturés la Mort est un doux havre.
Mon corps sec et chétif vivait de volupté : ' Maintenant, il en meurt, affreusement phtisique; • Mais, jusqu'au bout, mon cœur boira l'étranget-' ' Dans ces goufîres nommés Poésie et Musique.