‹ Les névrosesChapitre 146 sur 220 · L ■ A M A N T E MAC A B R E · texte numérisé non relu

L ■ A M A N T E MAC A B R E

« Vous que j'ai Tant aimés, hommes, je vou^^ maud;-' « A vous l'angoisse amère et le creusant marasme! « Adieu, lit de luxure. Enfer et Paradis, « Où toujours la souffrance assassinait mon spasme,

« Réjouis-toi, Cercueil, lit formidable et pur

« Au drap de velours noir taché de larmes blanches,

« Car tu vas posséder un cadavre si dur

« Qu'il se consumera sans engluer tes planches.

« Et toi, poète épris du Sombre et du Hideux. « Râle et meurs! Un ami te mettra dans la bièrt « Et sachant notre amour, nous couchera tous deux « Dans le mêm^ sépulcre et sous la même pierre.

« Alors, de chauds désirs inconnus aux défunts

« Chatouilleront encor nos carcasses lascives,

« Et nous rapprocherons, grisés d'affreux parfums,

« Nos orbites sans yeux et nos dents sans gencives ! »

Et tandis que ce chant de la fatalité

Jetait sa mélodie horrible et captivante,

Le piano geignait avec tant d'àpreté,

Qu'en l'écoutant. Chopin eût frémi d'épouvante.

I"t moi, sur mon lit, blême, écrasé de stupeur, Mort vivant n'ayant plus que les yeux et l'ouïe. Je voyais, j'entendais, hérissé par la Peur, Sans pouvoir dire un mot à cet Eve inouïe.

LES SPECTRKS.

1:^1 (luaml son cœur sentit son dernier battement, lille vint se coucher dans les planches funèbres; Et la veilleuse alors s'éteignit brusquement, VA je restai plongé dans de lourdes ténèbres.

Puis, envertiginé jusqu'à devenir fou.

Croyant voir des Salaus qui gambadaient en cercle, J'entendis un bruit mat suivi d'un hoquet mou : Elle avait rendu l'âme en mettant son couvercle.

Et depuis, chaque nuit, — ô cruel cauchemar! — Quand je grince d'horreur, plus désolé qu'Electre, Dans l'ombre, je revois la morte au nez camard, Qui ai "envoie un baiser avec sa maiu de spectre.

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