‹ Les névrosesChapitre 173 sur 220 · LA PLUIE · texte numérisé non relu

LA PLUIE

Lorsque la plaie, ainsi qu'un immense écheveau Brouillant à l'infini ses longs fils d'eau glacée, Tombe d'un cielfunèbre et noir comme un caveau Sur Paris, la Babel hurlante et convulsée,

J'abandonne mon gite, et sur les ponts de fer, Sur le macadam, sur les pavés, sur l'asphalte, Laissant mouiller mon crâne où crépite un enfer, Je marche à pas fiévreux sans jamais faire halte.

La pluie infiltre en moi des rêves obsédants Qui me font patauger lentemetit dans les boues, Et je m'en vais, rôdeur morne, la pipe aux dents, Sans cesse éclaboussé par des milliers de roues.

Cette pluie est pour moi le spleen de l'inconnu ; Voilà pourquoi j'ai soif de ces larmes fluettes Qui sur Paris, le monstre au sanglot continu. Tombent obhquement lugubres, et muettes.

LA PLUÎfc. 30»

L'éternel coudoîment des piétons elfarés Ne me révolte plus, tant mes pensers fermentent : A peine si j'entends les amis rencontrés Bourdonner d'un air vrai leurs paroles qui mentent

Mes yeux sont si perd-us, si morts et si glacés, Que dans le va-et-vient des ombres libertines, Je ne regarde pas sous les jupons troussés Le gai sautillement des fringantes bottines.

En ruminant tout haut des poèmes de fiel, .l'affronte sans les voir la flaque et la gouttière; Et mêlant ma tristesse à la douleur du ciel, Je marche dans Paris comme en un cimetière.

Et parmi la cohue impure des démons, Dans le grand labyrmthe, au hasard et sans guide, Je m'enfonce, et j'aspire alors à pleins poumons L'affreuse humidité de ce brouillard liquide.

Je suis tout à, la pluie! A son charme assassin, Les vers dans mon cerveau ruissellent comme une onde Car pour moi, le sondeur du triste et du malsaio C'est de la poésie, atroce aui m'inonde.

LES SPECTRES

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