LE RASOIR
Ce rasoir où la rouille a laissé son vestige Par le seul souvenir arrive à me troubler. Et sur lui, je ne peux jamais voir sans trembler L'atmosphère de sang qui plane ou qui voltige.
Oui! sa vue a pour moi je ne sais quel prestige I Il m'attire, il me doue, il me fait reculer, Et va, quand je m'en sers, jusqu'à m'inoculer Un dangereux frisson d'horreur et de vertige.
Étant las du présent comme du lendemain,
J'ai grand'peur qu'à la longue il ne tente ma main
Par un genre de mort où mon esprit s'arrête.
C'est pourquoi je m'en vais le jeter dans un tron, Car avec lui je sens que je deviendrais fou Et que je finirais par me couper la tête 1