‹ Les névrosesChapitre 209 sur 220 · LA MORGUE · texte numérisé non relu

LA MORGUE

Mais c'est de l'horreur émouvante, Car ils ont gardé dans la mort La détresse de l'épouvante Et la révolte du remord.

Et dans une stupeur qui navre, Le regard fixe et sans éclat, Maint grand et maint petit cadavre Semblent s'étonner d'être là.

C'est que, vierges et courtisanes, Ceux des palais et des taudis, Citadines et paysannes, Les mendiants et les dandys,

Tous, pleins de faim ou pleins de morgue. Lorsqu'ils périssent inconnus, Sont mis à l'étal de la xMorgue, Côte à côte, sanglants et nus !

Et la foule âpre et curieuse Vient lorgner ces spectres hideux, Et s'en va, bruyante et rieuse.

Causant de tout, excepté d'eux.

Mais ils sont la chère pâture De mes regards hallucinés.

^ — Et je plains votre pourriture, 0 Cadavres infortunés!

Page 1