‹ Les névrosesChapitre 211 sur 220 · BALLADE DU CADAVRE · texte numérisé non relu

BALLADE DU CADAVRE

A Jules de Marthold.

Dès qu'au clocher voisin l'âme a volé tout droit

Et dit au vieux bourdon : « Glas! il faut que tu tintes I »

Le cadavre plombé dont la chaleur décroît,

Nez réduit, bouche ouverte et prunelles éteintes.

Se roidit en prenant la plus blême des teintes.

Puis, l'Ange noir chuchote à ce morceau de chair :

« Qu'on te regrette ou non, cercueil cher ou pas cher,

« Avec ou sans honneurs, tout nu comme en toilette,

«« A six pieds dans le sol tu subiras, mon cher,

« La pourriture lente et l'ennui du squelette ! »

Après la mise en bière, on procède au convoi :

Or, si peu de pleurs vrais et tant de larmes feintes

Gonflent l'œil des suiveurs, que le Mort qui les voit,

Trouve encor sur son masque où les stupeurs sont peintes

La grimace 'du cri, du reproche et des plaintes.

L'orgue désespéré gronde comme la mer,

Le plain-chant cavemeui traîne un sanglot amei-

Et l'encensoir vacille avec sa cassolette ;

Mais tout cela, pour lui, chante sur le même air

La pourriture lente et l'ennui du squelette.

LliS TENEBRE».

Durant l'affreux trajet, il songe avec effroi

Qu'on va le perdre au fond d'éternels labyrinthe»;

Sur ses mains, sur ses pieds, sur tout son corps si Iroid

La mort de plus en plus incruste ses empreintes,

Et le linceul collant resserre ses étreintes.

II tombe dans la fosse, et bientôt recouvert

D'argile et de cailloux mêlés de gazon vert,

Le malheureux défunt, dans une nuit complète.

S'entend signifier par la bouche du ver

La pourriture lente et l'ennui du squelette.

B^vu(.

Oh! qu'il te soit donné. Flamme, sœur de l'éclair, Â toi, Démon si pur qui fais claquer dans l'air Ta langue aux sept couleurs, élastique et follette, D'épargner au cadavre, avec ton baiser clair, La pourriture lente et l'ennui du squelette.

LA PUTREFACTION.

LA PUTRÊFACTIOr*

Au fond de cette fosse moite D'un perpétuel suintement, Que se passe-t-il dans la boîte, Six mois après l'enterrement?

Terrait-on encor ses dentelles?

t'œil a-t-il déserté son creux?

les chairs mortes ressemblent-elles A de grands ulcères cbancreux?

La hanche est-elle violâtre Avec des fleurs de vert-de-gris, Couleurs que la Mort idolâtre, Quand elle peint ses corps pourris ?

Pendant qu'un pied se décompose, L'autre sèche-t-il, blanc, hideux.

Ou l'horrible métamorphose S'opère-t-elle pour les deux?

,iSO LES TÉNÈBRES.

Le sapin servant d'ossuaire Se moisit-il sous les gazons?

Le cadavre dans son suaire A-t-il enGn tons ses poisons?

Sous le arap que mangent et rouillent L'humidité froide et le pus, Les innombrables vers cpii grouillent Sont-ils affamés ou repus?

Que devient donc tout ce qui tombe Dans le gouffre ouvert nuit et jour ?

— Ainsi, j'interrogeais la tombe D'une fille morte d'amour.

Et la tombe que les sceptiques Rayent toujours de l'avenir, Me jeta ces mots dramatiques Qui vivront dans mon souvenir :

(t Les seins mignons dont tu raffoles, « Questionneur inquiétant, « Et les belles lèvres si folles, « Les lèvres qui baisèrent tant,

« Toutes ces fleurs roses et blanches « Sont les premières à pourrir « Dans la prison des quatre planches, m Que nulle main ne jjeut ouvrir.

LA f UTKEKACTION. 381

« Mais, quant à l'âme, revit-elle ? « Avec son calme ou ses remords, « Faulril crier qu'elle est mortelle '< Ou qu'elle plane sur les morls?

« Je ne sais! Mais apprends de l'ombre « Que l'homme souffre en pourrissant :

M Le cadavre est un muet sombre, u Qui ne dit pas ce qu'il ressent! s

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