LES YEUX
Quels vers de troubadours, quels chants de ménestrels, Quels pages chuchoteurs d'exquises babioles, Quels doigts pinceurs de luths ou gratteura deTiolet Ont célébré des yeux aussi surnaturels 1
Ils savouraient la nuit, et vers la voûte brune Ils se levaient avec de tels élancements, Que l'on aurait pu croire, à de certains moments, Qu'ils avaient un amour effréné pour la lune.
Mais ils considéraient ce monde avec stupeur : Sur nos contorsions, nos colères, nos rixes, Le spleen en découlait dans de longs regards fixes Où la compassion se mêlait à la peur.
Messaline, Sapho, Cléopâtre, Antiope
Avaient fondu leurs yeux dans ces grands yeux plaintifs.
Ohl comme j'épiais les clignements furtifs
Qui leur donnaient soudam un petit air myope.
Aux champs, l'été, dans nos volontaires exils, Près d'un site charmeur où le regard s'attache, 0 parcelles d'azur, ô prunelles sans tache, Vous humiez le soleil que tamisaient vos cilsl
^'^ous aimiez les frissons de l'herbe où l'on se vautre; Et parfois au-dessus d'un limpide abreuvoir Longtemps vous vous baissiez, naïves, pour vous voii Dans le cristal de l'eau moins profond que le vôtre.
LES AMES
Deux bluets par la brume enlreTUS dans un pré Me rappellent ces yeux brillant sous la voilette, Ces yeux de courtisane admirant sa toilette Avec je ne sais quoi d'infiniment navré.
Ma passion jalouse y buvait sans alarmes. Mon âme longuement s'y venait regarder, Car ces magiques yeux avaient pour se farder Le bistre du plaisir et la pâleur des larmes!...
ilOLETTIt.