‹ Les névrosesChapitre 57 sur 220 · LA RELIQUE · texte numérisé non relu

LA RELIQUE

A Michel Menard.

Avant son mariage, — 6 souQVance mortelle! — Elle nie la donna sa chemise en dentelle,

Celle qu'elle avait le doux soir Où, cédant à mes plears qui lui disaient : «Viens, Bertbel » Près de moi haletant sur la couche entr'ouverle,

Frémissante elle vint s'asseoir.

Ce linge immacme qu embaumait son corps vierire, Quand elle vint me faire, aussi pâle qu'un cierge,

Ses chers adieux si redoutés.

Elle me le tendit d'un air mélancolique En soupirant : « Voici la suprême relique

De nos défuntes voluptés,

« Je te la doune, ami, ma chemise brodée : Car, la première fois que tu m'as possédée,

Je la portais, t'en souviens-tu? Elle seule a connu les brûlantes ivresses Que ta voix musicale et pleine de caresses

Faisait courir dans ma vertu.

LES LUXURES

« Elle seule entendit les aveux réciproques

Que, jour et nuit, mes seins, dans leurs gentils colloques,

Échangeaient tout bas en tremblant; Elle seule a pu voir comme une vierge flambe Quand le genou d'un homme ose effleurer sa jambe

Qui tressaille dans son bas blanc.

« Dès l'heure où sur mon cou frémit ta lèvre ardente, Tout mon corps anxieux a pris pour confidente

Cette chemise eu tulle fm ; Et ses sensations aussi neuves qu'impures, Voluptueusement, dans le flot des guipures.

Ont dit qu'il se donnait enfin.

« Conserve-la toujours 1 Qu'elle soit pour ton âme La chair mystérieuse et vague de la femme

Qui le voue un culte éternel ; Qu'elle soit l'oreiller de tes regrets moroses; Quand tu la baiseras, songe aux nudités roses

Qui furent ton festin charnel!

a Que les parfums ambrés de ma peau qui l'imprègnent, Pour l'odorat sublil de tes rêves, y régnent

Candides et luxurieux!

Qu'elle garde à jamais l'empreinte de mes formes J'ai dit à mon amour • « J'exige que tu dormes

« Entre ses plis mystérieux. »

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