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LA RIVIERE DORMANT

A Jean-Charles Cazîn.

Au plus creux du ravm où l'ombre et le soleil Alternent leurs baisers sur la roche et sur l'arbre, La rivière immobile et nette comme un marbre S'enivre de stupeur, de rêve et de sommeil.

Plus d'un oiseau, dardant l'éclair de son plumage, La brûle dans son vol, ami des nénuphars; Et le monde muet des papillons blafards Y vient mirer sa frêle et vacillante image.

Descendu des sentiers tout sablés de mica, Le lézard inquiet cherche la paix qu'il goûte Sar ses rocs fendillés d'où filtrent goutte à goutte Des filets d'eau qui font un bruit d'harmonica.

La lumière est partout si bien distribuée Qu'on distingue aisément les plus petits objets ; Des mouches de saphir, d'émeraude et de jais Au milieu d'un rayon vibrent dans la buée.

13S LES REFUGES

Sa mousse qui ressemble aux grands varechs des mei Éponge tendrement les larmes de ses saules, Et ses longs coudriers, souples comme des gaules, Se penchent pour la voii' avec les buis amers.

Ni courant limoneux, ni coup de vent profane :

Rien n'altère son calme et sa limpidité;

Elle dort, exhalant sa tiède humidité,

Gomme un grand velours vert qui serait diaphane.

Pourtant cette liquide et vitreuse torpeur Qui n'a pas un frisson de remous ni de vague. Murmure un son lointain,- triste, infiniment vague, Qui flotte et se dissipe ainsi qu'une vapeur.

Dju fond de ce grand paits qui la tient sous sa garde, Avec ses blocs de pierre et ses fouillis de joncs, Elle écoute chanter les hiboux des donjons Et réfléchit l'azur étroit qui la regarde.

Des galets mordorés et d'un aspect changeant Font à la sommeilleuse un lit de mosaïque Où, dans un va-et-vient béat et mécanique, Glissent des poissons bleus lamés d'or et d'argent.

Leurs nageoires qui sont rouges et dentelées Dodelinent avec leur queue en éventail:

Si ti'ansparente est l'eau, qu'on peut voir en détail Tout ce fourmillement d'ombres bariolées.

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