NUIT TOMBANTE
Des saules convulsés
Et difformes, Des trous, des rocs énormes,
Des fossés, Des vieux chemins gercés.
Des buissons multiformes,
Et des ormes
Crevassés,
De l'eau plate qui dort
Dans la terre, Noire et plus solitaire
Qu'un remord :
Un long murmure sort.
Un long murmure austère
De mj'stère
Et de mort.
Au clapotis que font
Les viornes, Sous la voûte sans bornes
Et sans fond, Tout s'éloigne et se fond ; L'ombre efface les cornes
Des bœufs mornes
Qui s'en vont.
lis LES REFUGES.
Et l'escargot sans bruit Rampe et bave;
L'obscurité s'aggrave, Le vent fuit:
Et l'oiseau de minuit
Flotte comme une épave Dans la cave De la nuit.
LE PETIT LIEVRE
LE PETIT LIÈVRE
A Léon Bloy.
!>rusque, avec un frisson De frayeur et de fièvre, On voit le petit lièvre S'échapper du buisson.
Ni mouche ni pinson; Ni pâtre avec sa chèvre, La chanson Sur la lèvre.
Tremblant au moindre accroc,
La bari)e hérissée
Et Tpreille dressée,
Le timide levraut
Part et se risque au trot,
Car l'aube nuancée
N'est pas trop
Avancée.
LES REFUGES
L'animal anxieux S'assied sur une fesse; Et pendant qu'il paresse, La brume dans les yeux, Le grana saule pieux S agenouille et s'affaisse
Connue lin vieux
A cuiiiesse.
N'enlend-il pas quelqu'un * Non! ce n'est que la brise Qui caresse et qui'grise Son petit corps à jeun.
Et dans le taillis brun Le fou s'aromatise
Au parfum
Du cytise.
Dans le malin pâlot.
Leste et troussant sa queue, n fait plus d'une lieue D'un seul trait, au galop.
Il s'arrête au solo Du joli boche-queue,
Près de l'eau
Verte et bleue
LE PETIT LIEVRE
Terrains mous, terréiins durs.
En tout lieu son pied trotte ; Et poudreux, plein de crotte, Ce rôdeur des blés mûrs Hante les trous obscurs Où la source chevrote,
Les vieux murs
Et la grotte.
L'aube suspend ses pleurs Au treillis des barrières, Et sur l'eau des carrières Fait flotter ses couleurs.
Et les bois roucouleurs, L'herbe des fondrières Et les fleurs Des clairières,
L'if qui se rabougrit, Le roc vêtu d'ouate Où le genêt s'emboîte, La forêt qui maigrit, La mare qui tarit.
L'ornière creuse et moite ;
Tout sourit
Et miroite.
1*6 ,,ICS RiîFUGKS.
Et dans le champ vermeil Où s'épuise la sève, Le lièvre blotti rêve D'un laurier sans pareil; Et toujours en éveil Il renifle sans trêve
Au soleil
Qui se lève.
A Louis Ratisbonne.
Quand le soleil rit dans les coins, Quand le vent joue avec les foins, A l'époque où l'on a le moins
D'inquiétudes; Avec Mai, le mois encnanteur Qui donne à l'air bonne senteur, Il nous revient, Toiseau chanteur
Des solitudes.
Il habite les endroits frais, Pleins de parfums et de secrets, Sur les lisières des forêts
Et des prairies; Sur les bords d'un lac ombragé.
Auprès d'un manoir très âgé Ou d'un cimetière chargé
De rêveries.
1'*' LES REFUGES
Le doux ignorant des hivers Hanle les fouillis d'arbres verts, Et voit le soleil à travers
L'écran des feuilles; C'est là que tu passes tes jour», Roi des oiselets troubadours, Et que pour chanter tes amours
Tu te recueilles.
Tandis que l'horizon blêmit, Que la berge se raffermit, Et que sur les ajoncs frémit
La libellule; Tandis qu'avec des vols ronfleurs, Parfois obliques et frôleurs, L'abeille rentre ivre de tleurs
Dans sa cellule;
Lui, le bohème du printemps, Il chante la couleur du temps; Et saules pleureurs des étangs,
Vieilles églises Ayant du lierre à plus d'un iulk , Toute la plaine et tout l'azur Écoutent vibrer dans l'air pur'
Ses vocalises.
Quand il pousse dans sa langueur
Des soupirs filés en longueur,
C'est qu'il soutfre avec tout son coeqr,
Toute son âme!
Sa voix pleurant de chers hymens A des sons tellement humains, Que l'on dirait par les chemins
Des cris de femme 1
Alors elle rend tout pensifs Les petits chênes, les grands ifs; Et mêlée aux ruisseaux furtifs,
Aux bons visages De la vache et de la jument, Cette voix est assurément La plainte et le gémissement
Des paysages.
ts.
LES KKKUOES.