‹ Les névrosesChapitre 82 sur 220 · NUIT TOMBANTE · texte numérisé non relu

NUIT TOMBANTE

Des saules convulsés

Et difformes, Des trous, des rocs énormes,

Des fossés, Des vieux chemins gercés.

Des buissons multiformes,

Et des ormes

Crevassés,

De l'eau plate qui dort

Dans la terre, Noire et plus solitaire

Qu'un remord :

Un long murmure sort.

Un long murmure austère

De mj'stère

Et de mort.

Au clapotis que font

Les viornes, Sous la voûte sans bornes

Et sans fond, Tout s'éloigne et se fond ; L'ombre efface les cornes

Des bœufs mornes

Qui s'en vont.

lis LES REFUGES.

Et l'escargot sans bruit Rampe et bave;

L'obscurité s'aggrave, Le vent fuit:

Et l'oiseau de minuit

Flotte comme une épave Dans la cave De la nuit.

LE PETIT LIEVRE

LE PETIT LIÈVRE

A Léon Bloy.

!>rusque, avec un frisson De frayeur et de fièvre, On voit le petit lièvre S'échapper du buisson.

Ni mouche ni pinson; Ni pâtre avec sa chèvre, La chanson Sur la lèvre.

Tremblant au moindre accroc,

La bari)e hérissée

Et Tpreille dressée,

Le timide levraut

Part et se risque au trot,

Car l'aube nuancée

N'est pas trop

Avancée.

LES REFUGES

L'animal anxieux S'assied sur une fesse; Et pendant qu'il paresse, La brume dans les yeux, Le grana saule pieux S agenouille et s'affaisse

Connue lin vieux

A cuiiiesse.

N'enlend-il pas quelqu'un * Non! ce n'est que la brise Qui caresse et qui'grise Son petit corps à jeun.

Et dans le taillis brun Le fou s'aromatise

Au parfum

Du cytise.

Dans le malin pâlot.

Leste et troussant sa queue, n fait plus d'une lieue D'un seul trait, au galop.

Il s'arrête au solo Du joli boche-queue,

Près de l'eau

Verte et bleue

LE PETIT LIEVRE

Terrains mous, terréiins durs.

En tout lieu son pied trotte ; Et poudreux, plein de crotte, Ce rôdeur des blés mûrs Hante les trous obscurs Où la source chevrote,

Les vieux murs

Et la grotte.

L'aube suspend ses pleurs Au treillis des barrières, Et sur l'eau des carrières Fait flotter ses couleurs.

Et les bois roucouleurs, L'herbe des fondrières Et les fleurs Des clairières,

L'if qui se rabougrit, Le roc vêtu d'ouate Où le genêt s'emboîte, La forêt qui maigrit, La mare qui tarit.

L'ornière creuse et moite ;

Tout sourit

Et miroite.

1*6 ,,ICS RiîFUGKS.

Et dans le champ vermeil Où s'épuise la sève, Le lièvre blotti rêve D'un laurier sans pareil; Et toujours en éveil Il renifle sans trêve

Au soleil

Qui se lève.

A Louis Ratisbonne.

Quand le soleil rit dans les coins, Quand le vent joue avec les foins, A l'époque où l'on a le moins

D'inquiétudes; Avec Mai, le mois encnanteur Qui donne à l'air bonne senteur, Il nous revient, Toiseau chanteur

Des solitudes.

Il habite les endroits frais, Pleins de parfums et de secrets, Sur les lisières des forêts

Et des prairies; Sur les bords d'un lac ombragé.

Auprès d'un manoir très âgé Ou d'un cimetière chargé

De rêveries.

1'*' LES REFUGES

Le doux ignorant des hivers Hanle les fouillis d'arbres verts, Et voit le soleil à travers

L'écran des feuilles; C'est là que tu passes tes jour», Roi des oiselets troubadours, Et que pour chanter tes amours

Tu te recueilles.

Tandis que l'horizon blêmit, Que la berge se raffermit, Et que sur les ajoncs frémit

La libellule; Tandis qu'avec des vols ronfleurs, Parfois obliques et frôleurs, L'abeille rentre ivre de tleurs

Dans sa cellule;

Lui, le bohème du printemps, Il chante la couleur du temps; Et saules pleureurs des étangs,

Vieilles églises Ayant du lierre à plus d'un iulk , Toute la plaine et tout l'azur Écoutent vibrer dans l'air pur'

Ses vocalises.

Quand il pousse dans sa langueur

Des soupirs filés en longueur,

C'est qu'il soutfre avec tout son coeqr,

Toute son âme!

Sa voix pleurant de chers hymens A des sons tellement humains, Que l'on dirait par les chemins

Des cris de femme 1

Alors elle rend tout pensifs Les petits chênes, les grands ifs; Et mêlée aux ruisseaux furtifs,

Aux bons visages De la vache et de la jument, Cette voix est assurément La plainte et le gémissement

Des paysages.

ts.

LES KKKUOES.

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