LES R05:ES. ^C
Elles ont beau piquer le doigt qui les enlève : On affronte en riant leur perfide beauté, Pour cueillir ces boutons si pleins de volupté, Qu'on dirait de la chair pétrie avec du rêve.
Ornant la modestie aussi bien que l'orgueil, Fleurissant tout, cheveux, boutonnières, corsages, Elles sont les joyaux des fous comme des sages Et s'effeuillent encor sur la vierge au cercueil.
Et même, entre l'if morne et le cyprès austère, Dans les dortoirs pierreux où gisent les défunts, Elles font oublier à force de parfums La putréfaction qui fermente sous terre.
Aussi, bien que rongé de souffrance et d'ennuis. Je me plais à les voir, corolle grande ouverte, Se pavaner au bout de leur tige âpre et verte Dans la corbeille ovale aux bordures de buis. '
Mon esprit embrumé suoit leur influence; Elles me font rêver d'ineffables Édens, Et j'adore ces fleurs où l'ange des jardins Raffine le parfum, la forme et la nuance.
J'aime la rose pourpre aux boutons de carmin, Coupe où l'on boit le sang filtré de la nature, Sirène dont le souffle errant à l'aventure Est un chuchotement d'amours sans lendemain.
LES RKKUGKS.
Mais je préfère encor la rose poitrinaire Dont l'incarnat plaintif avive la pâleur : Ohl comme tes soupirs embaumés, triste fleur, M'arrivent doux et purs dans la clarté lunaire!
De la villa moderne à l'antique manoir, Tu délectes partout mon œil et ma narine : Où que j'aille, c'est toi que mon humeur chagrine Frôle amoureusement comme un papillon noir.