‹ Les névroses traumatiques, étude pathogénique & cliniqueChapitre 14 sur 50 · IV. — Troisième avis du D® C · texte numérisé non relu

IV. — Troisième avis du D® C

« J’ai pris connaissance du rapport du S.... dans l’affaire V.... et voici les observations que j’ai à y faire :

» D’après les renseignements recueillis, il est faux, absolument faux, que V.... ne jouissait pas d’une bonne santé ou avait été atteint d’autres accidents nerveux antérieurement à l’accident de chemin de fer qui a été la cause de sa neurasthénie traumatique. Il est incompréhensible que le D'' D..,. ait pu faire une

DES NÈVKOSES TRAUMATIQUES.

pareille déclaration, qu’il lui serait tout <l fait impossible de justifier. Il faudrait le mettre au défi de son assertion. Je n’avais, quant ù moi, aucune qualité pour me prononcer sur l’état de santé habituel de V...., puisque je n’avais pas eu le plaisir de le connaître avant qu’il réclamât mes soins ; mon collègue C.... a eu tort de ne pas le faire; mais se prévaloir de cette omission comme le fait le D''S.. . pour en conclure que V.... était déjà malade avant qu’il fût victime de l’accident précité, c’est tirer les choses par les cheveux pour donner un fameux croc-en-jambe à la logique.

» M. S.... a tort de prétendre que la fausse angine de poitrine ne fait pas partie des symptômes de la neurasthénie. Pour s’en convaincre,' il n’a qu’à consulter le Traité de la neurasthénie, de llouveret,au chapitre des symptômes de la neurasthénie(pagel31). La question y est traitée tout au long; mais le court extrait suivant suffira pour prouver son erreur.

« 11 y a donc une angine de poitrine neurasthénique. Tantôt, » comme le fait observer M. Huchard à propos de l’angine hystéri- » que, l’angine névrosique consiste exclusivement en unenévral- » gie du plexus cardiaque, tantôt elle revêt la forme vaso-motrice » et se caractérise par l’intensité des troubles vaso-moteurs. Or, » dans la neurasthénie, on rencontre plutôt la forme vaso-mo- » trice. Ce fait ne doit pas nous surprendre, car il est peu de » névroses où le système des nerfs vaso-moteurs soit troublé au fl même degré que dans la neurasthénie. «

» 11 est bon de faire remarquer que le Traité de M. Bouveret est un des meilleurs, sinon le meilleur, qui aient été écrits sur la matière.

» Ninove, le 5 août 1893.

» (Signé) : C.... »

« Je soussigné C...., docteur agréé du chemin de fer de l’État, à Ninove, et médecin traitant de la famille V.... depuis de longues années, déclare et certifie que V.,.. n’a jamais été atteint d’affections morbides pouvant faire supposer qu’il était neurasthénique.

» La neurasthénie grave dont il a été atteint à ia suite de l’acci-

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dent « des Deux-Ponts » a eu sa source unique dans la commotion, dans l’ébranlement nerveux ressenti ù la suite de cet accident.

» Ninove, le 5 août 1893.

)> (Signé) : C.... et D.... »

VI. — Rapport de M. le professeur C.... sur l’état de M. V....,de

JS'move.

« Je soussigné C...., docteur en médecine, professeur l’Université de Bruxelles, déclare avoir examiné avec soin M. V de

Ninove, après avoir pris connaissance des rapports déjà faits sur son état, et avoir constaté chez lui les faits suivants :

» Le 29 août 1892, se trouvant dans le train venant de Gand, vers 8 heures du matin, il fut pris dans la collision connue sous le nom d’accident « des Deux-Ponts ».

» Étant assis dans le compartiment de devant de la voiture la plus rapprochée de la machine, il éprouva une violente secousse, qui le projeta contre le voyageur assis en face de lui, puis le lança par terre, où il roula sous la banquette.

» Le choc qu’il éprouva fut assez fort pour produire à la région frontale des ecchymoses qui persistèrent plusieurs jours. Par suite dececlioc,il perdit connaissance, et quand il revint à lui, il se trouvait hors de la voiture de laquelle il était sorti sans savoir comment. Il entra alors dans un autre train qui l’emmena à Bruxelles, où il se rendit à son bureau. Mais il se sentait saisi, agité, incapable de travailler, et il était atteint d’un tremblement général. Il lui était également impossible de manger. Il revint cependant tous les jours au bureau; mais il éprouvait du malaise, des vertiges; le troisième ou le quatrième jour, il tomba à terre sans connaissance. Les jours suivants, il eut des maux de tête et des vertiges, mais plus jamais d’accès. Celui-ci a été qualifié par les D« C.... et D.... de « fausse angine de poitrine »; je ne sais pourquoi ils lui ont donné ce nom; pour moi, c’est un accès épileptiforme.

» A partir de ect accès, il fut obligé do rester chez lui pendant deux mois et demi à trois mois, étant complètement incapable de se livrer à aucune occupation, ayant des tremblements, des

DES NÉVItOSES TRAUMATIQUES.

transpirations, des contractions dans les mains et dans les pieds, des douleurs à l’estomac; il éprouvait en même temps de la faiblesse dans les jambes et ne savait plus marcher. Ces phénomènes se produisaient surtout après les repas. Le perte de connaissance ne s’est plus reproduite, et il n’a jamais vomi, sinon quand son médecin lui a ordonné un vomitif. Ces phénomènes allèrent en diminuant sous l’influence du repos et au bout de deux et demi à trois mois, il put reprendre ses occupations. Toutefois, il ne put les reprendre d’abord qu’incomplètement, se sentant déjà fatigué au bout d’une heure. Cet état a toujours été en s’améliorant progressivement et actuellement il peut travailler toute la journée; mais quand arrive l’après-midi, il éprouve de la fatigue, ce qui ne lui arrivait jamais autrefois, et, à certains jours, le travail lui paraît encore pénible.

» Il voit moins bien qu’avant l’accident ; son sommeil est souvent interrompu par des rêves effrayants.

». La vue est bonne, les pupilles sont normales, le champ visuel l’est également; il marche facilement les yeux fermés; le réflexe rotulien est normal; il perçoit aux jambes la sensation de deux pointes à un écartement de 4 à 5 centimètres. Il parle facilement; l’intelligence et la mémoire sont intactes. Tout cela est donc normal.

» Mais, quand on lui fait étendre les bras ou les jambes, on y aperçoit un léger tremblement, plus marqué à gauche; quand il parle, les muscles de la bouche sont agités de petites contractions, aussi plus marquées à gauche ; la langue offre un léger tremblement. Il éprouve des douleurs par la pression sur les apophyses épineuses cervicales et surtout sur celle de l’axis; la pression sur l’appendice xiphoïde du sternum et sur les espaces intercostaux n’est pas douloureuse ; elle l’est au creux de l’estomac et cette douleur atteint son maximum à deux travers de doigt au-dessous de l’appendice.

» Le pouls est régulier, battant quatre-vingt-quatre fois par minute; le cœur est normal.

» Au début, il avait complètement perdu l’appétit et ne supportait aucun aliment; les quinze premiers jours, il n’a pu prendre qu’un peu de lait. L’appétit a été ensuite en augmentant graduellement, mais la digestion est toujours restée pénible; actuellement encore, il éprouve, après chaque repas, une pesan-

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tour d’estomac qui se déclare une heure après le repas et qui se prolonge pendant environ une heure.

» Ces phénomènes augmentent quand il prend de la bière ou du vin; ils diminuent quand il prend du lait: c’est l’aliment qu’il supporte le mieux .

» M. V.... a 24 ans. 11 n’a jamais éprouvé le moindre dérangement; il mangeait et digérait bien, travaillait facilement et pouvait faire, sans grande fatigue, cinq heures de marche par jour, ce qui ne lui serait plus possible actuellement. Son père est mort à 54 ans, de cause inconnue. Sa mère vit encore; elle se porte bien. Il n’y a dans sa famille aucune maladie constitutionnelle ou autre.

» J’ai dirigé l’interrogatoire et l’examen que je lui ai fait subir de façon à mettre en évidence la simulation ou l’exagération, si elles existaient; je me suis convaincu qu’il n’y en a chez lui aucune trace.

» De cet exposé des faits, je tire les conclusions suivantes :

» 1" M. V.... n’est pas un névropathe et n’a jamais été malade avant l’accident « des Deux-Ponts » ;

» 2° Tous les phénomènes qu’il a présentés se sont produits à la suite de cet accident, qui en est, par conséquent, la cause exclusive ;

» .3“ Le point de départ de ces phénomènes a été, non une émotion morale, une frayeur, mais une violente commotion physique, ayant déterminé l’abasourdissement et la perte momentanée de la conscience ;

» 4“ Ensuite, il a éprouvé toute une série de phénomènes graves, dus directement à l’ébranlement des centres nerveux, cérébraux et mésocéphaliques occasionnés par la commotion; parmi ces phénomènes, les troubles graves des fonctions digestives se sont fait remarquer à un haut degré;

» 5® A partir du mois de décembre 1892, sa situation a commencé à s’améliorer progressivement, mais très lentement, à tel point qu’il n’est pas encore tout à fait rétabli actuellement;

» 6® Les phénomènes qui persistent encore sont : le tremblement des extrémités, la légère contraction fibrillaire des muscles de la face, quand il parle, plus accusée du côté gauche, la douleur à la pression sur les apophyses épineuses de la région cervicale, le sommeil moins complet, la fatigue survenant plus vile

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par le travail intellectuel et par la marche, la douleur à la pression à l’épigastre et les dérangements des fonctions digestives;

» 7® Ces phénomènes sont incontestablement le résultat de la commotion; sans elle, ils ne se seraient jamais produits, comme ils vont depuis longtemps en s’améliorant d’une manière progressive, et comme le patient a une vie et une conduite régulières, on peut espérer que, si aucune circonstance ne vient troubler cette marche favorable, ils finiront par disparaître complètement; mais, pour atteindre ce résultat, il faudra au moins encore trois à quatre mois;

K 8® 11 n’existe chez le patient aucune trace de simulation ni d’exagération.

» (Signé) : professeur C. .. »

Observation III (inédite). — Affaire S....

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