‹ Les névroses traumatiques, étude pathogénique & cliniqueChapitre 16 sur 50 · III. — Cerlifical de M. A · texte numérisé non relu

III. — Cerlifical de M. A

« J’ai certainement connu M. S.... pendant plusieurs années avant l’accident de Groenendael, et je puis certifier que c’était un homme fort intelligent, parfaitement équilibré et très entendu dans les affaires commerciales ; qu’il avait une énergie extraordinaire et que son activité n’avait jamais laissé à désirer. Seulement, je n’ai plus vu M. S.... que deux ou trois fois après l’accident qui est la cause du procès, et ce que j’ai pu remarquer chez lui, c’est une surexcitation nerveuse que je ne lui connaissais pas auparavant.

» Mon témoignage ne peut pas aller au delà, le cas échéant. Je regrette vivement de ne pouvoir vous renseigner les personnes ayant connu M. S.... avant et après l’accident. Après son départ pour la Hollande, je n’ai plus vu M. S.... qu’à de longs intervalles et je ne connaissais nullement les personnes avec lesquelles il était en relation.

» 20 avril 1894. (Signé) ; A.... »

IV. — Rapport de M. le professeur C.... sur l’accident arrivé

« M. S.... a été blessé le 3 février 1889, lors de l’accident de Groenendael.

» La collision n’a produit immédiatement chez lui que des contusions insignifiantes. On a souvent remarqué que les cas qui offraient les lésions externes les moins prononcées étaient ceux qui, consécutivement, présentaient les lésions internes et étaient les plus graves.

» Le D"- F.... le traitait pour un état qu’il a qualifié d’ébranle-

DES NÉVROSES -TRAUMATIQUES.

ment du système nerveux, et constatait que cet état a été produit par l’accident de chemin de fer de Groenendael.

» A partir de ce moment, des modifications morales et intellectuelles, dont aucune trace n’avait existé jusque-là, commençaient à se produire chez M. S... i il devint triste et irascible, sa mémoire diminua progressivement et cet homme intelligent et actif devint incapable de gérer ses affaires commerciales; il ne savait plus se rendre compte de la valeur du temps ni de l’argent, il les gaspillait et courait à sa ruine. Ces faits sont constatés par un certificat de M. le D'' G...., d’Amsterdam, et par une attestation de M. A...., de Hasselt.

» Le désordre progressif des facultés intellectuelles finit par acquérir une telle intensité que, le 18 mars 1891, on fut obligé d’interner M. S.... à la maison de santé d’Uccle, où il mourut à la fin de juin 1891.

Les auteurs qui se sont occupés spécialement des accidents de chemins de fer, ont noté la profonde influence qu’ils exercent sur le cérveau, influence qui, d’après le D'' Julien Donath, de Budapest, résulte du double choc moral et physique éprouvé par ces malades. Le cerveau ainsi secoué éprouve une modification plus ou moins profonde, qui occasionne, au bout d’un temps plus ou moins long, une dépression mélancolique hypocondriaque avec augmentation de l’irritabilité, pouvant aller à certains moments jusqu’à une surexcitation extrême. Cet état est le résultat d’une inflammation du cerveau, d’une encéphalite chronique dont les phénomènes vont en s’accroissant d’une manière continue. Le D'' G.... a très exactement constaté l’existence de cette affection, qui a fini par entraîner la mort du malade.

» 11 résulte de ces considérations que la collision de Groenendael a bien positivement produit chez M. S.... une lésion qui a déterminé d’abord la démence, puis la mort.

» (Sût né) : professeur G.... »

Je pourrais rapporter encore d’autres observations publiées par les auteurs, dans lesquelles des discussions se sont élevées relativement à l’existence d’une lésion organique des centres

nerveux.

ÉTUDE PATIIOGÉNIÜÜE ET CLINIQUE

Voici deux observations de Vibert, se rapportant à des cas de névroses traumatiques, dont la cause réelle a été recotinue par la suite devoir être une lésion encéphalique.

Observation IV.

« Un employé des postes, âgé de 31 ans, vigoureux, actif, brillant, fut victime de l'accident de chemin de fer de Charenton et fut projeté violemment sur la paroi du wagon. Cette secousse produisit des contusions légères sur le corps et une plaie superficielle à la partie postérieure gauche de la tête; il ne perdit pas connaissance et put retourner seul chez lui.

» Depuis lors, cet homme est atteint de céphalalgie, de douleurs erratiques, d'oppression; ses nuits sont mauvaises, agitées par des rêves effrayants se rapportant à l’accident ; il éprouve des inquiétudes, il ne peut rester en place, le travail est impossible, l’appétit et les digestions mauvaises.

» Du 18 au 30 septembre, l’intelligence est normale, la mémoire bonne. En octobre, l’intelligence a diminué, la mémoire est altérée, il a des moments d’absence complète pendant lesquels il bat sa femme, croyant se défendre contre un étranger; les cauchemars l’obsèdent.

» A partir de ce moment, la maladie s’accroît considérablement; il devient triste et parfois colère; il survient dans les muscles de la face, du côté gauche, une contracture permanente et des secousses convulsives. Bientôt les secousses s’étendent à la région dorsale gauche et au bras gauche, ha marche devient de plus en plus difficile, la vue s’affaiblit, les voies digestives se dérangent de plus en plus.

» Les troubles les plus graves s’observent du côté de l’intelligence. M. B.... s’est progressivement amoindri, et l’on a pu suivre pas à pas la marche progressivement envahissante de la lésion encéphalique. Lésion de surface, certainement, intéressant à la fois les méninges et la couche corticale du cerveau; non pas b la façon des méningo-encéphalites diffuses de la paralysie générale, non pas avec les bouffées congestives, mais avec le développement lent d’une sclérose, ayant très probablement derrière elle une pachyméningite occupant toute la région pariétale gauclie.

» Ce qui nous conduit b cette idée, c’est la modification profonde survenue dans le caractère, la perte de la mémoire et déjb la difficulté pour trouver le mot propre b exprimer la pensée.

» Les troubles du caractère sont les jiremiers symiitômes des lésions encéphaliques b marche envahissante. Les impatiences d’abord, puis les violences, plutôt sur les objets que sur les personnes, puis, un jieu plus tard, sur les personnes elles-mêmes, telle est la progression observée d’ordinaire. M B... n’y a pas fait exception. 11 y a eu même quelque chose d’assez particulier : ce sont de courtes périodes d’une excitation, modérée d’ailleurs, dans lesquelles il parlait de projets, d’inventions. Il

a trouvé un appareil qui lui permettra de voler ; avec une joie enfantine, il fait part de sa découverte, et il l’oublie. C’est qu’en effet la mémoire a subi une rude atteinte. M. B.... ne peut plus lire; il comprend cependant encore ce qu’on lui dit, mais il ne garde rien. Si bien que, voulant lire, il ne trouve aucun sens à ce qu’il lit. La première ligne est oubliée déjà quand il arrive à la troisième. Aussi, M. B...., qui se rendu demi compte de son infériorité, ne veut-il plus rien faire; il passe la plus grande partie de son temps immobile, engourdi, se laissant à peine réveiller de sa torpeur par des excitations directes. 11 ne faut même pas insister trop vivement, ce serait vouloir provoquer des résistances ou des colères.

)) L’écriture a singulièrement changé. Elle ressemble à celle de certains aphasiques; et cependant il n’y a pas d aphasie chez M. B — L orthographe est perdue, le mot est écrit bien plus en raison de la consonnance qu’en vertu de l’usage et du souvenir.

» Voici ce qu’à différentes dates, il a pu faire sous la dictée.

16 avril : « J’ai faim, j’ai sommeil, à la têtte ». Il a oublié « j’ai mal », il a corrigé le mot « tête ».

23 avril : « 11 fait du vend aujourd’hui. Életion du conceil municipal du 23 avril 6240 ». On lui dictait : « 6420 ». Il n’a pu rectifier ces chiffres que quand on les lui a épelés un à un.

» 11 juin : On lui dicte : encre, papier, j’ai mal à la tête. Monsieur X...., médecin à Paris. Il écrit : « Angre, papi, je ma a la taille. Mosieu.... medaisain » a Pari ». Nous n’avons pas besoin d’affirmer que cette orthographe est absolument sincère et en accord complet avec tous les autres symptômes.

» De cette longue étude se dégage certainement la déchéance intellectuelle et physique du sieur B ... La marche de la lésion cérébrale a été progressivement envahissante, il n’est pas permis d’espérer qu’elle puisse rétrograder un jour. Nous sommes convaincu que la perte de l’intelligence est définitive, et que les lacunes aujourd’hui constatées deviendront de plus en plus profondes. Réduit désormais à une irréparable insuffisance, M. B.... est incapable de pourvoir aux besoins de sa vie; il ne peut plus se passer de surveillance et d’assistance. C’est un infirme dont la déchéance date du traumatisme cérébral dont il a été victime le 5 septembre 1881, dans la catastrophe survenue à Charenton, sur le chemin de fer de Lyon. » (Vibert, ; obs. IX, p. 64.)

Observation V.

a M. D. ., âgé de 45 ans, bien constitué, se trouvait dans le train tamponné à Charenton; il ressentit une violente secousse, mais ne fut pas blessé. 11 ne perdit pas connaissance, mais il ne peut dire comment il était sorti du wagon; il retourna chez lui, il eut des vomissements de sang, de la céphalalgie, de l’insomnie. Son intelligence était confuse, il pensait continuellement à l’accident; cette préoccupation devint le point de départ

60 ÉTUDE l'ATIlOGÉNIüUE ET CLINIQUE

d’un véritable délire et d’accès d’emportement subits; à certains moments, au contraire, il éclatait en sanglots et demandait pardon.

» A partir de ce moment, sa mémoire s’affaiblit peu b peu, il ressentit des fourmillements dans les jambes, des crampes, des soubresauts.

» L’étude de l’état mental actuel de M. D.... supposait la connaissance de ses antécédents. Nous les avons déterminés avec une rigoureuse exactitude. Dans le passé, il a été un commerçant intelligent, habile. Sa maison était prospère, il s’occupait de tous les détails, et ils sont nombreux dans l’herboristerie. D’un caractère un peu vif, mais bon, il a toujours été pour ses filles, pour sa femme, affectueux, dévoué; il était d’ordinaire plutôt gai que triste, et, dans une situation presque aisée, la famille était heureuse.

» Vigoureux, bien constitué, indemne de toute prédisposition héréditaire fâcheuse, il n’avait jamais eu d’accidents cérébraux, jamais de maladies graves. Sobre, d’habitudes régulières, il n’a jamais fait d’excès alcooliques. Par sa constitution, par son genre de vie, il n’était exposé b aucun trouble de la santé.

» Il a été surpris par un accident qui a l'ompu l’équilibre, et à partir de ce moment, la déchéance a été progressive. Nous aurions pu affirmer beaucoup plus tôt les conséquences graves du traumatisme subi par M. D.... le O septembre 1881; nous ne l’avons pas voulu, sachant que nous donnerions b nos conclusions une certitude d’autant plus absolue que nous aurions pu mieux suivre l’évolution de troubles cérébraux b marche progressivement envahissante. Aujourd’hui, l’abaissement physique et intellectuel deM. D.... est arrivé b un degré tel qu’il n’est plus même possible d’espérer une amélioration. Les traumatismes cérébraux sont le point de départ de lésions multiples, dont la marche jieut être plus ou moins rapide; chez M. D...., elles se sont développées immédiatement après l’accident, elles n’ont pas été enrayées, elles ne s’arrêteront pas; et nous sommes autorisé à dire :

>) l» Que M. D..., est atteint de troubles cérébraux graves, compromettant à la fois les fonctions intellectuelles et les fonctions de l’appareil locomoteur;

» 2“ Que ces troubles sym|)tomatiques de lésions encéphaliques b marche progressivement envahissante ne s’atténueront pas;

» 3“ Qu’ils sont la conséquence certaine d’un traumatisme cérébral subi par M. D...., le S septembre 1881, dans la collision de deux trains b la gare de Charenton ;

» A» Qu’ils réduisent M D ... b l’incapacité la plus absolue de s’occuper de sa maison de commerce, de pourvoir aux besoins de sa vie et de celle de sa famille. » (Vibert, obs. X, p. 71.)

Mais fl côté de celle catégorie d’alfections, dont la cause principale consiste plus dans le traumatisme que dans 1 émotion morale, il faut placer une foule de cas dans lesquels les désordres sont purement fonctionnels et dont l’agent étiologique essentiel est

DES NÉVROSES TRAliMATIQUÉS.

constitué par l’état mental particulier du patient au moment du traumatisme.

Voici deux observations personnelles se rapportant a ce genre de névrose traumatique :

Observation VI (inédite et personnelle).

Marie X...., âgée de 25 ans, se présentait, en juin 1894, à mr consultation du bureau de bienfaisance; elle sc plaignait dêtre depuis deux mois sujette à des attaques convulsives dont la description indiquait la nature hystérique, .le m’informai de la cause de l’apparition de ces accès; cette jeune femme me dit qu’elle attribuait sa maladie à un coup de poing que lui avait donné son mari au cours d’une discussion. A la suite de ce traumatisme, porté sur le sein droit, la malade déclare avoir ressenti une assez vive douleur qui persista pendant environ quatre ou cinq jours ; au bout de ce temps, elle sentit tout à coup une boule lui monter à la gorge, l’étouffer, et son premier accès se déclara. Depuis cette époque, Marie X.... vit reparaître ses accès presque journellement, quoique la douleur mammaire ait complètement disparu.

L’hérédité de cette malade n’est pas fort chargée ; son père est mort du delirium Iremens â 40 ans; sa mère, âgée de 48 ans, est bien portante ; un frère et une sœur sont morts en bas âge de causes inconnues; enfin une sœur vivante, âgée de 30 ans, est excessivement nerveuse et colérique.

Comme antécédents personnels, il n’y a rien de particulier; cette jeune femme déclare s’être toujours bien portée.

Le sein droit, au moment où Marie X.... vint me consulter, ne présentait rien d’anormal; le bras droit était presque totalement anesthésique : il n’existait qu’une petite zone, de la grandeur d’une paume de main, siégeant au pli du coude, qui présentât la sensibilité normale; cette anesthésie existait pour le contact, la piqûre, la chaleur et le sens musculaire ; cette malade ne pouvait déterminer l’attitude ([ue l’on imprimait à son bras. La motilité et les réflexes étaient normaux; la région mammaire droite était devenue une zone hystérogène : il suffisait de la comprimer pour provoquer immédiatement un accès d’hystérie bien caractérisé.

ÉTUDE l'ATIIOGÉNIQlIE ET CLINIQUE

Ayant diagnostiqué une hystérie traumatique typique, je résolus de soumettre la malade au traitement psycho-thérapique; je l’endormis assez facilement et je lui suggérai la disparition de tous ces symptômes nerveux.

Dès la première hypnotisation, il y eut un amendement marqué dans l’état de la malade : les accès, qui auparavant étaient journaliers, ne se produisirent plus que deux fois en cinq jours. Cette amélioration s’accentua, et au bout de six semaines, Marie X.... était complètement guérie. J’ai eu l’occasion de revoir cette malade depuis : la guérison s’est maintenue.

11 est évident qu’il s’agissait dans ce cas d’une névrose traumatique pure, fonctionnelle, dont l’agent provocateur avait été le traumatisme, mais dont la cause essentielle était, très probablement, l’émotion morale.

En effet, l’hystérie ne s’est développée que quelques jours après le coup de poing, alors que la malade avait eu le temps de réfléchir à la gravité d’un traumatisme porté sur le sein; cette anxiété a troublé l’équilibre d’un système nerveux sensible, vivement impressionné. Le traumatisme, au contraire, n’a pu, par luimême, amener de tels désordres; son intensité ne devait pas être bien grande, puisque la douleur, que l’on aurait pu attribuer à une lésion locale de la glande mammaire, disparut complètement et subitement lors de l’apparition des accès.

Cette observation est un exemple d’hystérie traumatique généralisée. Voici maintenant un exemple d’hystérie traumatique locale, telle que Brodie déjà, en 1837, la décrivait :

Observation VII (inédite et personnelle).

J’eus l’occasion d’observer, en janvier 1894, une jeune fille âgée de 20 ans, qui se disait atteinte de tumeur blanche de la hanche droite ; à la suite d’une chute sur la hanche, elle avait ressenti une vive douleur qui, loin de s’atténuer, ne fit qu’augmenter. Cette douleur s’irradiait de l’articulation lésée vers le pli de l’aine et vers le genou. Petit à petit se manifestèrent la contracture et le raccourcissement. Les parents de cette malade étaient vivants et bien portants; cependant la mère accusait avoir eu quelques attaques de nerfs, vers l'âge de 20 ans; deux frères et sœurs étaient bien portants.

DES NÉVROSES TRAUMATIQUES.

D’une nature lymphatique, cette jeune fille déclarait avoir eu la rougeole et la scarlatine; elle ne paraissait pas nerveuse, ses

parents la croyaient molle et apathique.

Lorsque je vis cette malade, je constatai une contracture très marquée dans l’extension, avec rotation en dedans et raccourcissement apparent d’environ 3 centimètres; dans la station debout, le corps était incliné à gauche, les deux épines iliaques n’étaient pas sur le même plan, le pli fessier était déformé. Tous les mouvements imprimés au membre atteint provoquaient une vive douleur. Le membre inférieur droit était complètement anesthésique pour le contact, la piqûre, la chaleur, mais le sens musculaire était conservé ; les organes des sens étaient normaux.

Depuis deux ans que la malade était atteinte de sa coxalgie, elle avait essayé une foule de traitements qui n’avaient amené aucune amélioration.

Je diagnostiquai une coxalgie hystérique d’origine traumatique; j’essayai le traitement psycho-thérapique : pendant l’hypnose, on pouvait imprimer au membre tous les mouvements qu on voulait, sans provoquer aucune douleur ; la contracture avait disparu ainsi que le raccourcissement; si l’on ordonnait à la malade de marcher, elle avançait sans boiter; mais, malgré la suggestion qui lui avait été faite, à son réveil tous les symptômes de coxalgie reparaissaient.

Au bout de quelques semaines cependant, la malade déclara sentir une amélioration ; les douleurs, disait-elle, étaient moins fortes, la marche plus facile.

Je commençais à espérer la guérison, lorsqu’un incident brusque m’évita la peine de continuer le traitement suggestif : un jour que cette jeune fille se promenait à la campagne, portant un châle rouge, une vache se dirigea, en courant, vers elle; prise d’une grande terreur, elle se mit à courir, aussi vite qu’elle le put, vers une habitation qu’elle aperçut à peu de distance. Elle déclara avoir couru pendant environ cinq minutes, sans penser à sa maladie, et elle fut tout étonnée, à partir de ce moment, de la disparition complète de son mal.

Ici encore, il s’agit bien évidemment d’une hystérie localisée d’origine traumatique, due, vraisemblablement, plutôt au choc moral qu’au choc physique : une violente émotion morale a été capable de détruire l’autosuggestion hystérique que la crainte d’une maladie articulaire avait probablement développée.

ÉTUDE l’ATHOGÉISlQUE ET CLINIQUE

Nous sommes en plein dans la catégorie des névroses pures d’origine psychique et, pour cette partie de la question, nous nous rangeons volontiers à l’avis de Charcot : le traumatisme, et principalement l’émotion morale qui l’accompagne, devient l’agent provocateur de l’hystérie, de l’hystéro-neurasthénie, de la neurasthénie ou de toute autre névrose, au même titre qu’une autre cause quelconque. C’est ainsi que des traumatismes insignifiants et de toute nature sutlisent à produire ces désordres : on a vu des morsures, des brûlures, des opéi’ations chirurgicales même, amener l’apparition de ces névroses.

Quant à la nature autosuggestive des paralysies et des contractures d’origine traumatique, nous croyons qu’on peut l’admettre dans bon nombre de cas ; l’impotence momentanée du membre, la douleur des mouvements articulaires au moment du traumatisme, s’implantent très probablement à l’état d’autosuggestion dans les cerveaux bouleversés des personnes atteintes.

Ne voit-on pas journellement de ces paralysies et de ces contractures psychiques chez les hystériques, paralysies et contractures dues à une idée fixe que la suggestion hypnotique est capable de faire disparaître?

Pour les névroses traumatiques pures, le traumatisme en lui-même est donc moins important. J’ai dit moins important, je n’ai pas dit peu important, car il est des cas dans lesquels il est facile de prouver que les névroses traumatiques pures se produisent par voie réllexe, sans aucune intervention de l’imagination des malades.

Ce mécanisme est certain dans beaucoup de cas d’hystérotraumatisme interne : si, en effet, dans les cas où des coliques néphrétiques ou hépatiques amènent l’apparition d’une névrose, on peut encore croire que les douleurs ont provoqué une émotion morale suffisante pour donner naissance ù l’apparition de l’hystérie, lorsqu’au contraire les phénomènes nerveux sont consécutifs ù la présence de vers intestinaux, l’origine réflexe de la névrose est indiscutable.

La possibilité des névroses traumatiques réllexes se trouve ainsi prouvée et il est permis de croire que, dans bon nombre de cas, les troubles nerveux consécutifs aux traumatismes reconnaissent une origine réflexe.

Pour ce qui concerne la localisation du traumatisme, Vibert

DES NÉVROSES TRAEM ATIQIIES.

croit que les individus qui ont reçu un violent choc à la tête sont atteints, dans la plus forte proportion, de névrose traumatique. Au contraire, l’école de Charcot n’attribue d’importance a la localisation du traumatisme qu’en ce qu’elle provoque une localisation des manifestations névrosiques consécutives ; c’est généralement le membre atteint qui se paralyse, se contracte, etc. ; quand le traumatisme atteint la tête, il y a presque toujours

hémiplégie. •

Pour comprendre ces deux opinions différentes, il est nécessaire de se rappeler que les névroses traumatiques constituent deux groupes distincts, ainsi que nous l’avons dit précédemment. Les névroses traumatiques graves, s’accompagnant très probablement de lésions organiques des centres nerveux, nécessitent la commotion cérébrale ; par conséquent les individus atteints d’un choc violent à la tête ou au rachis en seront plus souvent atteints que ceux chez lesquels le choc a porté ailleurs. Au contraire, les névroses traumatiques purement psychiques, ne nécessitant aucun traumatisme particulier, ne pourront présenter que des localisations différentes de leur manifestations en rapport avec la localisation du choc.

L’hystérie consécutive aux traumatismes ne nous semble pas devoir être considérée, avec Grasset, comme une hystérie spéciale: l’étude que nous allons en faire prouvera qu’elle est semblable à l’hystérie vulgaire.

Nous ne croyons pas davantage devoir, à l’exemple d’Oppenheim, admettre une entité morbide appelée «la névrose traumatique » : cette conception dérive de ce que l’auteur a étudié tous les cas de troubles nerveux consécutifs aux traumatismes, sans penser que ceux qui lui paraissaient s’écarter de l’ensemble symptomatologique des névroses communes pouvaient bien dépendre d’une lésion chronique progressive des centres nerveux.

Pour résumer notre pensée relativement à la pathogénie des névroses traumatiques, nous dirons que les troubles nerveux étudiés sous ce nom se rattachent à deux groupes bien différents en théorie, mais peu distincts en pratique : dans le premier, il existe des lésions organiques dont les manifestations sont couvertes par des troubles fonctionnels; dans le second, il n’y a aucune lésion, il n’y a que des troubles fonctionnels, psychiques, névrosiques.

ÉTUDE PATIIOGÉNIQUE ET CLINIQUE, ETC

Ainsi s’explique l’opinion émise précédemment que l’on peut accepter à la fois la théorie de Erichsen et Vibert et celle de Brodie et Charcot; chacune d’elles explique certains cas; leur tort à toutes les deux est d’être trop exclusives.

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