‹ Les névroses traumatiques, étude pathogénique & cliniqueChapitre 18 sur 50 · ANATOMIE PATHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

11 peut paraître étrange, dans une étude consacrée aux « névroses traumatiques », de trouver un chapitre traitant de leur anatomie pathologique. Cet étonnement ne peut persister, lorsqu’on comprend ce qu’il faut, à notre avis, englober sous le terme scientifiquement impropre de « névroses traumatiques ».

11 est bien certain qu’il ne peut exister, dans l’état actuel de la science, de description anatomo-pathologique des névroses traumatiques pures, telles que l’hystérie ou la neurasthénie traumatique; mais, à côté de ce groupe de troubles nerveux consécutifs aux traumatismes, il en est un autre dans lequel il existe très probablement des lésions organiques des centres nerveux.

Il n’y a malheureusement encore que deux autopsies à l’appui de cette manière de voir ; nous les devons à Erichsen et Wichmann. Dans la première, il s’agit d’un homme d’âge moyen, qui, à la suite d’un accident de chemin de fer, bien que ne présentant aucune blessure extérieure, fut atteint de tous les symptômes cérébraux et spinaux que nous étudierons plus loin. 11 mourut trois ans et demi après l’accident, et, à l’autopsie, on trouva des traces d’inflammation chronique de l’arachnoïde, de la substance corticale du cerveau et de la moelle (1).

Vibert n’a pu faire l’autopsie d’aucun des malades qu’il a observés, mais il considère comme probable que la lésion décrite par Erichsen existe chez la plupart d’entre eux, « c’est- à dire, dit-

{l) Erichsen. hoc. cu., p. 112.

ÉTUDE PATHOGÉNIQUE ET CLINIQUE

il (1), une méningite et une encéphalite superficielles, lésions dont la marche est quelquefois assez régulièrement chronique, mais qui, dans d’autres cas, se développent par poussées aiguës, lesquelles se traduisent par de la fièvre et par une aggravation de tous les symptômes. L’état de ces malades concorde bien avec l’idée d’une lésion de l’écorce, lésion diffuse, généralisée et rarement localisée ou plus profonde en un point nettement délimité. »

Nous croyons, è l’exemple de Vibert, que dans la plupart des cas de troubles nerveux graves, consécutifs aux traumatismes avec commotion, il y a des lésions organiques des centres nerveux, mais nous pensons que ces lésions ne portent pas seulement sur l’encéphale, ainsi que Vibert semble le croire, mais aussi sur la moelle; il s’agirait, non d'une méningo-encéphalife, mais d’une méningo-encéphalo-myélite diffuse.

Au moment de l’accident, il se produit, très probablement, ce qui a lieu dans la commotion du cerveau et de la moelle, c’est-àdire ou bien aucune lésion, ou bien un piqueté hémorragique de la substance nerveuse, ou bien des hémorragies plus étendues et localisées, ou bien encore une anémie complète des centres nerveux.

Les phénomènes du début sont, du reste, assez semblables dans le cas de névrose traumatique grave et dans la commotion cérébro-spinale d’intensité moyenne. Ces symptômes immédiats ne tardent pas à disparaître dans l’un comme dans l’autre cas; mais, tandis que parfois la santé se maintient, d’autres fois se manifestent lentement, et progressivement, tous les phénomènes des névroses traumatiques graves. Que diagnostiquera t on en présence de cas semblables? On dira tout simplement que, dans le premier cas, il y a commotion cérébro-spinale ; dans le second cas, névrose traumatique!

Et cependant, d’un côté comme de l’autre, il s’agit d’une affection d’origine identique, mais dont l’évolution s’est arrêtée ou a progressé; la commotion initiale a été la même; elle n’a, d’une part, donné lieu à aucune inflammation des centres nerveux, tandis qu’elle a engendré, d’autre part, un processus pathologique chronique et diffus.

(i) Vibert. Loc.cit., p.

DES NÉVROSES TRAUMATIQUES.

Pour résumer notre pensée, nous dirons que, parmi les affections que l’on appelle aujourd’hui « névroses traumatiques », il en est toute une catégorie dont le point de départ doit être une lésion chronique et diffuse des centres nerveux, portant soit sur l’encéphale, soit sur la moelle, soit sur les méninges cérébrospinales; en un mot, une méningo-encéphalo-myélite chronique et diffuse.

Page 1