TRAITEMENT
Les auteurs décrivent un traitement général applicable à tous les troubles nerveux traumatiques qu’ils englobent généralement sous le nom d’« hystéro-neurasthénie traumatique » : « Les données actuelles sur la pathogénie de l’hystéro-neurasthénie traumatique, dit Bouveret (1), exercent une influence incontestable sur la direction du traitement. Nous savons qu’il s’agit de troubles purement fonctionnels et qui sont en partie engendrés et entretenus par un état mental particulier du blessé. Il faut donc agir sur cet état mental. »
L’auteur conseille de rassurer le patient, puis de calmer son système nerveux, de le tonifier et de traiter certains symptômes.
Pour calmer le système nerveux, il faut éviter toute excitation fâcheuse et surtout tâcher que le procès que les malades intentent si souvent aux compagnies de chemins de fer se termine le plus vite possible.
Pour tonifier le malade, il faut lui imposer l’exercice, l’alimentation, l’hygiène, l’hydrothérapie, l’électricité, etc.
Enfin, on doit combattre certains symptômes, tels que l’insomnie, la céphalée, la dépression cérébrale, l’anxiété, les palpitations, la dyspepsie, la paralysie, l’anesthésie.
On pourrait croire, a priori, que la suggestion hypnotique est capable de guérir ces symptômes; Bouveret pense qu’il ne faut pas attendre de résultat bien marqué de ce mode de traitement; il croit que certaines suggestions indirectes sont plus efficaces - patexemple le simulacre d’une opération, l’application d’un aimant.
Berbez affirme que, dans le traitement des accidents hystéro-
(t) Bouveret. Loc. cit., p. 338.
ÉTUDR PATHOGÉNIQUE ET CLINIQUE
traumatiques, il faut avant tout savoir ne rien faire : « Pas d’appareils contentifs, dit-il. Pas de redressements intempestifs, avec ou sans chloroforme, des contractures douloureuses ou non. En irritant par des violences profondes ou même superficielles (révulsifs de toute nature) la peau, qui peut être à elle seule le point de départ d’une contracture, on n’arrive souvent qu’à rendre incurable le mal qu’on pouvait guérir (1). » L’auteur recommande l’isolement, l’hydrothérapie, l’électricité statique, les aimantations localisées et le transfert; il rapporte une observation de monoplégie du membre supérieur guérie parM. Babinski par quelques séances de transfert. Enfin, Berbez recommande la suggestion, le traitement moral, grâce auquel la paralysie peut insensiblement disparaître : « Nous savons, dit-il (2), que chez les hystériques, ce qu’une suggestion a fait, une suggestion peut le défaire. Chez les hystéro-traumatiques, ce qu’une auto-suggestion a produit doit pouvoir être défait par une auto-suggestion contraire ou par la suggestion imposée par le médecin. La voie est ouverte de ce coté et ne peut que gagner à être suivie. »
Blum pose comme première condition de traitement de l’hystéro-neurasthénie traumatique la cessation du procès que le malade pourrait avoir intenté. Il conseille ensuite de soustraire le patient à tout travail intellectuel difficile, de le bien nourrir, de le faire marcher, de le distraire, de. lui éviter toute excitation morale. L’insomnie sera combattue par le bromure, le chloral, les opiacés. Le traitement moral devra jouer un grand rôle : « Le médecin s’efforcera de persuader au patient que son mal, bien que réel, est susceptible d’amélioration progressive (3). » L’auteur conseille de s’abstenir des médications « à grand fracas », telles que l’électrothérapie, le massage, la gymnastique; il préconise par contre l’hydrothérapie et le séjour à la campagne.
Patricopoulo, se basant sur la pathogénie même de la neurasthénie traumatique, recommande le traitement psychique : « Le véritable traitement de la maladie est donc la suggestion, dit-il (4) ; il faut s’emparer de la personnalité mentale de son malade et la retourner à son gré. »
(1) Bebbez. Loc. cit., p. -120.
l2) Idem. Ibid., p. 125.
'!}) Blum. Loc. cit., p. 165.
(4) Patricopoulo. Loc. etc., p. 37.
DES NÉVROSES TRAUMATIQUES.
A cet effet, il considère l’isolement absolu et rigoureux du malade comme une première nécessité indispensable au succès; puis il faudra lui faire faire de l’exercice, lui prouver son amélioration et lui affirmer la certitude de la guérison. Dès que le patient a laissé entrer dans son esprit la possibilité de sa guérison, il est sauvé, sa physionomie devient réjouie « et l’on assiste ainsi à un véritable miracle, à une résurrection (1). »
Pour favoriser cette action suggestive, Patricopoulo préconise le chlorure d’or, médicament qui agit psychiquement d'une façon très favorable sur l’état du patient.
On le voit, il n’y a pas concordance bien grande dans l’opinion des auteurs relativement au traitement des névroses traumatiques ; Bouveret espère peu de la suggestion; Berbez la considère comme très utile; Bouveret et Berbez conseillent l’hydrothérapie, l’électricité, le massage, etc. ; Blum recommande de s’abstenir de ces médications « à grand fracas ».
Indépendamment de ces divergences d’opinion des auteurs, on peut remarquer des contradictions dans les conseils émis par un même praticien : Bouveret insiste sur le traitement moral du malade et il croit, d’autre part, que la suggestion ne peut amener aucun résultat. Mais le traitement moral n’est-il pas un traitement suggestif? N’est-ce pas agir par suggestion que de rassurer le malade, de lui inculquer la certitude de la guérison? Peut-être l’auteur veut-il dire que la suggestion à l’état de veille est capable de guérir le malade, alors que la suggestion hypnotique ne peut donner aucun résultat? Mais n’est-ce pas là une contradiction llagrante et peut-on, dans l’état actuel de la science, soutenir une telle opinion?
Nous aurons l’occasion de traiter cette question plus loin; pour le moment, qu’il nous suffise de constater que l’étude du traitement des névroses traumatiques a été très négligée jusqu’à présent. Aussi allons-nous nous efforcer de préciser un peu mieux la thérapeutique de ces affections. Afin d’en faire une étude sérieuse, nous devons reprendre successivement les différentes formes que peuvent revêtir les accidents nerveux consécutifs aux traumatismes.
(d) Patricopoulo. Loc. cil, p. 38.
ÉTUDE PATIIOGÉNIQUE ET CLINIQUE
A. Névrose traumatique grave avec commotion et lésions organiques probables.
Quel doit être le traitement de ces accidents? Peut-il se confondre avec celui des névroses traumatiques pures? Évidemment non! La maladie consistant en une lésion cérébro-spinale dont les manifestations sont souvent couvertes par les symptômes fonctionnels, la thérapeutique devra s’efforcer d’arrêter l’envahissement progressif de l’inflammation, tout en cherchant à mitiger les désordres fonctionnels.
La lésion étant en général une méningo-encéphalo-myélite chronique, le traitement essentiel de l’affection qui nous occupe se rapprochera beaucoup de celui de la méningite chronique, de l’encéphalite chronique et de la myélite chronique.
C’est dire qu’il ne faut pas en attendre de résultats bien marqués.
On emploiera les révulsifs sous forme de pointes de feu, vésicatoires, cautères, etc., à la nuque ou le long de la colonne vertébrale; on prescrira les iodures alcalins è dose faible pendant longtemps.
Indépendamment de ce traitement qui s’adresse à la cause même de la maladie, on surveillera l’état des voies digestives et l’état général qui nécessiteront des médications diverses qu’il serait trop long de détailler ici.
Enfin, on combattra les symptômes nerveux fonctionnels par les calmants, le traitement moral et quelquefois la suggestion.
B. Névroses traumatiques pures.
Le traitement des névroses traumatiques pures sera tout difterent de celui de l’affection précédente. Ici, il n’existe aucune lésion organique, tous les symptômes sont purement fonctionnels; il ne s’agira plus d’appliquer la révulsion ni de prescrire les iodures, la médication ne devra s’adresser qu’aux perturbations névrosiques du système nerveux.
DES NÉVROSES TRAUiMATIQUES.