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I. — Hystérie traumatique locale

Nous dirons, avec Berbez, que u dans le traitement de l’iiyslérie traumatique locale, il faut avant tout savoir ne rien faire », c’est-à-dire qu’il ne faut ni s’efforcer de redresser les contractures, ni appliquer des appareils contentifs, sous peine de voir le mal s’aggraver considérablement. On devra surtout rassurer le malade, lui promettre une guérison rapide, le mettre à l’abri de toutes les excitations fâcheuses, s’efforcer d’amener la terminaison du procès que le malade pourrait avoir intenté.

On obtiendra souvent aussi de bons résultats de la suggestion faite soit à l’état de veille, soit à l’état hypnotique.

Indépendamment de ce traitement moral, on soumettra le patient à une thérapeutique tonifiante et calmante, on conseillera dans certains cas l’hydrothérapie, le massage, la gymnastique, l’électrothérapie, l’aimantation, en persuadant bien au malade que ces moyens auront une puissante action sur son affection.

Pour prouver la valeur thérapeutique de la suggestion dans l’hystérie traumatique locale, nous allons rapporter une observation de Bernheim.

Observation XXV. (Bernheim, obs. IX, p. 262 (1).)

« f'ii Augustine, 33 ans, lingère, célibataire, entre à l’hôpital le 9 mars

1889, pour une douleur avec paralysie du membre supérieur droit. A l’âge de 16 ans, elle a eu un rhumatisme articulaire aigu qui l’a tenue alitée pendant quatre mois avec battements de cœur. Depuis ce moment, elle serait sujette à de 1 essoufïlement et â des palpitations. En 1884, elle a eu une jaunisse avec fièvre typhoïde qui aurait duré quatre mois. En décembre, à la suite d une frayeur, elle eut une crise de nerfs qui dura un quart d’heure, avec strangulation, sans perte de connaissance.

» 11 y a, onze jours, elle tomba de. l’escalier, d’une hauteur de dix-sept marches, sans se faire de mal, car elle put seule remonter et redescendre les escaliers. La chute eut lieu vers 6 heures du soir. A 11 heures, les douleurs commencèrent dans le genou et les mollets, puis se propagèrent

(i; Bernheim. Hypnotisme, xmjgesUon, p.sydiochèraiiie. Paris, 1891.

ÉTUDE PATIIOGÈNIQÜE ET CLINIQUE

à la cuisse et aux reins, sans gagner le pied. Le lendemain, elle ne pouvait remuer la jambe droite, sur laquelle elle était tombée; elle ne put se lever; les voisins durent s’occuper d’elle et lui donner à manger. Cet état j)ersistant, on se décida à la transporter à l’hôpital.

» État actuel (12 mars). — Constitution assez bonne; tempérament nervoarthritique. Pouls 80, régulier, égal. Langue un peu chargée. Peu d’appétit. Elle est habituellement constipée et a après ses repas quelques renvois et aigreurs sans régurgitation. La pointe du cœur bat au cinquième espace sur le bord axillaire antérieur (hypertrophie) ; on perçoit un souffle présyslolique et systolique mitral. A l’examen de la poitrine, on constate une sonorité normale ; à l’auscultation, de l’inspiration rude avec expiration soufflée dans la fosse sus-épineuse droite. La malade est d’ordinaire bien réglée, pas très abondamment. Elle a eu cependant parfois de l’aménorrhée pendant deux ou trois mois.

» Les douleurs dans la jambe et la cuisse n’affectent pas un trajet ni une localisation précise, mais sont généralisées; elles ne s’accompagnent pas d’engourdissement et de fourmillements ; elles n’existent pas au repos, mais se produisent au moindre mouvement et à la pression, dans tout le membre.

» Le 10 et le 11 mars, avant que la malade n’eût été complètement examinée, j’essaye de l’hypnotiser. Elle est très impressionnable, mais très méfiante; le sommeil est douteux dans les deux premières séances. Cependant les douleurs diminuèrent beaucoup à la suite de la suggestion.

» Le 12 mars, la malade soulève spontanément le pied à environ 5 centimètres du lit, ce qu’elle ne pouvait faire à son entrée. Elle plie bien les orteils, tléchit et étend bien le pied, mais ne peut plier que très peu le genou, et en se tenant le jarret. En le faisant, elle ressent une douleur très vive et la respiration devient haletante. Elle ne peut fléchir la cuisse. Depuis la suggestion d’avant-hier, la jambe n’est plus douloureuse. Mais quand on touche n’importe quel point du jarret, la malade ressent une douleur qui remonte le long de la cuisse, sans propagation vers la jambe ou le pied. De ])lus, hyperesthésie à la pression sur toute la face postérieure de la cuisse, dans la région lombaire, dans l’aine droite, sur la partie gauche du thorax, dans tout ie ventre. On remarque deux petites ecchymoses sur le tiers inférieur de la jambe droite. Pendant l’examen, la respiration de la malade est haletante, sa face est anxieuse, sa jambe tremble. Je l’hypnotise en sommeil

profond avec amnésie au l'éveil.

>, Le 13 mars, même état. N’a pas dormi la nuit. Continuation de la suggestion tous les jours.

" » Le 14 mars, a passé une bonne nuit. L’hyperesthésie existe encore.

» Le 16 mars, l’hvperesthésie a disparu hier, après la suggestion. La malade a pu un peu marcher. Le sommeil de la nuit est toujours entrecoupe. L’amélioration continue les jours suivants, à la suite de chaque suggestion.

» Le 21 mars, la malade va bien, marche bien, dort bien. N'a plus aucune douleur. Ne se plaint plus que des sueurs nocturnes qu’elle avait déjà avant

sa chute.

» Le 3 mai, la guérison se maintient. »

IIES NÉVROSES TRAUMATIQUES.

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