‹ Les névroses traumatiques, étude pathogénique & cliniqueChapitre 9 sur 50 · IV. — Happorl des experts · texte numérisé non relu

IV. — Happorl des experts

« ISous soussignés. B...., M.... et M...., tous trois docteurs en médecine, le premier à La Heslre, les deux autres è Charleroi, désignés par jugemcmt de la Cour d’appel de Bruxelles, Chambre des appels de police correctionnelle, en date du 28 janvier 1893, à l’effet, serment préalablement prêté devant la Cour, de procéder à l’examen médical de la personne de B...., charbonnier, demeurant à La Hestre, de constater et décrire son état pathologique, d’en déterminer les causes, spécialement de rechercher si cet état pathologique n’a pas été provof|ué par l’accident dont ledit B.... a été victime le 3 mai 1892 dans les travaux souterrains du char-

DES NÉVROSES TRAUMATIQUES.

bonnage de ; dans l’affirmative, de dire quelles sont les con-

séquences résultées et à résulter de cet état. Ils remplir cette mission, de tous les renseignements qu ils nécessaires, et dresseront de leurs opérations un rapport q déposeront au Greffe de la Cour pour être ensuite conclu et statue

^Serment prêté devant la Cour le 17 juillet 1893, nous avons

tait les constatations suivantes : .

« Histoire de la famille. — Nous n’avons pu obtenir des rensei-

enements précis sur la santé des grands parents.

» Le père B.... est mort, vers l’âge de 60 ans, â la suite d affections chroniques communes chez les houilleurs.

» La mère, actuellement âgée de 60 ans environ, est hien portante, d’une nature sèche et d’un tempérament excessivement nerveux.

» Les sœurs sont aussi très nerveuses, et l’une d elles au moins

est sujette à de réels accès d hystérie.

» Nous avons vu un frère aîné qui est très calme et qui, malgré un accident grave avec commotion très violente, survenu il y a quelques années, n’a jamais présenté aucun symptôme de neu-

‘ » Histoire de /J.... - B.... est âgé de 28 ans, il est bien constitué, il est pâle, anémié et d’un tempérament lymphatique; sa conduite a toujours été régulière. Son passé pathologique serait très peu chargé selon lui, il n’aurait même jamais été malade, mais nous savons de source certaine qu’il a ete assez longtemps en traitement pour des dérangements des voies gastro-intestinales, que l’on range dans le vulgaire sous le nom de « gastrite », son état nerveux n’aurait jamais rien présenté de spécial avant l’accident, seulement B — était très peureux, surtout la nuit, lorsqu’il devait se rendre au travail ou en revenir.

» Histoire de l'accident et de ses suites. — Le 3 mai 1892, dans la taille où travaillait B...., le grisou fit explosion; B.... fut fort épouvanté, mais la coipmotion physique ne fut pas considérable,

et B put aller au puits d’extraction et se faire remonter. Il fut

ramené chez lui. Les brûlures du premier et du deuxième degré étaient peu profondes, mais très étendues; elles occupaient le côté droit de la face et du cou, le bras droit et quelque peu le ventre. Elles se guérirent convenablement et assez rapidement. Au com-

ÉTUDE PATIIOCÉNIQUE ET CLINIQUE

niencement de juillet, son médecin, le considérant comme parfaitement guéri, cessa de lui donner des soins. Le 26 juilleH892, les trois médecins de la Caisse de prévoyance déclarèrent que B.... était absolument guéri.

» Cependant B.... prétend que, pour lui, il se sentait incapable de travailler, et, pour se servir de son expression, « qu’il avait le coup ».

» Aussi, bientôt après se déclarèrent tous les symptômes les plus variés, non seulement au point de vue organique, mais au point de vue psychique.

» Tous ces symptômes que B.... nous énumère avec un certain désordre, et sans une bien grande précision, peuvent se résumer ainsi : Grande faiblesse, dépérissement progressif, inaptitude absolue à toute espèce de travail, perte d’appétit, mauvaise digestion, odeur nauséabonde qui se répandait autour de lui, hémorragies, insomnies, hallucinations, troubles divers du côté de la vue, tremblement dans les membres, frémissement dans la peau, douleurs fugaces dans toutes les régions du corps, enfin des crises as.sez mal définies, mais très douloureuses, et qui se présentaient parfois plusieurs fois par jour, etc.

» Be7iseigne7nents fou7'7iis pai- les 7i7édeci7is. — A'. H. Nous négligeons les renseignements donnés par la famille dont le témoignage serait au moins suspect.

» Us confirment, du reste, en tous points, les dires de B.... Un assez grand nombre de médecins ont été appelés à traiter, ou du moins à examiner B.... Le premier fut M. le D'' D...., qui donna ses soins pour les brûlures jusqu’au commencement de juillet 1892, c’est-ù-dire quelques jours avant l’époque à laquelle les

médecins de la Caisse de prévoyance, MM. les D'" B G.... et

L...., déclaraient que B.... était guéri et ne présentait plus le moindre reliquat de l’accident reçu le 3 mai 1892.

» Pendant cette période de plus de deux mois, le D" D.... n’avait remarqué aucun symptôme particulier dans l’état de B.... Plus tard, le docteur fut rappelé ;'i diverses reprises pour donner ses soins à B.... C’était tantôt pour des hémorragies qui venaient en même temps par le nez et par la bouche; tantôt pour divers malaises des voies digestives, tantôt pour des symptômes des plus variés et des plus bizarres qui se manifestaient dans tous les systèmes de l’économie.

DES NÉVROSES TRAUMATIQUES.

» L’état fut considéré comme assez grave par la famille pour appeler d’autres médecins en consultation, entre autres le D’’ B...., deBinche,etle D'' B...., de Morlanwelz. Nous n’avons pas vu M. le

B...., mais M. le D-' D qui a vu B.... en consultation avec

ce praticien, nous a fait la déclaration suivante : Dans notre examen, fait vers la fin d’août 1892, nous n’avons trouvé rien de bien caractéristique; il y avait comme caractère dominant, un mauvais état des voies digestives et une douleur assez forte à droite de la région épigastrique; nous n’avons pu rattacher l’état pathologique de'^B.... à l’accident du 3 mai 1892. Les diverses expériences tentées pour établir l’existence de la neurasthénie, nous ont toujours donné des résultats négatifs.

)) MM. les D" B.... et D.... ont exprimé leur opinion dans un certificat délivré le 20 janvier 1893, six mois après l’examen de la Caisse de prévoyance. Voici ce certificat ; « Pouls petit, vertiges,

» défaillances, tressautation musculaire, torpeur physique et intel- » lectuelle, impressionnabilité des sens. Nous certifions avoir » constaté, en outre, de la neurasthénie cérébro-spinale, se carac- » térisant par une grande impressionnabilité morale, inaptitude » au travail, tendance à l’isolement, douleurs spontanées, dissé- » minées, fourmillements, troubles de la vue (scotomes), fatigue » prompte, exécution des travaux manuels difficile, palpitations,

» insomnies, etc.

» Nous déclarons, en outre, que ces affections peuvent surve- » nir après des émotions vives.

» Nous croyons que le pronostic est sérieux, quoique plutôt » favorable. Nous ne pouvons établir, dès maintenant, combien de » temps durera encorel’incapacitéde travail, la marche decesaff'ec- » tions étant rémittente, et leur durée d’ordinaire très longue. »

» Un mois après environ, le 28 février 1893, M. le D’’ S.... procéda à l’examen de B...., et délivra le certificat mentionné page 26.

» Enfin, la partie civile nous a remis un avis écrit de M. le professeur C...., qui n’a pas examiné B.... Cet avis indique les phénomènes morbides qui peuvent survenir à la suite d’accidents de chemin de fer. C’est un résumé des opinions émises en France et à l’étranger sur la matière, rien de plus. Cette pièce ne pourra guère servir ici que de terme de comparaison, et encore, puisqu’il s’asit ici d’un tout autre accident.

» Enfin, en juin 1893, M. le D'' D.... donne de nouveau des

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soins à B...., et il le déclare atteint d’une inflammation gastrointestinale.

» Examen médical de B.... — Le 21 juillet 1893 eut lieu notre première visite à La Hestre, chez B,... Cet homme est âgé de 28 ans, il est bien constitué, mais il est pâle, anémié, il paraît inquiet, soucieux. Il nous donna sur son état une énumération de symptômes les plas variés, intéressant tous les organes, tant au point de vue physique qu’au point de vue psychique. Les voies digestives sont mauvaises, l’appétit est presque toujours nul, les digestions pénibles, les évacuations irrégulières; il a des vomissements et des éructations; parfois l’appareil gastro-intestinal est le siège de douleurs.

« Les urines sont presque toujours rouges et brûlantes. Du côté de la poitrine, B.... souffre de battements de cœur, de gêne de respiration, de suffocation.

» La tête est lourde, douloureuse; des vertiges fréquents l’empêchent de marcher convenablement et le menacent souvent de tomber, des névralgies de types les plus variés le tourmentent sans cesse. B.... dort très peu, et encore son sommeil est-il souvent interrompu ou troublé par des cauchemars et des rêves effrayants. Les membres sont le siège de fourmillements, de tremblements, de douleurs variées; la calorification s’y fait mal, et ils sont, pour ainsi dire, impuissants.

» La vue a perdu beaucoup de son acuité, les yeux éprouvent des photopsies.

» L’ouïe est peu atteinte, il n’y a que quelques bourdonnements légers et passagers. L’odorat lui-même est perverti, et selon l’expression de B...., il sent toujours mauvais. Le sens génital est aboli, dit-il. La peau, le cuir chevelu surtout, donnent les sensations les plus bizarres et souvent les plus douloureuses.

» Enfin, B.... nous déclare qu’il se sent tellement malade que, non seulement il est incapable d’aucune espèce de travail, mais que les crises pénibles qu’il ressent très souvent lui donnent la conviction qu’il est un homme perdu.

» Dans des séances très nombreuses, nous procédons à l’examen détaillé et minutieux de B...., pour nous rendre un compte aussi exact que possible des phénomènes morbides accusés par lui ; voici la synthèse de nos observations :

» Comme nous l’avons dit déjà. B.... est pâle, son teint est

DES NÉVROSES TRAUMATIQUES.

même d’un jaune sale, la peau est sèche. Nos diverses recherches, pour constater de l’anesthésie ou de l’hyperesthésie, n’ont donné aucun résultat précis.

» Nous n’avons pas trouvé de zone hystérogène. La langue est

généralement un peu saburrale.

» L’estomac est dilaté, et donne par la palpation un peu de clapotement. Du côté de l’ahdomen, le palper ne révèle rien de particulier, sauf un peu de douleur à la région épigastrique, surtout à droite. Sur nos questions précises. B.... nous déclare que des éructations acides sont fréquentes, que les vomissements se renouvellent à peu près tous les quinze jours, et que les garderobes, sauf leurs alternatives de diarrhée et de constipation, ne présentent pas de caractères particuliers.

» On n’a jamais vu ni sang ni mucus abondant.

» Le régime alimentaire suivi par B.... est très défectueux comme qualité et comme quantité. Sa nourriture est presque exclusivement composée de café au lait avec des tartines et de potages pris sans régularité aucune. La poitrine est bien conformée. La percussion donne partout de bons résultats, l’auscultation ne révèle aucune lésion ni du côté des poumons, ni du côté du cœur. Il y a cependant une légère accélération du nombre des battements du cœur : nous trouvons assez souvent quatre-vingts pulsations à la minute et parfois même quatre-vingt-dix.

» L’analyse des urines donne une réaction acide, 1020 comme densité, pas de trace ni d’albumine ni de sucre : ce sont des urines normales.

» Les membres sont amaigris, les muscles sont flasques, nous ne constatons pas les tremblements fibrillaires des neurasthéniques, mais bien des mouvements de tremblement en masse dus à la faiblesse ou plus ou moins voulus.

» Au dynamomètre, la main droite donne 25 en moyenne, la main gauche un peu moins.

» Malgré l’opinion de quelques auteurs, c’est la moyenne que nous avons obtenue chez un grand nombre d’ouvriers. Les réflexes rotuliens sont toujours manifestes; ils paraissent même parfois un peu exagérés. Du côté des yeux, nous trouvons les conjonctives pâles, mais sensibles au toucher; l’iris a sa coloration normale, et les pupilles réagissent très bien.

» L’ophtalmoscope ne nous montre qu’un peu d’anémie du

ÉTUDE PATHOGÉNIQUE ET CLINIQUE

Ibml de l’œil sans autre lésion. La mensuration du champ visuel, faite par le périmètre de Landolt, nous a permis de constater un rétrécissement du champ visuel pour la perception des couleurs; les champs visuels sont assez fortement, mais irrégulièrement rétrécis dans les divers diamètres, et ceux-ci ne présentent pas entre eux ce parallélisme que l’on rencontre chez les hystériques, et parfois chez les neurasthéniques.

» Du côté du nez, nous constatons d’abord une légère déviation de la pointe à gauche ; l’ouverture de la narine gauche n’est, en quelque sorte, qu’une fente ; cette anomalie est causée par le refoulement de la cloison médiane. La narine droite est largement ouverte. La muqueuse qui recouvre les parois et les cornets est rouge et un peu boursouflée; en certains points nous remarquons de la desquamation de l’épithélium, une sorte d’ulcération superficielle.

» Les muqueuses réactionnent très bien ; nous percevons parfois l’odeur caractéristique de l’ozène, lésion qui explique, en grande partie, les hémorragies nasales de B.... et l’odeur désagréable.

» La gorge ne nous oli're aucun symptôme spécial. La muqueuse est d’une sensibilité un peu obtuse.

» Il nous reste maintenant à analyser les symptômes subjectifs dénoncés par B.... Ces symptômes n’étant que l’expression de sensations perçues par le sujet, échappent à tout contrôle direct et demandent, pour la détermination de leur valeur exacte, beaucoup de circonspection.

» Les symptômes subjectifs accusés par B.... sont : 1® un ensemble de sensations variées, bizarres et très désagréables, qu’il appelle trise; 2® l’inaptitude à toute espèce de travail et l’hébétude intellectuelle; 3® les insomnies, les cauchemars, les rêves effrayants, même des hallucinations; 4® les photopsies de diverses espèces ; 5° enfin les douleurs nerveuses de nature excessivement variée qu’il ressent dans toutes les régions du corps.

1® Nous n’avons jamais pu obtenir de B.... une description bien nette de cet état singulier qui l’accablait plusieurs fois par jour. C’était, disait-il, une sorte de frémissement dans tout le corps, surtout à gauche, de l’anxiété précordiale, des battements de cœur, des tourbillons dans la tête, des sensations de mort imminente, des frayeurs, etc. Mais ces symptômes ne se présentaient

DES NÉVROSES TRAUMATIQUES.

ni avec le même ensemble, ni avec la même régularité, les crises

variaient à peu près chaque fois.

» 2“ B.... prétend que l’inaptitude au travail est complète; non seulement il lui est impossible de faire la moindre besogne, ou manuelle ou intellectuelle, par manque de force, mais il n’en a ni le goût ni l’idée, pour nous servir de son expression.

» Toutes nos sollicitations pour l’engager à s’occuper quelque peu, ne fût-ce qu’à titre d’essai, sont demeurées sans effet. Nous l’avons cependant surpris un jour en train d’écrire, alors qu’il nous affirmait ne pouvoir le faire.

» 3" B.... ne précise pas mieux ce qu’il entend par ses insomnies, scs rêves effrayants, ses cauchemars, ses hallucinations. Dans tous les cas, nous n’avons jamais pu trouver dans les descriptions qu’il nous donnait les caractères des véritables hallucinations.

» 4“ L’énumération des divers phénomènes de photopsie perçus par B.... nous est aussi donnée avec beaucoup plus de détails que de netteté et de précision; ce sont des soleils brillants, des étoiles de toutes sortes et de toutes couleurs, blanches, rouges, etc., des mouches volantes, etc. Il est, du reste, évident que bien souvent B.... se laissait facilement influencer par les éléments qu’il pouvait surprendre dans nos interrogatoires.

» 5° Enfin, les douleurs nerveuses erratiques que B.... ressent dans tous les membres, et surtout à la tête, revêtent aussi les caractères les plus variés et les plus bizarres. Ce sont des douleurs fulgurantes, des douleurs térébrantes, le clou hystérique, des sensations de brûlures, d’arrachements, etc. ; ici encore la marche de nos recherches a une influence marquée.

» Avant de terminer notre travail, nous ferons remarquer encore que B.... est dans des conditions hygiéniques, morales et physiques réellement détestables.

» Préoccupé sans cesse du résultat de son procès, il est dans l’oisiveté la plus absolue et n’ose pas même prendre l’air; dans une petite maison basse, il va, soutient-il, de son lit à sa chaise.

» La propreté du corps laisse à désirer, et nous le disons encore, le régime alimentaire est mauvais en tous points.

» Une observation très importante, c’est que, sauf les soins donnés pour les brûlures, suite du coup de grisou, et contre les accidents morbides qui se sont manifestés depuis le mois de juillet 1892, B.... n’a jamais suivi de traitement régulier et persévérant.

KTDDE PATIIOÜÈNIQUE ET CLINIQUE

Do plus, à plusieurs reprises, nous avons insisté de toutes nos forces pour décider B.... à se soumettre dans un hôpital à un traitement que nous considérons comme capable d’amener une guérison ; B.... s’y est toujours refusé.

» Le. 10 février 1894, nous avons donné lecture au.K deux parties plaidantes du rapport qui précède. Aucune observation n’ayant été présentée et après avoir noté que nous avions fait usage du dossier que nous avions reçu de .M. le Président de la Cour d’appel et des divers documents qui nous avaient été remis par la partie civile et par la partie demanderesse, nous nous sommes occupés de la rédaction de nos conclusions.

» B.... est atteint d’un embarras gastro-intestinal chronique que l’on pourrait désigner sous le nom de « gastro-entérite chronique ».

» De cet état pathologique résultent des digestions vicieuses entraînant pour le sujet une véritable auto-infection et comme suite une détérioration de l’état général et une anémie sérieuse.

» B.... présente aussi les symptômes de névropathie ou de neurasthénie, mais non cet ensemble qu’on rencontre dans les neurasthénies traumatiques vraies.

» Les causes de cet état morbide sont complexes.

» 1® Il y a d’abord une certaine prédisposition.

» 2® Comme nous l’avons dit dans notre rapport, B.... est depuis bientôt deux ans dans les plus mauvaises conditions hygiéniques morales et physiques.

» 3® Enfin, nous admettons que l’ébranlement physique et moral produit par l’accident du 3 mai 1892 a pu contribuer pour une certaine part à l’état actuel de B....

» Pour le pronostic, nous estimons qu’un ti’aitement régulièrement suivi, dans de bonnes conditions d’hygiène, et surtout si B.... était débarrassé de toutes ses préoccupations procédurières, amènerait assez rapidement une guérison, sinon complète, du moins un état de santé tel que B.... pourrait subvenir à sa subsistance.

» En foi de quoi nous avons rédigé et signé le présent rapport.

» Charleroi, le 13 mars 1894.

» (Signé) : D*^^ M...., B — et M.... »

DES NÉVROSES TRAUMATIQUES.

V. — Note d'observations sur le rapport des experts rédigée par M. le D'" S....

« Page 1. Le tempérament nerveux de la mère et des sœurs, et surtout les accès d’hystérie de l’une de celles-ci, sont des facteurs d’une importance capitale et expliquent parfaitement les accidents nerveux graves, si variés, de B.... à la suite de l’accident dont il a été victime.

» Page 2. Le caractère très peureux de cet ouvrier charbonnier confirme ce qui précède.

» Page 3. Ordinairement il se passe deux mois environ entre l’émotion morale et l’apparition des accidents nerveux ; de nombreux sujets sont devenus, soit hystériques, soit épileptiques deux mois après un saisissement.

» Page 4. La contradiction entre a et ô est flagrante. L’anémie cérébrale serait très grave, plus grave encore que la lésion traumatique.

» d. Le caractère rémittent, c’est-à-dire à rechutes, et la longue durée sont des facteurs très importants et de nature à empêcher un homme de gagner sa vie par son travail.

» Page 7. Le régime de B.... n’est probablement pas plus mauvais qu’autrefois. Au contraire, j’estime que le régime du café au lait (café à la chicorée.) des classes ouvrières, de tartines et de potages, est infiniment meilleur que le régime des légumes, des pommes de terre, du lard, des viandes étuvées et des petits verres que les ouvriers boivent ordinairement et auquel B.... était probablement soumis précédemment comme les autres.

» C’est surtout ce dernier régime qui est mauvais pour toutes les affections de l’estomac et de l’intestin. Ce que le médecin doit défendre tout d’abord, ce sont précisément les légumes lourds que les ouvriers affectionnent surtout (toutes espèces de choux, oignons, pommes de terre, salade crue), ensuite des viandes étuvées (carbonades, etc.), la charcuterie (lard, saucissons, etc.), et le régime de B.... est certainement le moins dangereux qu’il puisse prendre, si tant est qu’il soit atteint d’une gastro-entérite chronique.

» Page 8, en a. Les membres sont amaigris, les muscles sont

ÉTUDE PATHOGÉNIQUE ET CLINIQUE

flasques, et cependant on trouve en b les forces musculaires de la main droite normales? J’affirme que le chiffre 25 est considérablement inférieur au chiffre normal ; il doit se trouver entre 43 et 55. Je ne suis pas fortement musclé, et le chiffre de ma main droite est 53. Je puis citer maints jeunes gens, étudiants, qui ne se livrent à aucun exercice musculaire, et qui fournissent à la main droite les chiffres de 60 et 70. Un ouvrier de 28 ans qui ne fournil que 25 a perdu au moins la moitié de sa force normale.

» c. La diminution des champs visuels est un des signes les plus importants de la névrose traumatique. Il ne doit pas du tout y avoir de parallélisme entre les champs visuels, bien au contraire, de très nombreux cas pathologiques le démontrent.

» Page 9. La diminution de la sensibilité de la muqueuse de la gorge est également un des signes les plus caractéristiques et les plus certains de la névrose traumatique.

» L’irrégularité et la variabilité des symptômes sur lesquels MM. les rapporteurs insistent à différentes reprises, sont aussi des signes de la même névrose. Il serait bien plus commode pour un simulateur de répéter toujours identiquement la même chose que de décrire constamment des symptômes nouveaux. Or, tous les symptômes décrits par MM. les rapporteurs sont précisément ceux qui ont été notés par les nombreux auteurs qui se sont occupés de cette question de la névrose traumatique (vertiges, insomnies, douleurs diverses, hystériques, hallucinations, cauchemars, plîotopsie, fourmillements, soleils brillants, étoiles de toutes couleurs, mouches volantes, tremblements, impuissance sexuelle, suffocations, troubles gastro-intestinaux, etc.).

» Page 10. Demander à un homme atteint de névrose traumatique de s’occuper, ne fût-ce qu’à titre d’essai, c’est supplier un fou d’être raisonnable, ne fût-ce qu’un moment; si un neurasthénique pouvait faire cela, il ne serait pas neurasthénique. Le jour ou ces malades se décident à essayer de reprendre leurs occupations, mais ce jour-là ils ne sont plus neurasthéniques, ils sont momentanément guéris jusqu’à ce qu une nouvelle cause, la plus

petite du monde, les replonge de nouveau dans le marasme.

» Page 11. Je ne puis admettre une auto-infection se produisant à la suite du régime suivi par B... Une semblable complication exigerait des conditions toutes spéciales, qui n’existent pas chez le demandeur, et serait accompagnée de nombreux symp-

DES NÉVROSES TRAUMATIQUES.

tomes, parmi lesquels je citerai l’élévutioH de la tenipéi’atuve, le développement de la rate, du foie, etc., qui n’existent pas davantage.

» Je ne saisis pas la différence qu’il y aurait entre la névropathie ou la neurastliénie, d’une part, et la neurasthénie traumatique vraie, d’autre part. Si B... est atteint de névropathie ou de neurasthénie (et M3I. les experts affirment qu’il en est atteint); si d’autre part cet état est sous la dépendance de l’accident survenu le 3 mai 1892 (voir le rapport, page 28), cette neurasthénie est bien le résultat d’un traumatisme et par conséquent B... est bien atteint de l’affection désignée sous le nom de « névrose traumatique ».

» En ce qui concerne le pronostic, je maintiens qu’il est grave, en ce sens que B... n’aura plus jamais l’énergie ni l’activité qu’il avait autrefois; qu’il peut même devenir de plus en plus malade; qu’il sera toujours prédisposé à des rechutes ou à des accidents nerveux nouveaux ; enfin, que cet état le mettra dans l’impossibilité de gagner sa vie par le travail comme il le faisait autrefois.

» Bruxelles, le 21 mai 1894.

» (Signé) : professeurs... »

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