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LE BOUCLIER SACRE

L'amour, inéme celui qui u*a que la salisfactiou des sens pour objet, rend timide, surtout aux premiers moments où il trouve Toccasiou de s'exprimer. C'est là un fait indiscutable. Je Tai constaté aussi bien chez les tribus rouges de TAmérique septentrionale, les races jaunes de l'Asie, les peuplades noires de l'Atrique que chez la famille blanche à laquelle nous apparte* nous.

Seul, en téte-2i*téte avec Merelium, Molodun se

sentit faible. Une savait comment engager l'entretien, quelle conduite tenir à son égard.

Durant quelques minutes, il arpenta la grève , puis

s'assit, iuoia sou calumet et se i approcha de sa captive pour lui dire :

— Si la fac^-blauche qu adore le Henard-Noir voulait me promettre de ne pas chercher à s'échapper, j'ôterais les lieus qu'elle a aux pieds.

— Je suis eu ton pouvoir, fais ce que tu voudi*as, répuudit iadifféremment la Petile-Uirondelle.

— Alors, ma sœur me promet...

— Je ue promets rien. Tu as aujourd'hui la force pour toi.

— J*aimerais à n'user que de la douceur, dit le chef

d*une voix pateline.

— Oui, fit-elle en haussant les épaules, comme le chat sauvage quand il essaye de poser su griffe sur une tourterelle.

— Ma sœur méconnaît mes intentions. Elles sont franches et claires comme l'eau de la source ; je veux

l'épouser.

— C'est-à-dire me donner pour esclave à ta femme, après avoir abusé de moil

— Lioura n'est plus ma femme, reprit-il hypocritement, elle m'a ti*ompé ; et si elle revient, je la chasserai. Je doimerai ii Merelluiii tous ses colliers d'aïoqua, toutes ses riches tuniques et toutes les fourrures dont je lui avais fait présent.

— Mon frère est généreux 1 répondit Mereilum avec un ton d'écrasante ironie ; oui, il estbien généreux! mais

je uc venx pas des présents qif il a faits à sa feiuiue.

— Molodun t'en donnera d'autres.

■ — Je n'en veux pas davantage •

— Que te faut-il donc ?

La Petite-Hirondelle sourit amèrement. Le Renard-

Noir renouvela sa question. ' ^

Pas de réponse.

— Ma soeur, dit-il alors, eu s* asseyant près d* elle, (h'sire-t-ellc quelque chose? Qu'elle parle! Molodun a Toreille ouverte à son discours. 11 lui apportera tout ce quelle demander^, l'ùt-ce une peau de renard argenté, une robe de martre, des colliers de ce métal précieux qui plaisent tant aux Visages-Pàles, ou un jeune condor apprivoisé, ou les plus belles esclaves des Cliiuouks.

— Les Cliiuouks ! répéta-t-elle en riant d'un air méprisant ; les Chinouks ! Toi, leur prendre des esclaves, je t'en défie !

Le Renard-Noir se releva avec fierté.

— J'ai tué leur cheïl dit-ij.

— Leur chef!

— Oui, Molodun a tué Oli-Tahara, le Dompteur^-

de-Buftles.

— Et où mon frère a-t-il mis la chevelure d'Oliïabaraï demanda Merellum eu secouant la léle avec incrédulité.

— Sa chevelure ne pend pas à ma ceinture, uiais il est mort, et voilà la main qui Ta frappé.

Merelluiii ne répliqua rieu. 11 y eut un moment de silence. Molodun le rompit par ces paroles :

— Ma sœur accepte mes offres ?

— Quelles offires 1 répliqua-4-elle d'un ton imjiatienté*

— Je lui ai proposé de lui donner tout ce qu*elle

me demanderait*

— Eh bien! s*écria Merellum en lui décochant un coup d'œil railleur, doone-moi donc la liberté.

Et, comme il se tenait coi, inlerdit par celle réponse toute naturelle que lui-même avait provo- «[uée , elle continua en livrant cours k une irritation fébrile :

— Mou trèrc nfaime bien, sans doute! 11 m'aime mieux que la belle Lioura, maintenant captive des Clallomes! Oh! il m'aime mieux, assurément; uc m Vt-il pas toujours aimée ? Et la preuve c'est que Molodun, ce grand chef, vaillant comme Tanimal auquel il a volé son nom, libéral comme la fourmi et sûr comme le gazon qui couvre un marais, lu'a promis de m accorder ce que je souhaiterais et qu'il va s'empresser de me mettre en liberté !

Elle partit d'im éclat de rire sarcastique.

Cependant le sagamo nez-percé ne desserrait pas les lèvres ; il s enivrait des outrages que lui prodiguait sa

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victiiue. La passion el la colère eiillaiiiiuaient soq sang. Il tremblait, s agitait, soufflait bnijainment, et sa main tourmentait, avec des crispations douloureuses, le manche de son couteau.

Merellum ne ' s'apercevait pas ou ne voulait pas s'apercevoir de cet état d'exaspération. Comme toutes les femmes, elle s'excitait par son audace et continuait ses mordantes interpellations

— N'est-ce pas que Molodun aime bien la Petite- Hirondelle, et que, comme gage de son amour, il va la torturer? Cela fera plaisir à la femme de Molodun. Je regrette qu'elle ne soit pas ici; ce serait un délicieux spectacle pour elle ! Avec quel bonheui" elle se joindrait à mon frère! Allons! noble chef, frnppe, va! Ne crains rien ; ce sera un moyen de dégager ta parole et de me rendre la liberté.

— Tais-toi ! tais-toi ! rugit le Renard-Noir lui saisissant le bras avec violence, et le serrant dans ses doigts durs comme l'acier.

— Me taire ! non, Molodun ; non , je ne me tairai pas! 11 faut que je vante ton amour pour moi, la recon- Daissancem'étouife!

A ce moment le cri du hibou se ût entendre.

Le Renard-Noir lâcha la jeune fille.

Un deuxième cri troubla le calme de la nuit.

Bientôt après un canot parut près du rivage, dans

la zoue blaocbàlre produiic (lar la icilexiou du ciel dans Teau.

Deux bommes mootaieut le canot.

— L'Aigle -Gris cl Ucnoluiic! iwaugréa Muludiui entre ses dents.

(1 étaient etiecliveuieut son heau-père el son beaufrère qui arrivaient, jiprès avoir été témoins de l'enlèvciuent deUouia et d'iribiaou par les Claliouies. ils auraient bien voulu les arracher à leurs ennemis. Mais le nombre de ces dciuieis était trop considérable . pour qu'ils pussent tenter de Tentreprendre avec quelque cbance de succès.

Les deux Nez-I*ercés revenaient , afin d'armer la nation et de voler au secours de Lioura. Leui* entrevue avec le Ueuard-Noir fut froide et empreinte de ressentiment.

Mais le retour des parents de la Blanclie-Xuée soulagea Merellum d*uuc grande appréhension; car il la

débarrassait, pour un temps au moins, des obsessions

de son terrible amant.

La nuit se passa tranipiillement.

Le lendemain, les trois chefs tinrent conseil, il fut résolu que la tace-blaneJie serait conduite à Tienbus des Nez-Percés et $i;ardée jns(|u\H ce (|u'on eût appris le sort que les Clallomes auraient lait subir à Lioura. S*ils avaient épargné ses jours, on ' tâcherait de réchanger contre Merellum; s'ils l'avaient sacritiée à

Soncoiimé, on sacrifierait également la Petite-Hirondelle.

Ce j^hu souriiîit à Molodun; il raj)prouva complètement.

— Mais, dit Renoluuc, qui Tavait proposé, nous ne pouvons mener cette sqiuiw au milieu de nos familles sans Texposer à être massacrée.

. — Mon fils a. dit yrai, appuya l' Aigle^ris.

— Et pourquoi cela K interrogea le Renard-Noir.

— Paire que nos frères ont été égorgés par las Visages-Piîles, sur leur grand canot, au bas du cap de la Roche-Rouge, et que nos parents ont voué anebaine implacable à la race blanche.

~ Qfue ferons^nous, alors^

— Je peindrai le visage et les mains de cette fille avec de la terre congé, et nous la ferons passer pour une jeûné Crie.

Merelluni- se soumit volontiers au désir du (^astor- Industrieu}^

Les fissures des rochers, aux alentours de la dalle du mont Hood , renferment en abondance de Tocre brun. Renolunc composa une teinture avec cet ocre, de rhuile d'eulekon et certaines plantes aromatiques^ et la jeûna fille, ayant reçu la permission de se retirer dans une grotte, m colora le corps, des pieds à la

tète.

En sortant de la gi otte, qUc avait tout Tair d'une

Indienne. On la prit pour telle quand ils entrërenl. quelques jours après, dans le village des Nez-Percés.

Les manières de Molodun vis-à-vis d'elle avaient totalemeM changé.

11 la traitait avec une indifférence si marquée, que Renolnnc et TAigle-Gris panèrent qu*U étail cevuiin de sou eugouemeut pour elle. Toutefois, Merelluui ne se méprenait pas sur la nature de cette transformalion. Elle devinait aisément que ce n'était qu'un jeu et que le Renard-Noir ne tarderait pas à réitérer ses instances auprès d'elle.

A leur arrivée àTienhus^ils trouvèrent les habitants en proie à une effroyable désolation. La nouvelle du désastre des Nez-I*ercés commençait à circuler. Les femmes, les enfants, les^ieillards se précipitèrent à la rencontre de Molodun, en poussant des lamenta* tiens farouches.

Renolunc avait prévu cette scène. 11 était prêt à conjurer l'orage qui grondait sur leur téte.

Marchant résolûmeut au-devant de la foule, il monta sur une grosse pierre et dit :

— Rejetons de la grande tribu des Nez-Perc4s, le malheur est tombé sur vous, parce que vous avez négligé de faire, cette année, à vos autmoins, les présents d'usage. Mais j'ai imploré l'Esprit-SuprOine en vt>tre faveur. Son oreille ne s*est pas fermée à h voix du Castor-Industrieux. Il nous pardonnera , à condi-

tien que vous lui offrirez dix vases de graisse d'ours , soixante peaux do caribou, et cent pamars de racines de kamassas. U vous promet même uoe victoire éclatante suf voftraBemi& les'Giiinouks. Comme témoignage de jsa bonté pour Vous, il a permis que notre .TtiHant sagamo, Molodqn, tuât Oli-Tahaia, le chef des perfides Chinouks. De plus, il vous envoie cette jeune squaw, habile dans les conseils et sorcière réputée à Test des montagues. II. vous la donne, mais à deux conditions: la première, c'est que vous veillerez . jour et nuit sur sa personne , l'empêcherez de fuir et la garderez comme le plus précieux de vos manitous, jusqu'à ce qu'Hias-soch-a-la-ti-yah vous transmette de nouveaux ordres par ma voix ; la seconde, c'est que vous m'apporterez chacun deux castors et deux saumons pour honorer rEsprit-Suprénie et lui exprimer votre reconnaissance 1

Le discours de Tautmoin eut tout l'effet qu'il en attendait. La superstition est si bien dans la nature de l'homme, ([ue partout elle trouve quelques exploiteurs et des milliers d'exploités.

Les lamentations cessèrent. Que dis-je ! elles se transformèrent en cris d'allégresse. On entoura les chefe, on les féta, on les combla de caresses, et Merellum devint la divinité du jour.

L'accompagnement, ou plutôt le symbole des

réjouissances |mbli(|ues chez les Indieik^, un banquet, fiiU'4iussitôt appréléu

Merelhnn éi.iii abattue par des privations de toute o|||||iftefcf«f uo^ioiigue marc à travere des savants stériles, où la dLselle de vivres et d'eau s'était fait plus d'une fois se&tir.

£Ue avait accepté passivemeut le rôle auquel od la soumeitaîk Peu à peu cependant elle y pritgoAt. Elle . était femme, après tout. Ou Tadorait; elle ue résista point aux hommâ^es des Ner-Percés et se résolut de proliter du respect qu'elle paraissait leui* inspirer pour s'évader dès qu'elle en trouverait Topportunîté.

La croyant charmée et séduite, Molodun jouissait de son triom])he.

Le festin fut dressé sur la ifiàce du village. -

11 se composait de saunion boucané, chair de uiou* ton des montagnes, bosses et langues de bison, raeines de po\-pox, spat\ Ion i^a^^ez semblables par la forme et le goût au vermicelle), ouappatou, baies de caiinebergiers et autres fruils. •

Les vases remplis de graisse et de moelle de bœuf, le régal par exeellence des Indieus, bouillaient, chauffés par des cailloux rougis, au milieu de la vas^e en* ceinte des couvi^es, car tout le village prenait part au baniinet.

Nombreux apparaissaient les femmes et les enfants; mais rares les hommes, surlout les jeunes guerriers.

Chacun des assistants était amé d'un bâton polntii pour piquer les viaude^, et d'une tasse en éeorce pour boire la graisse liquide.

Des bandes de chiens affamés rôdaient en hurlant plaintivement autour des mangeurs. On eut dit, à leurs aboiements lugubres, qu'ils pleuraient le tr^as de leurs maîtres, en expiation de la joie inconvenante que montraient les veuves^t les orphelins. C'est que ceuxci ne connaissaient pas bien l'éti^ndue des pertes que la tribu avait essu^^ées/Aucun des Nez^Pereés échappés à l'explosion du brick n'était encore revenu, sauf Cuir-'de-Bœuf, à qui R'enolunc avait fait la leçon. Des bruits vagues et incohérents seuls avaient jusque-là appris aux babkant^du village l'échec de Texpédition dirigée par Molodun.

On présumait que, suivant l'habitude, il raconterait sa campagne à la fin du repas, et, en attendant, on s'enivrait, à qui mieux mieux, des espérances briliMtea qu'avait données le Castor-Industrieux.

Les rudes mâchoires des sauvages suspendirent peu à peu leur double mouvemeit de va et vient; cefiit le tour des chiens de dévorer bruyamment les derniers reliefs du festin ; mais quelques Ne2-*Percés lapaient encore le tond des vases de graisse, ou s'acharnaient, avec plus de voracité que-les représentants de la race canine,, à broyer un os sous leurs dents pour eu savourer le résidu médullaire, quand le père de Lioura st»

leva lenlemeot, son eahittet k la main, salua trois fois le soleil couciumt par trois jets de fuoiée, transmit la pipe à son voisin de droite qui en fit autant, et apostropha Tasseml^lée en ces termes, pendant que Tinstniiaont circulait à la ronde : -

— L*Aftgle*Gris est depuis bien des hivers connu des Nez-Percés; ils savent que son expérience, son admsse etson courage ont fait la gloire de ses frères; îlssavefit aussi qu il les a toujours conduits sur le sentier de rhonneur ; qu*il a vengé sur les Ghioouks et les Clallomes les insultes subies par leurs ancêtres, et que jamais sa voix ni sa main ne les a mal guidés; ils savent de plus qu'Hias-soch-^4a-Li-yab souffle à son oreilie les conseils de la sagesse. Voilà pourquoi TAigle* Gris vient donner un avis aux Nez-Percés I Les-Visages- Pâles ont entraîné Molodun et ses guerriers dans une embûche. Une partie, mais une faible partie, a succombé. Les autres sont en route pour Tienhus. Bientôt vous les verrez; ils se montreront à vous pour s*armer de nouveau et courir vengei^ les ossements de leurs frères. Afin d'apaiser FEsprit-Supréme et nous le rendre propice, j'offre en présent à Molodun Tare magique quMl m*a donné, et je vous invice à nous assistei^ sur-le-champ dans la confection d'un bouclier enchanté qui sera remis à votre illustre sagamo pour le protéger dans ses rencontres avec ses ennemis.

Nulle peuplade iiHtienne de 1* Amérique septentrio-

nale n'o'st peut-être aussi mobile et excitable que les Nez-Percés. Us sont aux autres tribus ce que las Espagnols sont au reste de TEurope. Aussi les paroles de l'Aigle-Gris trouvèreut-ellés facilement de récho dans tous les cœurs. L'auditoire y applaudit par ces eltmeurs, ces gestes et ces contorsioas qui paraissent être le propre de riiomme à Tétat incivilisé..

Aussitôt on se mit en devoir de fabriquer le bouclier enchauté.

Les Nez-Percés en masse décrivirent un large cercle autour de la place,

Ueuolunc ayant, pendant Te temps-là, fait d'abondantes ablutions pour se purifier, rentra dans le cercle en tenant, d'une main, un tambourin en cuir d*élan, et de Tautre un couteau.

Son père, T Aigle-Gris, assisté d'un autre autmoin, alluma un grand bûcher sur lequel il fit rougir des cailloux, tandis que Merellum allait, entre une double haie de ses ennemis, puiser de l'eau au ruisseau voisin.

Elle rapportait les vases et les disposait autour du bûcher.

Renolunc confia son tambour au troisième sorcier et creusa dans le sol un trou qu'il poussa à dix-huit pouces de profondeur, sur autant de large et vingtquatre de long, en lui donnant une forme générale ovoïde.

— Ii2 —

Le trou terminé, il fassa la terre et unit la 'surface; puis U fit sigae à soo père, qui étala devant lui la peau fiaiche d*un jeune buflU^ deux ans.

Avec deux morceaux de bois Kenolunc tira trois fiaffloux du feu, les jeta dans la fosse et versa sur les iderres Teau puisée par Merelliun. Les trois premiers cailloux refroidis, ou les remplaça par irois autres, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'il s'élevât de Touverture une vapeur épaisse. Uenoluac alors retira les derniers cailloux et étendit la peau de buffle sur le troubla chair en avant. U calfeutra liermétiqueinent les bords avec de la glaise, afin de ne pas laisser échapper la chaleur. En s*échauffant, le poil se détacha. Ueuolunc, son père et l'autre jongleur TenlcN èrent soigneusement à la main. Peu à peu aussi le cuir se contracta. lIsTen* foncèrent insensiblement dans le trou en lui en imprimant tout douc^ement la figure ; puis ils rognèrent les parties qui dépassaient la fosse, et toute la bande des Nez*Percé8 se mit à danser autour de ce moule.

En dansant, chacun, honnne, femme ou enfant, était forcé de quitter la ronde et de venir donner un ii^oup de son talon nu sur la peau de buftle.

Cette cérémonie bizarre' dnra deux jours et deux nuits consécutifs, avec des. intermèdes occupés par des banquets et des discours; elle tirait à sa fin, c'est-à-dire que les jongleurs allaient déclarer le bouclier sacré parfait, et ordonner le rite pour préserver

lesgueniersilcriiiiiuencupcruicieaseduOuaoutc/i (1), quand, -sitr le matin du deuxième jour, le temps, qui sélail assombri, tourna soudain à la lempéte. '

(I) Clu / les No/.-Pircés, K- Ouaoïiich ost l'Esprit de la fatigue.

La manière dont ils s'y prennent pour le combattre peut compter paruii leurs pratiques les plus curieuses. Oq me laura gré de riodiquer kif car eUe est peu cooiiue.

Les cérémonies clu Ouaouich durent trois, cinq et même sept jours.

On commence par coupe».' des brins de saule ou d'osier, ayant dix-buit pouces de long, et on se les enloucc dans la gorge, alin de se nettoyer i^estomac par Texpectoralion de la bile qu'il peut contenir.

Gela fait, cfiaeun des offidantê se creuse, près d*uii cours d'eau^

un trou assez profond pour pouvoir s'y tenir debout, le menton au niveau du sol.

Puis, tous, armés de leurs baguettes, et agenouillés à quelques pieds de leurs trous, se livrent religieusement k des purgations d*ui gem unique.

Le lendemain, jeûne. De nouveaux bâtons sont taillés. Chaque Iiuiicii don:ie aux siens une longueur égale a l'intervalle qui sépare sa bouche de son ombilic. 11 les pèle» les arrondit et se les plonge dans l'estomac, jusqu'à ce que les vomissements produisent ams irriUtioD intolénible. Cette baitare opération ayant bientôt pour résultat d*enflammerr^BSoplwige, on Aiminne le nombre d^ bAtons à mesure que rintlamnialion augmente. A midi, suspension du procédé. On se jette à l'eau et on y r este jusqu'au soir. Alors les palients prcjineut .une demi-pinte de poUge aux berbes.

Même traitement le tioisièmo jour.

Le quatrième, les Nex-Percés font rougir des pierres, les déposent avec de Tcau dans les trous qu'ils ont cremés le premier jour et où ils se placent eux-mêmes dès que l'eau est hien chauQëe.

— Ui —

Lu coup de vent eftroyahle airiva subitement avec la rapidité et le mugissement d*uii édal de Uniiierre. 11 chassait devaut lui ces montagnes de sable, toujours en mouvement, qui vaguent, de toute éternité, dans le désert, sur la rive sud de la Colombie, entre les rivières KuUerspelm et Umatala.

La place et le village des Nez- Percés eu turent littéralement inondés. L'atmosphère était saturée de grains de sable. Us couvraient le sol jusqu^à la hauteur du geoou. Us emplissaient la bouebe, les oreilles,

En sortant dt cette eove» ils se pr6eipitent <taus la rivière, se «lémènent et se frappent comnie des fous, reviennent ensuite an iKiin cbaod et conUnoent, tonte la joamée, de passer de Vm h

l'autre. Le soir, il leur est ptriuis^de luauger du puUge, uiaib sans boire.

HépéUtion de cet étranse manège les jours suivants jusqu'à deui heurest le tantftt ; iiprèa quoi, les festins succèdent au jeAae. On

dit que quelques Nct-Pereés renouvellent plusieurs fols de suite ces expériences, et que ceux qui en supportent convenablement repreuve se jugent insensibles au froid, au chaud, infatigables II la coorscy inviucii>les à la guerre. Par conire, dis assurent que ceux qui négligent d'accomplir annueUement ce devoir religieux sont Impropres k la guerre ou k la chasse, parce que Ooaonich est encore leur maître. A dix-huit ans on commence le traitement; on m» le cesse que lorsqu'on a une famille nombreuse. 11 > a mémo des sauvages qui continuent au delà du terme lixé. Que Ton ne s'imagine pas que ces eifroyables exercices les aifaiblisseni beaucoup, car II en est qui, Immédiatement après, font k pied plus de trente lieues par jour!

les yeux. L'épouvante s'empara des habitaDis. Ce fut un sauve-qui-peut générai.

Merellum, abandonnée à elle-même, ne savait où se cacher^ où fuir. Une main s'empara de son bras et une voix lui dit :

— Si la Cace pâle mit s'échapper, qu'elle se laiste conduire par Cuir-de-Bœuf.

Mais, au même moment, un couteau brilla dansFair, un cri d' agonie releutit, les doigts qui serraieut le bras de la Petite-Hirondelle se détendirent, et une autre voix, qu'elle ne connaissait que trop, cria :

— Le chacal a voulu tromper Molodun ; Moloduo l'a puni.

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