LA BATAILLE
Les habitants de la loge n'étaient pas encore revenus de la stupeur où les avait plongés Tappaiitiou du Chien-Flamboyant, quand un grand tumulte d'hommes, de chiens et de chevaux se fit entendre au dehors.
— C'est Molodua qui arrive! s écria TAigle-Gris. Que chacun des guerriers se prépare à marcher contre Tennemi 1
Renolunc secoua la téte d'un air sombre en disant :
— Les présages sont mauvais. Scoucoumé est irrité contre nous. Déjà la confection du bouclier sacré a été suivie d'une tempête de sinistre augure. La venue de l'Esprit du feu n'annonce rien de bon non plus.
— J'ai rendu à Molodun son are de dent de narval;
noQS sommes sûrs de la vicloire, répondit TAigle-Gris.
— Mon père est libre de le penser, mais moi je crois le contraire, repartit le Castor-Industrieux à voix basse et de façon à n'être entendu que par le vieillard ; les Mdoitous ne sont pas apaisés. La dernière expédition de h Roche-Rouge -nous a coûté plus de deux fois cent guerriers. A peine nous en reste-t*il deux fois cent à conduire contre les Chinouks...
— Et nos alliés!.^.
— Nos alliés périront comme nous. U faudrait faire un sacrifice k Scoucoumé.
— Mais nous n'avons plus d*esclaves !
— Et cette face blanche ! fit Renolunc en désignant du regard Merellum, qui réfléchissait aux mystérieuses paroles du nègre.
— Cette face blanche ! Jamais, mon fils, jamais, tant que ta sœur Lioura, ma fille, vivra ! Si par malheur nous sommes vaincus, ce sera le moyen d'arrêter les Chinouks par leurs auxiliaires les Clallomes. Leur dévouement à cette squaw m'est connu. Ils consentiront
• à tout pour la ravoir.
Avant que Renolunc eût répliqué, Holodun parut dans la hutte.
Il était vétu d'une longue robe de buffle, le poil tourné en dehors et serrée à la taille par une corde de crin. Des mitas et des mocassins élégamment brodés couvraient ses pieds et ses jambes. Sur son épaule se
balancsttent son fameux ate en dent de nanral et un carquois de peau de loup marin, renfermant une douzaine de flèches, tentes empoisonnées. Un couteau à scalper était passé à sa ceinture, et un tomahawk pendait par m cordeau à sou poignet. Une profusion de plumes multicolores ornait sa chevelure. Son visage, sa poitrine et ses bras étaient bigarrés de peintures.
Son premier coup d'œil, en entrant, fut adressé à Merellum. .
Un jeune homme lui présenta alors Talbino qui lui était propre èt dont personne autre que lui u^avait le droit de se servir.
Il s assit, reçut des mains de T Aigle-Gris un calumet qu'il fuma lentement en «lenee pendant plusieurs minutes, et dit
— J'ai Toreillè ouverte au discours de mes frères.
— Sois donc le bienvenu dans ta loge, mon 61s, répliqua le vieillard.
— Amènes-tu les alliés? demanda Renolunc.
— Oui, Molodun amène deux fois cinquante guerriers, choisis parmi les meilleurs des Voila- Voilas ; deux fois quarante Ares-Plats ; deux fois vingt Indien»de-Sang et deux fois soixante Serpents.
— Ah ! dit TAigle-^Gris, avec tous ces braves nous n'aurons pas de peine à écraser nos ennemis et à leur reprendre ma pauvre Lioura.
Le Renard-Noir essaya de dissinmlerune grimace,
mais :>ûunipuvenienl n échappa poinl au Castor-Industrieux.
— Je suis cerlaio, dit-il, que mon frère est de mou avis. Il pense que Lioura a été tuée par les ChiDCuiks.
Molodun devina une intention nialigue dans cette question indiscrète.
Il répliqua par une interrogation :
— Mes frères ont-ils des nouvelles de Teunemi!
— Oui, dit TAigle-Gris ; il doit être à présent près 4e la Grande^ombe.
— Alors, ditMolodun avec joie, mus avons le temps de danser la danse de la guerre avant de partir. Qii*on dresse un festin dans la loge du conseil I
• — 11 sera fait suivant tes ordres, mon fils, dit le vieillard.
Mais comme il {prononçait ces mots, un Indien tout essoufflé se montra à rentrée de la loge.
— Les Chinouks! les Chinouksl cria-*t-il.
— Où sont-ils? fit le chef.
— A cinq mille pas d'ici, sur la Grande-Rivière. Les jappements de leurs chiens retentissent jusqu'à nous. Que mes frères écoutent I C'est le mugissement du taureau d'Oli-Tahara I
Le meuglement lointain d'un buffle venait effectivement d'éclater.
Les Nez-Percés s'entre-regardèrent avec ânoi. Ils ne s'attendaient pas à une attaque aussi soudaine.
Celte impression dura peu toutelois.
— Que «les frères me suivent ! cria Moloduu.
Et, s'adressant aux femmes : ^
— Vous garderez la prisonnière, sans la quitter pour aucun motif, et ne laisserez pénétrer personne ici jusqu'à mon retour.
Il s élança hors de la loge et tous les hommes valides l'accompagnèrent. ^
Le temps était sombre, le ciel d'un gris inflexible ; quelques flocons de neige jouaient dans Tair.
Sur l'emplac^ement de Tienhus, cinq k six c^nts guerriers, armés d'arcs, de flèches, de traits, de couteaux et de massues se tenaient prêts à partir: les uns montés dans des traliieaiix d'ëeorce, tirés par des chieus-loups ou des chevaux, les autres à pied, mais chaussés de raquettes, et tous, hommes et bétes, en proie à une excitation fébrile, qui s'exprimait par des clameurs efifrayantes.
Us n'avaient ni drapeaux nipennons, mais des signes particuliers distinguaient les diverses tribus: les Ârcs- Plats étaient reconnaissables à leur arnie de précitée-* tion ; les Voila- Voilas, aux peaux de bœufs encornées dont ils se couvraient la téte; les Serpents, aux reptiles empaillés dont ils s'étaient fait des colliers et des anneaux; les Indiens-de-Sang, qui se prétendent les plus anciens et les plus nobles du désert américain, aux plumes de condor plantées droites
daos leurs chevehiies \ les Nez-Percés, auxomemeots de leurs narines ; et dans cette foule étrange, démoniaque^ où Thorrible s'accouplait au grotesque, on remarquait encore quelques G rosses- Babines, ainsi nommfe par les Canadiens-Français, à cause des umm^ . ceaux d'os ou de bois qu ils se logent enire la l^vre inférieure et les gencives poui allonger la première.
ttuant aux costumes de cette bande t quant aux peintures qui la chamarraient, quant à la physionomie de son ensemble, je renonce k les décrire.
Ma plume est impuissante. La palette d'un peintre n'aurait pas assez de nuances. ' . -
Molodun, l'Aigle^ris et Renolune sautèrent dans un traîneau en forme de canot, décoré a ^n aunt d'un hibou, et s'avancèrent vers la place du village, où les principaux chefs des tribus, tenaient conseil.
La (lélibàation fut courte. Les moments pressaient; car, à chaque minute, les mugissements du taureau d'Oli-Tahara devenaient plus distincts. U fut convenu que les Arcs-Plats se porteraient avec les Voila-Voilas sur le bord de la Colombiet et qu'ils le couvriraent d'une ligne de tirailleurs, pendant que les Î^ez-Percés,. avec le reste des aUiés, recevraient l'ennemi de front, tout en cherchant à jet^r une pactie de leurs forces sur l'autre rive du fleuve, aQu de tâcher de cerner les Chi-nouks ou tout au muins de les assaillir m tète et sur les flancs. ,
Ce plan b'était' point maladroit. Et ici jo me periD^iHTi^ (teiaifo observer que certains voyageurs ont
avaiiié trop, légèrement que les sauvages de rAiiiérique septentrîoiiale n'apportaient ni ordre ni stratégie dans
kji^jjy^l^lktât ^ F'^^ voyageurs admettent-ils que les PeàuXf^ouges font usage de tactique, tandis qu'au cwjM)^#^'^^ fort habiles dans les choses de h guerrç, et combinent toujours avec une rare sagacité leucs syitèmes^d'attaque ou de défense.
HenQlunc, le Çastor-Iudustrieux, avait eu Tidée de ce plan, qui fut aussitôt mis à exécution.
Us^traiQÊaux des Arcs-Plats commencërentà défiler.
Qbaipi éta^ monté par six ou huit hommes, et mené par une quiiuMe de chiens, de chaque côté desquels Ifl YR'tMViIft AT^^V ^ raquettes, qui devait les suivre à la course, stimuler ou refréner leur ardeur, avec un
Les i|9;pi€^^ataient leurs ai es bandés, leurs flèches aj^sl^es* l|i#3Ûent prêts à tirer.
Mais aucun coup ne devait être porté, aucun cri proféré avant que Molodun, le chef de rexpédition^ n'eût donné le signal en soimant d'une, tiompe qu.'il avait jadis enlevée à un chasseur blanc.
Le départ s'opéra donc .au milieu d'un silence re-« latif.
Arrivés devant le rio Coliunbia, M<dodun et l'élUe
de ses guerriers éiaut descendus des traîneaux mirent leurs raquettes. Une partie des véhicules tut rapgée coiuine un rempart devant le village et confiée h la garde des chiens, Fautre s'élança à fond de train sur la glace pour gagner la l ive septentrionale du fleuve, pendant que le chef déployait sa bande en ligne droite afin de masquer le passage de la troupe chargée d'entourer les Chinouks.
Ceux«ci se montraient déjà derrière les 6otirdtgneaux^ au)oncellement de glaçons dont la Colombie était hérissée.
A cet endroit, elle est fort resserrée et n*a pas plus (l'un demi-mille de largeur.
Des côtes assez escarpées la bordent au nord; mais au sud elle se trouve presque de niveau avec la plaine.
Les Chinouks, qui avaient espéré tomber à Tim-
proviste sur les Nez-Perces, ne les eurent pas plutôt aperçus quMIs lâchèrent le houp de guerre. Un son rauque, parti de la trompe de Molodun, et instantanément suivi de vociférations sans nom, riposta à celle provocation «
L'air fut obscurci par une grêle de flèches.
4/engagement commença, h travers un (ottii)illon de neige et des clameurs à épouvanter les plus farouches animaux. Rien d'humain, rien qui puisse emprunter à la nature un point de comparaison dans tous
ces'cris, chassés, croisés, froissés, heurtés, confondus, qui, pour appartenir à la race bestiale enlière, n'appartenaient h aucun animal en particulier.
11 y eut bientôt un inénarrable mélange d*hommes, de chiens, de chevaux, de choses.
On se frappait avec les armes, avec les poings, avec les pieds, avec iout. Les massues résonnaient sur les crânes comilie sur des enclumes. Le sang coidail à flots. Il sillonnait la glace en ruisseaux pourpres. ] a mêlée augmeutaii. Les cadavres s'exhaussaient les uns sur les autres et formaient des monceaux, des barrières que les combattants s'opposaient comme des boucliers.
La neige, soulevée par les pattes des chiens, par la pointe des raquettes, par les ricochets des Hèches, volait en nuages au-dessus des deuxarmées; et plus haut, les hérauts de la mort, les vautours, passant et repassant en essaims, sonnaient le glas des victimes.
Au loin, dans la campagne, se montraient furtivement les loups blancs, ces autres courtisans des grandes tueries. On voyait leurs museaux rouges se profiler aux angles des bois ; on entendait leur jappemeut continu qui, sinistre accompagnement, semblait servir de basse au liourvari général, tandis que, d'intervalle en intervalle, un mugissement prolongé dominait toutes ces voix échauffées par de brûlants appétits.
C'était Tonnerre, le taureau d'Oli-^Tahara, récla*
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mant le droit de taire sa pariie dans T horrible concert.
Et OD le voyait bondir au milieu de la. multitude, rejetant derrière lui des fragments de glace concassée sous ses sabots, et exhalant par ses naseaux en feu une épaisse fumée.
A califourchon sur sa large encolure, la maiu droite crispée au manche d^an tomahawk, la main gauebe à la poignée d'un coutelas, Oli-ïahara pressait ses adversaires avec une indicible ardeur. Partout où il allait, des masses de cadavres marquaient son chemin. Avec ses cornes puissantes, le taureau enfonçait les rangs les plus serrés , baissant la téte jusqu'au ras de la glace, puis la relevant avec deux ou trois hommes éventrés (^u'il envoyait ensuite rouler à dix pas sur leurs compagnons glacés d'épouvante. Chaque mouvement du redoutable animal était marqué par la retraite des ennemis. Et pendant ce temps-là, à droite, à gauche, en avant, en arrière, frappait le métis. Ses armes étaient émoussées , mais ses bras ne se lassaient pas. Sa monture et lui étaient rouges de sang. Ils ne cessaient pourtant de semer le carnage autour ' d'eux.
Uuel spectacle que celui-là!
Les voici qui atteignent un parti commandé par TAigle-Gris.
Le vieillard aperçoit Uli-Tahara« Ses gens reculent
effrayés i mais lui, il ajuste une flèche à son arc, vise;
la flèche part, elle siffie. Le chef des Chinouks est blessé, car il pousse un cri.
— Tu périras de ma maio, bâtard I dit T Aigle-Gris en se précipitant sur lui.
Mais le Bois-BrAlé, qui a ebancelé une seconde, se redresse. U brandit son casse^téte; la lourde massue s abat sur le crâne du Nez-Percé, qui tombe pour ne plus se relever.
Son tils Renolunc le saisit dans ses bras et Tem- *
porte à quelque distance.
A la vue du corps inanimé de son beau-père, Holo-
dun s*exclame :
— Tu viens d'aller vers cette terre où sont allés nos ancêtres ; tu as fini ton voyage ici avant nous; mais nous te vengerons ou nous te suivrons et rejoindrons les groupes heureux que tu rencontreras.
Puis il s'élance au fort de la mêlée, pousse droit au métis.
Renolunc marche à cùié de lui.
Devinant leur intention, plusieurs chefs s'unissent à eux.
Oli-Tahara les voit venir. L'animation de son visage redouble en reconnaissant Molodun. Trois flèches lui sont décochées. Par bonheur, aucune ne Tatteint.
11 va foncer sur les sagamos nez-percés, quand un Chiiiouk l'avertit que les Clallomes plient, se dé-
bâixlenl sur le flanc gauche et que leurs ennemis tentent une évolution pour les envelopper.
Aussitôt le métis fait volte-face.
Il presse de ses geooux son buffle qui part comme réclair.
LesNez-Percés s'imaginent qu il fuît. Ils entonnent le chant de la victoire et les Chinouks reculent. Molodun Tapostrophe :
— Vil rejeton d'une louv^, tu n'iras pas loin , et le Renard-Noir t'atteindra dans quelque tanière que to ailles cacher ta honte.
Mais le Dompteur-de-Buffles ne Tentend pas.
Il poursuit sa course à travers les amas de cadavres et (le glaçons. Les Clallomes sont rattrapés, sont ralliés; ils chargent les Nez-Percés qui fléchissent à leur tour, etOli-Tahara, haletant» le froutbaigné de sueur, le cerveau en feu, retourne à la rencontre de Molodun.
Loin de calmer son irritation, la blessure qu il a reçue l'embrase davantage.
Tout ce qui se trouve sur son passage, ennemi ou ami, est renversé. Jamais Tonnerre n'a mieux mérité son nom. La fièvre de son maître s'est inoculée dans ses veines. 11 dévore Tespace. La poudre n'esl4)as plus inflammable, la fendre n'est pas plus prompteo
Les Chinouks, qui avaient commencé à battre en retraite, revienneut à la suite de leur chef.
Lue cobue d'bouuucs, de chiens et de chevaux se foulent de nouveau sur le théâtre du premier engagement.
La lutte se renouvelle avec plus de vigueur et d'acharnement.
De chaque côté, Oli-Tahara, Molodun et Renolunc accomplissent des prodiges de valeur en cherchant à se rapprocher. Mais le dernier est percé d'une flèche, et des grappes de Nez-Percés s accrochant aux jambes du buffle, Tempéchent d'avancer.
Cependant ils ne parviennent pas à le tuer, car» avant ie combat, le métis a eu le soin de lui cuirasser le corps avec une peau à l'épreuve du couteau.
Molodun et Oli-Tabara se déchirent des yeux en attendant qu'ils puissent s'étreindre corps à corps.
Et les insultes qu'ils se crachent à la face sont sanglantes comme le suppUce réservé par le vainqueur au vaincu.
— Je te scalperai, fils de chieQne 1 je lacérerai ta chair avec mes ongles; je mangerai ton cœur et je ferai de ton cfine une coupe à boire.
— Et moi, je ferai fouetter ta femme par mes esdaves; je l'écorcherai vive, et, avec sa peau, je fabriquerai un tambourin pour mes jeestukaïns.
— Moi, reprit le Renard-Noir, je tiens captive MereUum^ la souveraine des Clallomes; je la ferai cuire à petit feu, et je servirai son corps aux coyotes 1
— Tu seras scalpé avant que la lune se lève I répliqua Oli-Tahara.
Et tournant son tomahawk comme une fronde, il le lança tout à coup à la téte de Molodun.
Serré au milieu des siens, ei ne pouvant faire usage de ses armes, le Renard-Noir se démenait alors pour se frayer un chemin jusqu'à son adversaire dont il n'était plus éloigné que de quelques pieds.
Le projectile ratteigoil au Iront. Il élevi convulsivement les bras en Tair et s affaissa sur lui-même.
Ce coup hardi, mais qui, s'il eût manqué le but, privait son auteur de son meilleur moyen de défense, jeta la terreur parmi les Nez*Pereés.
Les ÇhinoulLS, au contraire, se répandirent en acclamations triomphales.
Néanmoins, la victoire n*était pas décidée. Les pertes de part et d'autre étaient à peu près égales, et les tirailleurs dispersés sur la rive septentrionale du Columbia, frais et vigoureux, pouvaient, longtemps encore, tenir les Chinouiîs eu échec.
Mais, à ce moment, un craquement effroyable filtres-» saillir les assaillis elles assaillants.
Puis, soudain, la glace se partagea en deux; les eaux du fleuve éructèrent avec impétuosité de leur prison hivernale. Des centaines d'individus, morts, blessés et vivants furbnt précipités dans Tablme.
Une clameur immense s'éleva vers le ciel et fut re<*
dite avec des répercus^ons déchirantes parles échos de la côte.
Les Nez-Percés eurent plus à souffrir de cet accident que leurs antagonistes, car ils étaient accumulés à Tendroit où la glace se divisa., et ceux qui avaient été dirigés sur le bord septentrional furent séparés du reste de la tribu.
Oli-Tahara tomba dans le gouffre; mais, en tombant, 0 empoigna Molodun par sa longue chevelure, et soutenu par Tonnerre, qui remontait vigoureusement le courant, il le traîna avec lui jusqu'au rivage.
Là, il le remit entre les mains de ses guerriers, avec ordre de l'épargner s'il n'avait pas succombé. Profitant ensuite de la consternation où cette catastrophe avait plongé ses ennemis, il pénétra dans le village et se mit à la recherche de MereUum.
Après avoir visité plusieurs loges, il arriva à celle de Molodun. La frayeur y était plus grande encore que dans les cabanes qu'il avait précédemment fouillées.
Hais la Petite-Hirondelle avait disparu ; et quand le Dompteur-de-Bufiles demanda où elle était, on lui répondit que Chibiabos, l'Esprit du feu, Tavait enlevée.
Peu satisfait de cette réponse, Oli-Tahara se livra à des perquisitions minutieuses.
Elles n'eurent aucun résultat.