DON QUICHOTTE
our la reprise qu'il vient de faire des Noces de Figaro, l'Opéra-Comique es
revenu à la version de ag Barbier et Michel Carré, plus chantable, sani
doute, que celle d'Adolphe Boschot, adoptée précédemment sur le même
théâtre, mais d'où sont retranchés les récitatifs, accompagnés sur le piane
ou le clavecin, que Mozart lui-même composa. Ces récitatifs gardaient at chef-d'œuvre son unité, que l'étincelante prose de Beaumarchais, qui les rem place aujourd'hui, Banmcule quelque peu. On a voulu qe la présentation nou velle fût tout à fait « Opéra-Comique ». On LIRA a, çà et là, que trop bien réussi A tout prendre, malgré ce qu'elle a d'un peu laborieusement littéraire, mieux eû valu, pour la fidélité de Mozart, s'en tenir à la version de Boschot.
Telle qu'elle est, cette reprise est délectable. Et Mozart est toujours oppor tun. Je dirai même nécessaire. Je n'épuiserai jamais ce que je lui dois. Tandi que, doucement investi, je cédais au chef-d'œuvre, un doute me venait : « Méri tons-nous Mozart ? » L'homme, tel que désormais il se démesure et se réduit i la fois afin d'atteindre au robot, cet homme et le monde insensé qu'il fait à sor image méritent-ils le musicien dont Rossini a bien dit qu'il est « le seul » e qu'il nous est naturel de surnommer le « Divin » ? Méritons-nous l'infinie charite que nous fait un chef-d'œuvre tel que Les Noces : cette charité du génie qui dans sa mesure exquise, est également esprit et coeur, charme et force, pans et plaisir, scepticisme et ferveur, ironie et tendresse, fantaisie et vérité, volupté et noblesse ? È quel ceuvre autre que celui de Mozart aura donné un sens auss pur à ce mot, qui n'est décidément qu'un mot civilisation ? Mais je vous Ri grâce des variations que je pourrais broder sur un tel thème. Il m'incombe seule ment ici de constater une représentation, sinon excellente, du moins fréquente ei beaux moments. i i ; |
Un peu trop dense pendant le premier acte, l'orchestre cédant peu à peu | son chef, M. Louis Forestier, qui l'a magistralement modéré, nous a régalés d uni exécution nuancée, délicate, qui, fidèle à Mozart, lui a fait grand honneur. N'ac cablant pas les voix, elle a aidé à leur effusion et à leur épanouissement. Un:
i élas ! n'est pas coutume. È rd et ccliidion. M. Roger Bourdin est un fort bon Figaro dont le ròle pourtant, convient moins à la qualité de sa voix que celui d Almaviva, où naguèr il excellait : M. Jean Enia, qui l'y remplace, a excellé surtout à le faire regrel ter. Je dédie un regret semblable à Mlle Jane Rolland, que, dans le rôle de Ché rubin, Mile Maud Sabattier, gentiment sonore, ne pps qu insuffisamment. Mm Madeleine Mathieu et M. Froumenty, Marceline et artholo, ont fait éclater avec une bouffonnerie suffisante la double sénilité de la mère et du père « inatten dus » de Figaro. M. Lapelletrie, qui fut un brillant ténor bien chantant, est labo rieusement aujourd'hui un Basile drolatique. À i
me Ninon Vallin n'a pas déçu ceux qui attendaient d'elle, dans les deux air également nostalgiques, également admirables, de la comtesse, une leçon dl chant classique, et l'émotion que propage une vo x belle encore, en son arrière saison. L'air du deuxième acte se fût bien trouvé, je croìs, d'un pathétique moin appuyé. Alors même qu'il s'attriste, le sourire de Î esprit veille encore chez Mozari
me Geori Boué-m'a ravi. Voilà bien la meilieure Suzanne qu'il m'ait éti donné d'entendre depuis l’inoubliable Adèle Isaac. Qu'elle se renseigne saura que l'éloge n'est un si beau souvenir.
as mince que je lui adresse en évoquant, à cause d'elle lle a délicieusement chanté l'air O nuit enchanteresse., Trop délicieusement peut-être, en passionnant plus gu il ne convient, je croi le pur enchantement dont Mozart l'a rempli. Mozart n'est pas un romantique
Accord parfait bien rare : la comédienne, chez Mme Georì Boué, n'est pa
iné a chanteuse.
Miei Do temps des reprises : Don Quichotte, immédiatement après Les Noces Quant à la nouveauté musicale, les maîtres de nos deux théâtres lyriques n'en on cure. Commis à conserver, mais aussi à révéler, ils conservent. Ainsi, content de peu, à l'instar du bon public qu'ils flattent par cela dans ses habitudes, ei musicalement, dans sa paresse, ils continuent, sans prospérité, d'ailleurs, commi sans audace, Amen ! « 7 SETA
Massenet, génial « intimiste », eut toujours trop d'esprit pour réussir dan la grandiloquence. Celle qu'il a prolongée de sa musique, en s'annexant la comé die héroïque que Jacques Le Lorrain a inventée dans l'ombre d'un des plus grand livres de l'homme, est d'une générosité surprenante. Evargélisant le héros d Cervantes, elle va jusqu'à lui prêter la mission et les propos d'un Jésus cheva leresque.
1 fréquentais un peu chez Massenet dans le temps où il s'emballa pour l'ou vrage noblement candide de Le Lorrain. L'amour dont je le vis alors brûler pou lui n'a pas fait de Don ne l'une de ses œuvres maîtresses. Lu veine méle dique naturelle à son séduisant génie s'y montre quelque peu caduque. Elle té moigne pour un talent toujours aimable, mais qui s'est ici forcé. Toutefois, l'or chestre vif, nombreux, coloré, fréquent en jolis coins, est de qualité. Et, simu lant l'équipe, tout le mouvement de cette œuvre de sa dernière saison est propr à déchaîner l'enthousiasme du public — le meilleur du monde, hélas ! — qu lui a fait, hier, un succés extrême, largement mérité dr M. Roger Bourdin, excel lent Don Quichotte, non moins émouvant que grandi l l lent Sancho Pança, cordial, drolatique et sensé. Dulcinée, que l'on a changée pour l’acclimater à l'Opéra-Comique, en une courtisane richement achalandée « nostalgique du pur amour — quelque chose comme Violetta, sans la phtisie trouve en Mme Renée Gilly une chanteuse sincère et bonne musicienne
elli d
par Maurice Bex
PRES maintes tentatives éphémères, Les Noces de Figaro ont fini, en 1919, par s'installer soli-
ement au répertoire. Il aura fallu plus ‘un siècle pour en arriver là.
L'affaire avait, au départ, été, il faut en convenir, très mal engagée.
L'opéra-bouffe dont Emmanuele Conegliano dit Lorenzo da Ponte avait, à l'intention de Mozart, tiré le livret du Mariage de Figaro, s'il utilisait les mémes personnages et, grosso modo, la même intrigue, ne contenait, à l'inverse, aucune idée subversive, aucune réplique incendiaire ni la moindre trace de satire politique. C'était du Beaumarchais, mais revu et corrigé, de façon à donner tous apaisements à l'empereur d'Autriche, un libretto comme tant d'autres, auquel le public de Vienne et celui de Prague attachèrent beaucoup moins d'importance qu'à la partition. fe
Mais quand il s'agit d'adapter l'ouvrage à la scène française (Opéra, 0 mars 1793), un certain Notaris, chargé de ce soin, trouva tout indiqué
‘ajouter à sa traduction de l'italien le texte intégral de la comédie de Beaumarchais. Le spectacle n'en finissait pas. Il lassa les plus patients et, après cinq mauvaises recettes, les Noces durent céder la place à une sans-culottide : Le Siège de Thionville, musique de Jen davantage faite pour séduire la foule. En vain, Le Journal de Paris avait-il vanté le talent de « Mozzard, célèbre compositeur dans la partie instrumentale », en vain, sans faire nulle allusion à la musique, Beaumarchais avait-il proposé, « jetant par la fenêtre l’amour-propre d'auteur d'écourter la pièce et avait-il conseillé d'introduire entre le premier et le deuxième acte « un ballet vif qui ressemblerait aux répétitions du foyer. Des mutineries ‘actrices, la colère du maître de ballet, es rires de quelques icunes danseurs,
es morceaux entam£s, points finis, et une impatience Lenérale qui amènerait une espèce de farandole ». Ces beaux projets ne furent nas réalisés, les Noces
isparurent. | =, Italiens devaient les re-
jouer dans leur forme originelle en 1807, Castil-Blaze en donner une nouvelle version vingt ans plus tard, sans grand succès, et Carvalho monter en 1858, l'adaptation définitive de Jules Barbier et Michel Carré qui fera l'objet de quelques reprises espacées jusqu'à celle de 1919
Tant de lenteur pour accorder à un chef-d'œuvre aussi miraculeux la place qu'il mérite, le préjugé qui, si long temps, éleva chanteurs contre les difficultés de la musique de Mozart l'ex plique sans l'excuser, Se sont-ils enfin accoutumés à l'idée que le meilleur moyen d'en avoir raison consistait à les aborder courageusement, À entendre des interprètes de la qualité de Mmes acqueline Brumaire (la comtesse).
aud Sabattier (Chérubin) ou de M. André Pernet (le comte), pour n'en
les
ose, et par M Musy excelciter que quelques-unes, donner à ces , 0 ,
textes ailés
leur densité exacte et en dégager le charme inimitable avec une telle justesse nuancée, on ne saurait en douter. Il faut s'en réjouir grandement et nous en reparlerc ms
Les Noc
à È »Opéra-Comique i À
par Louis BEYDTS © |
interprète d'un caractère tellement attachant que ma curiosité était grande Je voir prendre possession du personnage du comte Almaviva.
Dans son admirable préface, Beaumarchais nous explicue qu'i a fait, « de son coupable amant, un jeune seigneur prodigue, assez galant, même un peu libertin », avant d'ajouter que « le comte Almaviva doit être joué très noblement, mais avec grâce et liberté ».
Libertin, liberté; cette insistance indique asez clairement le comportement que, sous la tenue coutumière à son rang, devra observer le Lindor de la veille. Les années ne l'ont pas encore mûri; et il faut bien ajouter, ma foi, en dépit des alarmes que traverse la comtesse lorsque Chérubin se Cache dans le cabinet, ‘que personne ne prend au sérieux ce maître versatile, pour le moins Aussi prompt à oublier ses propres devoirs qu'à menacer d'un châtiment exemplaire les fautes supposées de Sa malheureuse épouse. C'est la légèreté foncière du comte, sa maladresse juvénile, Sa suffisance d'oisif comblé qui permettent à Figaro de lui répondre avec une telle insolence, de le jouer avec une telle facilité.
L'autorité grave que manifeste M. Pernet rend infiniment plausible le sans-gêne du valet inventif et frondeur, et l'on ne S'eXplique pas que M. Noguera, qui le
ANDRE PERNET mar- NM que tous les rôles qu'il
= personnifiait pour la première
fois, ne rentre pas SOUS terre aux éclats d'un si noble courroux: La . vérité, certes, combat parfois la i : vraisemblance OL, CIESÌ celle-ci Sc que nous demandons au théâtre, "tear c'est elle qui, en s'inscrivant 4 dans les limites d'une action draa. matique, en entretient le mouve- % ment et en Gclaire les ressorts.
. L’ampleur insolite qu'affiche ici S M. Pernet me semble excéder la d mesure du rôle, et peut-être j'ar- 'tiste se souvient-il trop fidèlement (les incarnations Apres ou déchi- $ rantes qui ont assuré son renom - levé, Au moins affirme-t-il une \Vfois de plus son absolne maîtrise let reste-t-il le chanteur de grand ‘ style à qui Von a voué une estime {assez chaleureuse pour se plaire è £ discuter de son interprétation — par ailleurs si suggestivement vi.
vante — comme SY employdrent jadis, avec des artistes aussi fameux que lui, des critiques plus éminents que moi.
‘Que ne s'accordent-elles à la pi-
apparaît sérieusement compromi-
< Suzanne, jeune personne adroite », écrit encore Beaumarchais. Mme Stappen ne s'y montre qu’appliquée, voire même affectée dans sa prononclation. Le Chérubin de Mlle Sabatier garde sa gentillesse, mais gagnerait à se réchauffer d'un accent plus personnel. Et comme les sourires COD= certés de ces dames. leurs a A
res, sont loin du véritable esprit de la musique et de la comédie !
quante humeur de Mme Madeleine Mathieu, dont la savoureuse expérience leur en dispense les lecons !
Bien mieux que sur le visage de la plupart des interprètes, c'est dans les yeux de M. Georges Sebastian, qui dirigeait la représen- | tation avec un entrain passionné, | que j'ai vu se jouer cette Folle Journée, où Mozart et Beaumarchais se rejoignent fraternelle- Fe sur les cimes de la perfec- 10N.
P. S. — Sous le titre de Notes sur le chant, M. .Georges Loiseau vient de publier un livre dont la première partie est consacrée aux souvenirs du ténor Ibos, qui fut le créateur de Werther à Pa ris et qui. en Europe et en $ rique, partagea les succès des grands chanteurs internationaux.
La deuxième partie expose les principes d'une méthode pratiquée par le célèbre artiste et fondée sur le « bàillement » — non pas du public, mais du chanteur lui, même. Il ne m'appartient pas d’enapprécier les enseignements; mais je tenais à signaler le constant intérêt de ce livre, où les amateurs de chant, Si nombreux, trouveront l'aliment de fécondes discussions et sémouvront à voir revivre l'é.
poque la plus glorieuse de leur art préféré,
e, — cr