‹ Les nocesChapitre 11 sur 110 · SCÈNE 10. LE POÈTE, MARYNA · texte numérisé non relu

SCÈNE 10. LE POÈTE, MARYNA

LE POETE

Si quelque jour une femme, maîtresse de son cœur, me disait sans façons : « oui, je t'aime », comme une simple villageoise...

MARYNA

Et ce serait moi cette villageoise,

ce serait à moi de déclarer mon amour?

Ce n'est pas l'aplomb qui vous manque.

LE POÈTE

Mon idée était tout autre,

si jamais idée il y eut, —

je voulais dire un mot tendre,

frapper à la porte d'un jeune cœur,

je voulais écouter, épier :

savoir ce qui s'y agite,

s'il ne commence pas à brûler — ?!

MARYNA

Ce cœur, voyez-vous, est bien à plaindre,

personne n'y a encore allumé le feu;

qui me prendra pour femme,

pourra en apprécier la chaleur;

ce cœur, voyez-vous, est bien à plaindre :

malgré qu'il y fasse froid, on peut s'y brûler.

LE POÈTE L'Amour pourrait s'y installer en maître.

MARYNA L'Amour, c'est un aveugle et un traître.

LE POÈTE L'Amour : génie ailé, léger.

MARYNA Trop de prétention aux ailes.

LE POETE Ah, parfois tout s'arrête à la prétention.

MARYNA Et cela ne mène pas à l'église.

LE POÈTE Ce serait alors l'Amour en cage.

Le renard au piège.

Le papillon dans les filets.

MARYNA Le page relégué à lolfice.

LE POÈTE

Le mariage avec contrat notarié.

Bah, mieux vaut encore papillonner.

MARYNA Alors, c'est fini entre nous.

LE POÈTE

tiens, l'aube commençait à poindre, vous voilà presque offensée — ?

MARYNA Que prétendez vous?

Fini, —

LE POÈTE On a tout de même appris quelque chose.

MARYNA Qui a appris?

LE POÈTE Nous deux : vous et moi.

MARYNA A quoi cela rimerait-il?

A rien. '■' r.olliqsq 3.

û-Uiv

MARYNA Alors ?

LE POÈTE De l'art pour l'art.

MARYNA

Faire tourner une tête, ah, la belle gloire; jouez aux autres les tours qu'il vous plaira, pourvu que moi je garde ma paix,

LE POÈTE

Un duo avec une jeune fille, comme on le mène entre jeunes gens, dans un style brodé de paillettes; un duo avec une jeune fille, une belle fille un peu obstinée :

sur le sentiment, sur l'Amour, sur le dieu d'amour dont la flèche peut soudain vous atteindre; — ces variations sur un thème tendre, à demi sérieux, à demi badin, — restent un sujet digne d"étude.

MARYNA

A demi badin, à demi sérieux, vous vous distrayez galamment.

LE POÈTE Mais comment donc, mais comment donc.

Ah, poète, poète que vous êtes.

La corde vient tout à l'heure de vibrer sur le mode lyrique :

j'ai eu presque peur à mon tour que cette flèche inattendue aille se loger dans votre cœur.

LE POÈTE

A demi badin, à demi sérieux, je vous distrais galamment; c'est un style un peu spécial :

un jeu d'où les partenaires ne sortent atteints, ni offensés» «^ ces^ rênes de ruban rose b Jni;J ne conduisent pas à l'autel. — "" ' La femme demeure l'Enigme.

MARYNA Je vous écoute, quelle éloquence I

LE POÈTE

Des mots, des mots, des mots, des mots.

■JO'r: JU'JCJ

MARYNA h.:-.- .-o,-)

Mais comment donc, mais comment donc!

LE POÈTE Mais que voulez-vous dire?

MARYNA Ah, poète, poète que vous êtes.

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