‹ Les nocesChapitre 28 sur 110 · SCÈNE 26. LF PÈRE, LE MENDIANT · texte numérisé non relu

SCÈNE 26. LF PÈRE, LE MENDIANT

LE MENDIANT

Mais voyez, ami, voyez donc quelle chance vous avez eue.

LE PERE

Dieu nous donne, Dieu nous reprend; je n'y ai même pas songé.

LE MENDIANT

De beaux seigneurs, de fiers seigneurs.

Qu'en dites-vous, ami? Moi, je dis qu'ils ne sont pas de notre classe.

LE PÈRE

Bah, qu'importe la classe des gens.

Ma fille a plu à ce seigneur, et voilà. Après tout, ce ne sont que des hommes. Ces seigneurs s'ennuient fort entre eux, ils viennent s'amuser chez nous.

LE MENDIANT

S'amuser, s'amuser, fort bien; jadis pourtant il y eut des colères, des tueries, il y eut du sang sur les soukmanas * paysannes !

LE PÈRE

On dit qu'il y eut de ces vils païens. Moi, je n'en sais rien, je suis pur.

C'est ainsi que se jouent de l'homme

le Diable et le feu éternel.

Ne nous induis pas en tentation, ô notre doux Seigneur Jésus...

Vous avez vu cela, vous?

LE MENDIANT

Tu étais trop jeune ; mais moi, je l'ai vu, de tout près, j'ai vu, de mes yeux vu, la neige fondre et emporter le sang, et ensuite le Spectre marcher, traînant un grand linceul noir et semant la Mort...

LE PÈRE Oui, je sais, un choléra terrible...

LE MENDIANT

Il emportait les hommes par centaines. —

Comme des mouches, ils tombaient

n'importe où, au coin des haies, sur le fumier.

LE PÈRE Qu'ils dorment du sommeil éternel...

LE MENDIANT

En vain fais-tu le signe de la croix !

Leurs fronts étaient comme marqués

de taches rouges et de taches noires.

Dieu l'a voulu — et Dieu a voulu le massacre.

Ceci se passait au temps du carnaval.

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