‹ Les nocesChapitre 63 sur 110 · SCÈNE 21. LE POÈTE, RACHEL · texte numérisé non relu

SCÈNE 21. LE POÈTE, RACHEL

LE POÈTE C'est vous, — entrez donc, je vous prie.

RACHEL

Je vous suis comme votre ombre; vous allez rire,

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mais il me semble — ai-je rêvé? — qu'il se prépare ici quelque drame.

LE POÈTE

Peut-être, — tout à l'heure, au dehors, vous m'êtes apparue de loin comme une vision flamboyante.

RACHEL

J'étais drapée dans ce châle,

et dans la lumière de la porte, comme ceci.

LE POÈTE La nuit trompe nos yeux.

RACHEL

Moi, je commence à avoir très peur, — figurez-vous que j'ai rebroussé chemin, dans le sentier j'ai rencontré quelqu'un...

LE POÈTE Contes et légendes populaires.

RACHEL

Ils volent bruyamment

dans le vent qui fait rage ; voyez

quel ouragan passe,

comme il siffle et tord les arbres, —

LE POÈTE

11 a ébranlé les vitres, — mais voyez donc, on ne voit plus dans le jardin...

RACHEL Il fait si noir...

LE POÈTE On a arraché le rosier.

RACHEL Celui qui était habillé de paille?

LE POÈTE Oui, ce hohol.

RACHEL

On l'aura cassé, — Mais nous, que voulions-nous faire avec lui — ?

LE POÈTE

Nous évoquions l'enchantement de la poésie et voilà que la maison frémit de poésie; on voit déjà voler dans l'air les plumes de toute espèce d'oiseaux :

c'est une bataille d'esprits, un Grunwald, déjà volent plumes de paon, plumes d'aigle,

plumes d'oie, bientôt nous apercevrons les hussards et le roi; tout cela fond sur nous comme l'essaim sur la

ruche.

RACHEL

Quel changement dans l'atmosphère :

la chaumière brûle d'amour pour la Pologne, — la voilà,

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l'ardeur, la flamme de l'esprit qui se consume dans l'air comme une poignée d'étoupe *.

LE POÈTE

Depuis longtemps je n'ai pas eu de rêve comme ce soir, comme cette nuit.

RACHEL

Merveilleuses, prodigieuses Forces, ces puissances en conflit, ce vent, ces énergies du passé.

LE POÈTE

Du haut des Tatra.

les souvenirs volent vers moi !

Au-dessus de ces chaos rocheux, je voudrais voler, — bien haut —

RACHEL Sur les cimes !

LE POÈTE Walkyrie !

RACHEL

Les rêves du jour, après cette nuit d'insomnie, seront charmants. — car à force de regarder, nos yeux sont pleins de visions qui ne s'effaceront pas de sitôt.

LE POÈTE Allons regarder !

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