SCÈNE 14. LA MARIÉE, MARYCHIA
MARYCHIA
Je me réjouis, mais je songe, ma sœur, que tu auras du regret.
LA MARIÉE Regret de quoi?
MARYCHIA
Quand tu menais au champ
la rouge et la cailletée,
quand nous étions encore petites,
toi, Hanouchia et moi,
nous étions toutes les trois chez nous;
tu te languiras de l'étable,
habituée toute enfant à la voir,
et sans tous ces travaux de la campagne,
sans toute cette besogne ;
quand tu seras dame,
je me réjouis, mais je songe,
ma sœur, que tu auras du regret.
Regret de quoi ?
Que le temps te paraîtra long
sans papa, sans nous,
sans la haie, sans le jardin;
tu auras beau te plaire avec ton mari,
c'est encore ici que tu reviendras,
car c'est ici qu'est ton âme,
c'est ici qu'a parlé ton cœur,
et là-bas tu seras toute seule,
là-bas il fera triste.
ma sœur, tu auras du regret.
LA MARIÉE Petite perte, court regret.
MARYCHIA
Aujourd'hui vante ton bonheur,
rougis et flambe :
ton cœur va rester ici.
ici restera ton amour,
et là-bas tu seras toute seule,
là-bas il fera triste :
ma sœur, tu auras du regret.