‹ Les noces vénitiennes drame en cinq actesChapitre 13 sur 83 · C A LIEE O · texte numérisé non relu

C A LIEE O

Oui, prince; — et dans cette salle où sont réunis les portraits de loua les ducs qui oui illustré Venise, je retrouve la trace de mes aïeux, et je m'arrête avec un pieux respect devant cet héritage glorieux du passé.

OBSE 0 L 0 .

Où veut-il en venir?

GALIENO, rnnitnnunt.

Voici les représentants do» douze familles électorales sorties des Jquzc Iribuu* qui Fondèrent Venise. Voici le portrait d’Ange Participatif!, lige illustre de la maison de Budouer, qui compta s* pl dur» souverains. Voici Bajamont Tirpilo, qui refusa la dignité de d ge quoiqu'il fût élu p u le peuple. Ue ce côté. Barbango. IjinUrini, Soiauzo, Buzzmi, bouato... J'arrive enfin à ce voile dît!...

oiislolo.

Eh bien?

G A L I E 5 O, roui ittiunl.

A ce cadre oti l'on a pu lire pendant “deux sièi les, comme sur un tombeau, telle inscription fatale : Place de Mai ino Faliero, décapité pour scs aimes....

OBSEOLO.

Eb bien?

» GALIENO, roiili«ua«l.

I Cela vent dire que la gloire de? Falieri est couchée gisante sous ce niai lue poi|r ne plus se n lever... Eb bien ! moi. je la relevé, et je déclare devant tous que cette légende en a menti ! Je suis l'arriere- petit-tils de Mariuo Fulicro!

[tauwal.)

OBSEOLO, *e levant mu{MI.

Marino Faliero !

GAUENO.

Oui, Marino Faliero!

(■MveniMl.)

OBSEOLO, I par».

And ié avait un fils! (tu* s<m«nr*, *r i Eb bien! séré-

nissimcsseigneurs,pourqiioi ce trouble, pourquoi cette agitation?

LE DOGE

Cette révélation inattendue... la surprise...

OBSEOLO, ateMtomt.

Venise n'est jamais surprise. Votre Altesse, (a Mino.lOuf, tu es le petit -fils de Fabricialio. fils de Marino Faliero. Oui, ton grand-père, pour sauver sa vie, a renié son nom et s’est mêlé aux pécheurs «le l'Adriatique, où il a vécu inconnu. — Oui, ton père s’est encore trouvé tiop près de l'échafaud de son aïeul et s’est exilé aux iles Mnrlamies, — d’où tu es parti simple pêcheur, puis matelot, puis soldat, puis généralissime des armées de Venise. Comme les aigles, tu ouvrais les yeux en montant. Si bien qu'à celte heure tu parles la lête haute devant et; même tribunal où le plu» audacieux do tes ancêtre» a courbé le front. Tu vois que je sais ton histoire, moi. Continue.

GALIENO, à OriMlo.

C’est donc à toi que j’ai à répondre... à toi dont les aïeux ont participé à la ruine des miens? Eh bien ! je te répondrai que le passé, quel qu'il soit, je l'accepte tout entier; et si Inbriciatio ou André, mon père, ont un instant reculé devant leur nom, c’est qu’ils attendaient celui qui devait le porter.

OBSEOLO.

Tu a» la parole acerbe, jeune homme!

CALIENO.

Tu n'es pas juste, vieillard !

OBSEOLO.

L'orgueil a perdu ta race !

galif.no.

Soit, je dormirai dans le même linceul !

OBSEOLO, u **‘c*t es uuiliûl.'

C'est uu maître qui nous arrive.

G A 1.1 EN 0, Tivc-mcat.

Non, c'est un fil» pieux, un Soldat soumis, un patricien dévoué, qui n’a eu qu’un but dam sa vie, celui de bien servir son pays, afin de racheter par son dévouement et ses services le seul moment d'erreur qu'on puisse reprocher à l’un des siens. Est-il juste, aussi bien.de faire retomber sur les tils la faute des pères? Non, sérénUsimes seigneurs!... et c'est avec confiance que je viens vous demander d’arracher ce voile noir, «fui est un enseignement peut-être, mais qui esi aussi une menace et qui perpétue le crime d un seul dan? l'avenir de tous!... Voilà la seule récompense que j'o«e attendre de vous et que j'ai peut-être le droit d'espérer!

LE DOGE, i«H.

Je penche pour que la noble et pieuse réclamation de l'nrrièrepoUt-lils de Marino Faliero trouve un accueil favorable dans le conseil.

OBSEOLO, aul*.

Il m'en coûte de contredire l’honorable et illustre prince de Venise : mais mon devoir comme l'intérêt du pays parient plus haut que ma déférence envers lui. Je vote le contraire.

LE DOGE

Je devais m’y attendre, seigneur Orscolo.

OBSEOLO.

Votre Altesse suit les inspirations de son cœur, moi la raison de mon esprit.

( ( LE DOGE, *« Uvant.

L'esprit n'a rien à perdre a approuver ce que le cœur absout. (am Le passé glorieux du général, ses victoires, son

dévouement, ses rerv.ces plaident d ailleurs k mes côtés et applaudissent comme moi à la satisfaction légitime qu’il vous dc- * mande. C'est un tils qui vous supplie de ne pas lui infliger cette torture d avoir sans cesse sous Us yeux le signe de dégradation de 1 uu dis siens. Je me joins à sis vœux. Et, comme ce noble jeune homme, — qui a été un héros à l'Age où les autres hommes sont encore des enfants, — je vous ch à mon tnur.séréniisitue* seigneurs, que ce voile étend son ombre jusqu’à son front : c'est um* menace, une crainte, une provocation, qui glacerait notre reconnaissance tout en paralysant son dévouement. Grâce pour Faliero! grâce pour son fils !

ORSEOLO, mmih). — St levant.

C'est bien une grâce qu'un vous demande, vous voyez. Je représente, j'en conviens, le côté inflexible de la politique vénitienne. Mais quel est celui d'entre vous qui oserait condamner Ir passé en blâmant les juges de Faliero, provoquer au crime en absolvant la trahison ? Ah ! prenez garde, le peuple ne demande pas mieux que de nous mépriser dan* nos aïeux et de douter de notre équité dans la justice de nos pères. Ce voile obscurcit, dit-on, la gloire d'une famille. C'est un malheur. Mais il doit subsister tant que subsistera le glaive de la justice. La justice ne s'affaiblit pas avec le temps. Derèger à sa sentence, examiner même ses arnêts,c'est déjà la mettre en su>pieion et U dégrader. Voilà jMjurqum je ne partage pas l'attendrissement du doge, voilà |x>urquoi je repousse la supplique de Faliero.

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