AIMONS
Tu devrais couronner ta vie par cette dernière lâcheté.
* MOROSINA, A Galieao.
Réponds! me l'accordes-tu ?
ALBONE,
A quelles gens commandes-tu donc, si le respect au malheur et la pitié leur sont inconnus? A quelle femme donnes-tu asile, si celles que tu reçois provoquent » l’insulte de la faiblesse et au dédain de la pudeur? Dans quel lieu sommes-nous enfin, si, faible et sans défense, j'ai dû implorer la mort comme un bienfait en comparaissant devant loi ?
MOROSINA.
J'attends !
GALIBNO, aprr» un bhm«I OMiUbon.
Tu es libre!
MOROSINA, A part.
Oh!
SPOLATRE.
Merci, capitaine !
ALBONE, pnvMMRt.
Tu os fait ton devoir. Il y a des moments où Dieu personnifie dans la plus inconnue et la plus humble de ses créatures les malheurs de tout un peuple. Si la volonté a chancelé devant 1a mienne, si tou front a pâli devant moi, c’est que tou pavs le regardait par mes yeux et te parlait par ma bouche. Ce n'est pas
moi que tu délivres, c'est Venise... Ce h'est pas avec mut que tu te. réconcilies, c'est avec clic, ta patrie, la mère!
G A LIEN 0, 4'mimiArmw.
Il est trop lard!... Venise m’a chassé, je détruirai Venise!...
j II rriuoato la icrae.)
MOROSINA, A AIIhhm.
Oh! ne secoue pas la tète!... Oui, Venise, celte ville maudite qui fait de ses patriciennes des courtisanes et de scs héros des bandits!
GALIEN O, r*le«c«»<laat U tenue.
Ma vengeance l’enveloppe déjà!... Regarde ces bannières, ce sont des bannières vénitiennes... Regarde ces galères qui brûlent à l'horizon, ce sont des galères vénitiennes... Regarde ces étoffes de soie et d'or, ces toiles, ces denrées, ces perles, ces diamants, c'est le commerce de Venise que je poursuis dans les deux mers et que je paralyse dans sa source!
ALBONE, •WilRMSl Ttclurp*.
Si lu veux détruire Venise, pourquoi conserves-tu ce souvenir de scs enfants ?
G A LIEN O, tmuill»l.
Cette écharpe?... (u lui Prends-la, je te la rends!
MOBOSINA, A part.
Je respire !
ALBONE, pfCMut l'rtAarpe »o wu<.r*»i.
Ah ! je te plains !
G A L1ENO, 4'«a« voit utrxUw.
Oui, tu es libre... mais va leur dire que l’aigle plane sur eux !
MOROSINA, A part.
Enfin t
ALBONE, »»oc ux'pcit.
Un aigle?... toi?... et que sont-ils... eux?... (Juand tu serais le Coriolan vénitien, la belle gloire d'être l’imitateur d’un traître ! (avm tinte**.) O G&lieno, apres avoir été le héros d’un peuple, te voilà l'scoque h Segna... après avoir commandé des armées glorieuses, tu marches avec orgueil confondu avec les pirates des deux mers... après avoir été noble, — noble entre les plus nobles; — soldat, le premier; — capitaine, le meilleur... tu te mêle» à ces bêtes fauves, et tu ne vois pas qu’en foulant sous tes pieds nus bannières vénitiennes, c'est ta propres dignité que tu écrases, et qu’en souffletant ton pays, c'est ta propre mère que tu outrages!...
G ALI EN O, tea.
C'est bien !
MOROSINA, A part.
Oh! celte femme!
(Elle rwnnoU la uefr*a.)
ALBONE, caaliHMl.
Venise a été injuste, envers toi, mais tu es lâche envers elle; Venise t’a méconnu, mais lu la renies; Venise t'a chassé, mais tu la ruines mesquinement, traîtreusement... tapi dans tes rocher* comme un bandit !
i Moui.'tnrnl «te Gultrnn.)
MOROSINA, iiru*nA**l la «jim* rt muât *e placer aa wilfou.
Oh! ces petites filles!... ça marche les yeux baissés dans les rues ; ça ne montre que le bout des pieds en montant en gondole; ça s’agenouille aux églises dans le recueillement et la prière ; ça ne tuerait pas une mouche sans avoir consulté son confesseur... mais, en revanche, tudieu! elles ont la langue dorée pour conseiller une lâcheté !
Moroeina!
MOROSINA.
Oui, retourne à Venise... va reprendre le joug de la honte... va tendre de nouveau ta joue à Orseolo, va, val
ALBONE.
Va soutenir ton pays qui chancelle, va relever les colonnes en ruine du palais de tes pères!
MOROSINA, n il Uni.
Tes aïeux te suivront, va!...
ALUONE.
Tes aïeux?... s’ils sortaient de leurs tombes, où iraient-ils te chercher?... Viendraient-ils dans ce repaire?... Iraient-ils à Véglia, que tu as incendiée... à Rovigno,que tu as pillée?... Non! us iraient le chercher sur les champs ac bataille où ils ont illustré ton nom !
MOROSINA, raillaM.
A l’escalier des Géants, par exemple !
ALBONE.
A Duirazzo, où triompha Vital Falicro!
MOROSINA, même je n.
A Saint-Marc, dans la salle des portraits, d'où tu lus chassé comme un laquais, pour avoir voulu cacher dans ta gloire la dégradation de ton nom!
AL BOME, COOUIIM»!,
A Zara, où Ordelafo Faliero mourut glorieusement!... à Rhodes, à Chypre, à Capo-d'Islrie, partout où ils ont triomphé! MOROSINA.
Tes victoires valert les leurs!
ALBONE, imleiMM.
Tes victoires?... tes victoires sont des défaites, car ton pays en souffre, et les gondoliers de l'Adriatique ne les enanterout (vus!
( Eli* remonte U m*m en portant l'éekarpr t *** teti* pour carter K>» laniMn.)
C ALI E NO, A Aiboae.
Ahl... — Rends-moi cette écharpe!
( Elle loi rend l'éctirpe.) MOROSINA, à part.
La Clngare a dit vrai!
( Catleno fait «içne A Spolitre de recoodtikre Atbrme. ) SPOLATRE, Im» A Calieno.
Si lu retournes à Venise, tu m'y retrouveras pour mourir avec toi ou pour te sauver.
(il *• prendre Al ta*» par la main. ) ALBONE.
Galieno Faliero, au revoir!
(lia «orient. )
G ALI EK 0, Ouatant aeaia i «aurhe.
A quoi tiennent nos plus grands projet», si nos volontés sc brisent au souffle d'une femme et si une enfant nous domine ainsi ! M O H 0 S I N A , à part-
il l'aime!... il l'aime!... Ah! je le perdrai!.,. Oui, à Venise!.., Tu auras ta proie, Jean Orseolo !
( PepoM on aaemeel U Ciaiarr cil en ictae. )
LA CIKG ARE, i droite, en agitant ton tambourin.
Qui sait?