G ALI RHO
Venise me plait assez pour y mourir.
ORSEOLO
Et ma fille ?... ma tille qui munirait de ta mort, malheureux !
GALIENO, rt» B «POU
Elle rn 'aime encore ?
ORSEOLO, k part.
Qu 'ai-je dit?
GALIENO.
Ah ! parle, réponds?
ORSEOLO
Veux-tu partir?
GALIENO.
Écoute, Orseolo!...
ORSEOLO
Quitteras-tu Venise?... Vivras-tu?
Tu m’as vaincu d*BB mot! — Oh! écoute, écoute—. — j’ignore si nos aïeux ont eu raison de se haïr; mais je sens quo
je pourrai un jour t'aimer... — * Oui, j'oublie le passé... j'oublie le canal Orfano, où mon père a été noyé... i oublie l'escalier de Saint-Marc, où la tète de Marino est tombée... — Je secoue cet héritage sanglant... j'abattrai même ce palais pour mieux en effacer le souvenir... Je serai tou fils, enfin, le veux-tu?
OtlSEOLO.
Mon fils?... toi?
GALIENO.
Ne pense pas à moi, songe à elle !
OESEOLO.
Toi?
GALIENO.
Tu peux mettre sa main loyale et pure dans la mienne, et dormir en paix sur son bonheur... le veux-lu?
ORSEOLO
Dieu a mis les morts entre nous!
G A LIEN O, dan* vois ttppliroU.
Ah! grâce, grâce pour elle! grâce pour moi! grâce pour loimême, vieillard ! car tu ras briser l'appui que Dieu réservait à ta vieillesse!
Ta femme?... Elle?... Mais où la couduirais-tu?... Dans ce palais?... Mais à cette colonne, —et tu le sais bien! — à cette colonne encore debout a été pendu l’un des miens... — Dans mon palais?... Mais il a été bâti sur les ossements de tes ancêtres... — Où donc alors?... Sur la grande place peut-être?... Mais l’escalier de Saint-Marc est Là comme un fantôme!... — Sur l'Orfano?... — Mais l’eau comme la terre te sollicite à la vengeance, et elle s’ouvrirait palpitante pour te rejeter le cadavre de ton père!... Dis, maintenant, dis, Faliero, veux-lu la fille d’un Orèeolo pour femme, je te la donne?
G A LIEN O, IW hom»r.
Ah! sois maudit!
ORSEOLO, t'nalUnt.
C'est ton père noyé dans le canal Orfano qui vient de parler!
GALIENO.
Sois maudit!
ORSEOLO, de même.
C’est Marino Faliero qui relève sa tète sanglante et qui parle!
GALIENO.
Sois maudit! sois maudit!
ORSEOLO, de iu*nr.
C’est ta race vaincue qui s’agite dans tes veine et qui désespère!
GALIENO.
Ah! l'odieux vieillard!
ORSEOLO
I.'Ilalic n'a été grande que quand les grandes colères des vieilles races l'agitaient, quand la sève ardente des vieilles haines l'animait!
GALIENO, tVulUal t *>* lanr.
Ah! les Dix me menacent... ah! elle mourrait de ma mort... ch bien! elle n’appartiendra pas, à un autre, et dans une heure üalicno aura livre 4c capitaine Noir !
ORSEOLO, Irtmillaal.
Dieu!
GAUENO.
Tu as voulu être parricide, tu le seras 1
ORSEOLO
Oh!
GALIENO.
Tu veux être maudit par ta fille expirante, tu le seras!
ORSEOLO, én mat l RRt .
Non, non !... — Ah ! écoute à ton tour!... Nous sommes bien cruel* l’un pour l'autre!... Je suis à ta merci!... Ah! tue-moi plutôt!... — Mais elle, que t'a-t-el!c fait?... Est-il possible qu'elle meure condamnée par ceux airelle a le plus aimés?... Tu la sacrifierais?... toi?... toi qu'cite a sauvé?... Tu l'ait nés enfin!... et si tu l'aimes autant que lu le dis, tu ne peux pa* la précipiter si jeune dans la tombe!... — Tiens, regarde, je pleure!... Oui, je pleure!... et si lu veux que je m’Iuimilic, je le ferai... si tu veux que je t'implore à genoux, ch bien! je serai à tes pieds au premier mot, au premier regard, au premier geste.... Ou plutôt non, ne parle pas, m’y voici!... Ah! sauvc-la!...
(il w> ja«* »■* fdrdi d* Ciline.)
GALIENO.
Tu nous a désunis dans la vie. Dieu nous réunit dans la mort, que veux-tu de plus?
ORSEOLO, Mm?**.
Je veux... je veux... — Ah! snuve-la!
GALIENO, lai li-wltnl 1» wam.
lue dernière fois, me veux-tu pour ton fils?... le veux-tu?
ORSEOLO, w relawil.
Non!... (atm an« «orte de *««•**.) Je te l'ai dit, les morts s'agitent entre nous et nous séparent!... Non, non!... Et mon nom s'éteindra avec elle comme le tien avec toi, et nos deux races finiront ensemble, et nous verrons si nos aïeux, les uns comme les autres, briseront leurs sépulcres de pierre cl se réuniront dans une même imprécation pour me maudire, moi vautour qui étouffe dans mes serres les derniers aiglons des grande! races! — Oui, qu'elle meure, qu'elle meure!
(Ü *Ort.)