SCÈNE VII
OBSEOLO, GALIENO.
ORSEOLO
C'est un duel.
GALIENO, ** contenant av«e peine.
Ah ! tu le savais, et tu es venu le protéger contre ma. colère !... Mais n’y a-t-il rien dans mes yeux, rien dans ma voix qui te fasse pressentir les dangers que tu cours?
ORSEOLO, loi montrant nn rlégn.
Assieds-toi. (a pari.) O Albone, je me souviendrai du serment que je t'ai fait.
GALIENO, jetant loin de lai ion épéa.
De sombres et violents souvenirs s'agitent eutre nous, prends garde !
ORSEOLO, k part.
Oh! mon serment!
GALIENO, continuant.
En neuf cent douze, un Orseolo a été souffleté, en face du Lion de Saint-Marc , par un Faliero, prov éditeur de Venise , prends garde !
ORSEOLO, k part.
Mon serment, mon serment !
GALIRNO, continuant.
En douze cent seize, un Faliero. fit pendre à l’une des ci>lonnes de ce palais, — a celle-ci ou à celle-là, n’impoite! — un Orseolo qui le bravait, prends garde, prends garde !
ORSEOLO, «* coalmiaai.
Tu as eu tort de me rappeler le passé. Je sais comme toi que je suis le dernier héritier de celle race de géants; — tous couchés dans leurs tombeaux avec les blessures qui les oui tués, ou l’épée avec laquelle ils se sont vengés; — tous couchés devant Dieu, dans leur haine des Kalieri , comme dans leur airnégation et leur dévouement pour Venise. Eh bien, moi, lu dernier de cette race, moi, Jean Orseolo, jo viens donner un démenti au passé, je viens te sauver !
GALIENO, nUlLut.
Me sauver?... tu as bien tardé. — Je suis prisonnier dans mon palais depuis vingt jours.
ORSEOLO
Je t’avais demandé de te faire oublier. Au lieu de cela, tu us provoqué l'attention par des fêles folles et excité l'inquiétude par «les réticences que le conseil des Trois a commentées et jugées. Le scandale de cette nuit décidera de ton arrestation... L’arrestation, cette fois, c’est la mort, — la mort comme elle appareil à Venise : avec la crainte qui épie, le soupçon qui juge, le silence qui frappe. — Comprends-tu maintenant ?... —Tu as sauvé ma fille et protégé rem honneur à Scgna. Je veux que sa reconnaissance s’élève a la hauteur de te» bienfaits. Tiens, voici un sauf-conduit., pare sur-le-champ... duufc une heure, il serait trop tard... ne te retourne même pas pour me remercier... prends, prends , et pars!
GALIENO, p«*Oi>at lr «t k JrcliuaM
Merci!
ORSEOLO
Tu tentes Dieu !
Dieu est juste.
Tu tentes la mort !
GALIENO.
ORSEOLO
GALIENO.
La mort est Adèle!... — Va le dire à Albone, et laisse-mol mourir !
Albone?
ORSEOLO
GALIENO.
Je suis invite à ses noces.
Je te le répète, jeune homme, je n’ai qu'un moment pour le sauver, dans une heure il serait trop taru !
GALIENO.
Après ? %
ORSEOLO
Ailleurs c'est la vie, k Venise c'est la mort!