SCÈNE XL
GALIENO, |hh ALRONEhiWr
GALIENO*
Albone vivra du moins!... le sacrilice est fait!... Je voudrais être déjà loin de cette Venise que je ne voulais plus quitter!
(l'iin fomia» parait <Un> lu fond , à droite. — S'tMUj.ol ni plcurinl, U t«te
diu »e* nuiu.) Albone! Albone!
ALBONE, reUvAOt ion voile.
Galieno !
GALIENO, allaut à elle.
Albone!... vous ici?... (Lat prMM* Im mi».) Ah! toute une vie deboubeur tient dans cette minute de joie que Dieu nie donne! Ah ! laissez!... laissez-moi vous bénir, laissez- moi vous regarder, laissez, laissez!
ALBONE, gravriBunl.
Eh bien! oui, regardez moi... regardez-moi bien en face un moment !
GALIENO, d'un» roi* fHiirtioc.
Ah! celle pâleur!... Ah! ne me parlez pas, vous allez dissiper mon rêve, vous allez détruire mon bonheur!
ALBONE, (HKianl.
Vous êtes-vous jamais dit, — en ce moment, par exemple, — que je pouvais acheter le bonheur par une faiblesse, ma liberté par une honte, votre amour par un crime?
GALIENO.
Non, jamais !
ALBONE, Ui teiKUui U nain.
Vous n'avez pas douté de moi, merci !
GALIENO.
Vous me faites trembler, Albone, vos regards m'inquièlent, votre air m'épouvante!
ALBONE.
Je suis fiancée à Kabriano !
GALIENO.
. Je le sois!
ALBONE.
Mon père veut me marier dans huit jours!
GALIENO.
Je le sais!
ALBONE.
Et à celte condition il vous sauverait peut-être ! — Mais je ne me sens pas le courage de vivre au prix de mon bonheur, ni de conjurer votre mort au pris d'une honte!
Ah! noble enfant!
GALIENO,
ALBONE.
Oui, je vous condamne... Oui, je veux que vous mouriez... mais je viens mourir avec vous !
Vous?
ALBONE.
Serais-je ici sans cela?...
GALIENO.
Nous ne sommes pas responsables des haines du passé!
• ALBONE.
J’aurais pu vous dire : Venise est une marâtre, Venise nous inquiète, fuyons Venise!... mais la malédiction de mon père nous aurait suivis!... mais on ne fuit pas Venise, mon ami; ou y revient pour mourir comme Foscari, plutôt que de vivre ailleurs!... — Nous avons besoin de nos lagunes!... — D'ailleurs, U fuite
P our nous, ce n'est pas l'espérance, la liberté, le bonheur, c’est exil, la terreur, la persécution... ce ne serait pas l’abandon dans l'oubli, ce serait l’inquiétude dans le soupçon, caria main des Dix s'étendrait incessamment à travers l'Adriatique et le monde pour nous saisir... car leur ombre serait là, encore là, sans cesse et toujours, et glacerait nos pensées! — a» c»Uom.) Tu ne peux pas vouloir de cette vie! — Alors mourons !... mourons eu bénissant la destinée qui nous permet de mourir jeunes, mais heureux; airnés, mais purs; condamnés, mais insoucieux de la vie et jaloux de la mort qui nous sourit comme à deux anges égarés!
GALIENO.
Ah! tais-toiî tais-toi!
ALBONE, co-limani.
Je ne te demande pas de me tuer, lu n’en aurais ni le courage ni la volonté. — Ceia se comprend! — Mais, tiens, voici du poison!
GALIENO, la rep*u*eial.
Ah!
ALBONE.
Oh! ne tremble pas, car tu ne. peux trembler que pour moi !... Ce n’est pas la mort, c’est lu délivrance, c'est le lien invisible de nos deux âmes, ce sont les seules fiançailles qu’on nous ait laissées!... Oui, mourons!
GALIENO, » pari.
0 vertige ! 6 tentation !
ALBONE.
Tiens, regarde... nos deux existences tiennent dans ce nacon...
— Nos deux bonheurs dans une seule goutte de celle liqueur 1...
— En veux-tu ta part, dis?
G.VLIENO, »'« «nu eulutio* 6 ovr*u*r.
Eh bien, oui! ch bien, oui! fvranMi i« ou«n.) Donne! (il » s»wiie, — a pin.) Ah ! mon Dieu!... ai-je bien le droit d'accepter son sacrifice?...
Qu'ai lends-t ut
ALBONE.
GALIENO, h pari.
Mourir! elle! si jeune!
ALBONE.
Tu hésites, Galieno?
Je ne veux pas que tu meures, chère enfant.
ALBONE.
Rends-moi ce flacon !
GALIENO.
Non, lu dois vivre!
ALBONE.
Vivre?... et pour qui vivrai-je?... Est-ce pour Kabriano?
GALIENO, te l«n<Uut lui matin.
Oh!...
ALBONE.
Ah! répondez... répondez donc!...
CALIENO, UK effort, em
Oui, vivez!...
ALBOKB.
Eh bien! soit!
GALIENO, bhuit tomber u Ut* liant ici Riitt,
Vous in 'oublierez!
ALBONE.
L'oublier !... ah ! l’ingrat ! — (Allant i U«.)Ea aurais-je le temps seulement?... Mais tu ne vois doue pas que la vie m'échappe, que je me sens mourir, et que ma mère est morte de sa douleur, comme je mourrai de mon désespoir, moi !
Albone!... Albone!...
ALBONE.
Mais tu ne comprends donc pas que je sois condamnée, et
que je ne veux pas que tu vives si je meurs... car je suis jalouse?...
GALIENO, ae tétant.
Ah !...
ALBONE, te prenant par la b rai et le forçant 4 U rogbrèor.
Oui, jalouse!... — Oseras-tu vivre sans moi maintenant?
GALIENO.
Ah ! sainte et pure enfant!... — Eh bien! oui, mourons!... mourons comme d'autres vivent, le sourire aux lèvres et la jeunesse au front !... (muai «n* map* m la ubir.) Oh ! toi, coupe radieuse, ciselée par le Florentin... coupe de plaisir, coupe d’or, où ont pétillé les meilleurs vins... je te conue ce poison, pour cacher sa laideur dans ta beauté 1 (ta « mom-nt. •»■** i« fn*d.» K » D cbe, panlt Onrolo plie et défait : Caikoo rtrraal ta co«tp«.) A la mort !...
ALBONE, le ralanaat.
Non, moi d'abord 1... (Elle k aMt nir» Gullcno at la (allé, bat «a hl
pariant.) Je suis bien égoïste, n'est-ce pas, de te faire une torture de ma mort et de la tienne?... Mais que veux-tu?... je suis faible... j'ai peur... je ne pourrai pas te voir mourir! (lm .«rr»nt u ®a. n .) Adieu!... au revoir ! — Ne me regarde pas ! (timat u» y« »» •« ri«i kHit -a tenant h min de Mon Dieu! mon Dieu! pardonnez-
nous!
(EBa rt (xmr prendra U eoope ai recul* dorant Oraeota, qui a’eil traîné juaqa‘1
La Utile pèle, tm mobile et briié.)