‹ Les noces vénitiennes drame en cinq actesChapitre 79 sur 83 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

morosina, orseolo.

MOROSINA, ruinai.

C'est ici!... c'est bien ici! ( Aluni t«,»r.u-r a n r^ire.) Sa gondole ne parait pas encore! — Ah! voilà pourquoi ils m'ont fait I.Uhement enlever de Venise, et pourquoi l’on m'a retenu j prisonmêre à Padoue !... — C’est bien!

ORSEOLO, k part.

MOROSINA , loojoart A U fantlra.

Viens, Galieno, tu nie trouveras entre aile et toi, viens, viens!

ORSEOLO, «Usât * «lia.

Comment es-tu ici ?

MOROSINA.

Aii ! vous êtes aussi au rendez-vous?... on vous a sans doute averti de votre honte, comme on m’a prévenue de mon malheur?... Allons, nos deux vengeances n’en feront qu'une, c'est bien !

ORSEOLO

Que veux-tu dire?

MOROSINA.

Vous avez une fille charmante, et qui attache cavalièrement des échelles de soie 1a nuit et reçoit des galants, je vous eu préviens!

Ma fille?

ORSEOLO

MOROSINA.

Elle attend Faliero, elle attend son amont!

ORSEOLO, 1 put.

La laisser ainsi calomnier devant moi!

Et elle sortait du couvent, n'est-ce pas?

ORbKOLO, éclatant.

Ah! pas un mot de plus, c’est sa femmo !...

MOROSINA.

Sa femme?... Mariés?... eux?... — Tu mens!... tu veux sauvegarder ton orgueil et sauver ta dignité... Mais la lu me -contre les Falteri est une garantie pour moi... mais tu couperais ta main droite, si ta main droite pouvait se prêter à un serrement de main d un Faliero... Tu meus, te dis-je, tu mens!

ORSEOLO, J'K Lj'.itrur.

Albone Faliero, comtesse du Val-di-Marino, peut vous entendre, sortez ! “

morosina.

C'est donc vrai? — Ah! si c'était vrai! — Tiens, vieillard, regarde-moi bien en face avant de mentir!,.. Tu as voulu m'éprouver, n'est-ce pas?

ORSEOLO

Le mariage secret sera public ''"main... demain le primicier de Saiut-Marc l'annoncera aux ..dêtai assemblé?... demain Venise saura ce que j'ai voulu taire jusqu'ici!

MOROSINA, hii «min, ut le h* as.

Tais-toi donc! — Ah! cela est?— Cela est, mon Dieu! — et tu n’as pas hésité à me le dire?... et tu n'as pas craint de in 'écraser sous mon malheur?... Ah! ie primicier de Saint- Marc annoncera demain au peuple le mariage de Galieno Faliero, comte du Val-di-Marino, avec Albone, duchesse de Üaorlel... Eh bien! jo serai là, moi, Morosiua Morosjjii !

ORSEOLO

Tu le peux!

MOROSINA, (MM n élit .adr.«»rt i II fauta.

Galieno Faliero, comte du Val-di-Marino... Non, peuple, le capitaine Noir !

ORSEOLO, à part.

Ciel!

MOROSINA, tiWioiul.

Un gentilhomme vén il ien, un soldat, un sauveur... non, un haudit, un uscoque, un traître !...

ORSEOLO

Malheur !

MOROSINA, cnalinmal.

Le grand autel de Saint-Marc allumé pour lui... le clergé et

la noldesse à ses pieds,... Non : les cachots et les plombs pour le traitre... les deux colonnes pour le bandit!...

ORSEOLO

Tais-toi! tais-toi!

morosina.

Ah! tu ne menaces plus?.,. Ah! j’avais cette vengeance, et tu n’y as pas pentah.. et tu m'as laissée vivre. . et tu t'es contenté de me faire enlever pur des sbires et de me donner la ville «le Padoue pour prison! ...Mais on revient de l'exil, vieillard; mais ou s'échappe des prisons , tyran , et l’on se venge ! Adieu !

(b!I« fait an pa» poat Mrttir.j * ORSEOLO, l' mêlant.

Tu ne feras jnü» cela !

MOROSINA, raillant.

Non, je le verrai heureux dans les bras d’une autre!

ORSEOLO

Morosina!

MOROSINA. •

A demain, seigneur Orseolo, au grand autel de Saint-Mai cl

ORSEOLO

Eh bien! soit, vengeance pour vengeance!

MOROSINA.

Oh! tu prendras ma vie après si tu veux!

ORSEOLO

Ma vengeance sera de te voir descendre plus avant dans la honte et le t rime... de voir l'ombre de celui que tu auras perdu troubler ton repos et remplir ta vie de son dernier soupir et de sa dernière imprécation !

MOROSINA.

Que t'importe?

orseolo.

Ah! insensée!... Tu pouvais te relever par le sacrifice et l'amour dans le cœur d'un homme, tu pouvais te purifier par le dévouement, tu pouvais rester debout dans a pensée compte l’ange résolu et dévoué de su vie... lu veux qu'il te maudisse, tu es libre !

MOROSINA.

Ail!

ORSEOLO

N'y a-t-il donc que la vengeance en ce monde?... El de quel amour Fai mes- tu donc enfin, si tu ne peux le laisser vivre parce qu’il serait heureux sans toi? — Ah ! pauvre égoïste! — Ton amour ressemble à la haine. — Regarde-moi enfin... je me sens mourir d’heure en heure... je n'avais pas la force de parler tantôt, et je retrouve en ce moment toute mon énergie, car il s'agit du sauver ma fille en sauvant Faliero... ma fille à qui j'ai tout immolé, même ma haine contre cet homme! — Al»! je le hais plus que lu ne l'as jamais aimé !... Eh bien! pour ma lïllc, j’ai fait taire cette haine.. . pour elle j’ai souri à cet homme et je l’ai serré comme un fils sur mon cœur nu lieu de l'étouffer entre mes bras ! — Qu 'est-ce que ta jalousie à côté de ce sentiment farouche OUëje veux dominer et qui me dévore?... de ce pere qui pardonne des lo\ rc» et qui repousse du cœur. . . de ce vieillard qui va bientôt mourir et qui n 'osera même (tas regarder ses enfants de peur de les maudire en mourant 9 ... Ce n’est pus tout! — Et « ils sont là, tous deux à nies côtés, s'ils mî pressent à mon chevet de mort, s’ils s’obstinent à mon agonie, pour pouvoir bénir ma fille, je serai contraint de Wnir aussi cet homme !... Encore une fois, qu'est ce que ta jalousie à côté de cela ?

MOROSINA.

Ah ! plains-moi !

ORSEOLO

Je veux que tu te réhabilites par la douleur comme je me suis purifié par la souffrance. Allons, relève-toi à l’élévation de ton sacrifice, fortifie* toi h la force de ton dévouement. — N'est*co rien, apres tout, que de se savoir une place bénie dans le cœur de ceux que nous avons aimés?

MOROSINA.

Ah ! qu 'oses-tu me demander?... qu’oscs-tu espérer de moi?

orseolo.

Nos fautes et nos crimes disparaîtront devant cette abnégation de nous-mêmes. Nous les aurons pour défenseurs devant Dieu, toi, ta jalousie dominée, moi, ma haine domptée. — (Lui lesdjnk n nu.u.) Veux-tu souffrir, veux-tu mourir comme moi?

MOROSINA, loi Rrruaul I* mais.

Oui! (s* uittint t.iM.i»r «r un fauteuil.) Ah ! pourquoi ne suis-je pas morte plus tôt !

ORSEOLO, k part, «a cacardant ducAO d* I* Irai Ire.

Ah ! (a Morouoa, itn daucrur.) Viens, Morosina, sortons d’ici 1

MOROSINA, frlcaat U lAU.

Ma présence est une profanation, n’est-cc pas?

ORSEOLO, lui piaaMtlt num.

Du courage, «a gondole approche 1

ALBONÊ.

MOaOSIN A, le levant.

Lui! — (Allant A U («Aire.) Ah! COUIIUâ il se tiAte ! — cette même mer le porte vers une uutre comme elle l'a conduit vers moi! — Ah! mon Dieu!

ORSEOLO

Viens!

MOROSINA.

Oui, oui! — (a part.) Et ma rivale qui l'aliend!

ORSEOLO

11 aborde, viens, viens!

. MOROSINA, A part.

I^s laisser seuls! — (a oiw»i««.) Comprends-tu tonie la folie de mon sacrifice, toi? — (a«« éc»i*m«ai.j Voir toutes les portes se refermer sur lui, et toutes les lumières» éteindre l’une apres l’autre, la dernière aussi, celle qui trahit la chambre secrète... Voir cela... et ne pas se briser la tête contre les murs, et ne pas rugir comme la lionne blessée, trop faible pour la douleur et trop forte pouf la mort... Ah ! c’est impossible !...

ORSEOLO, suppliant.

Morosina!...

morosina.

Non!... donne-moi ce poignard!

(Elle lai artacba «on poignard et pwæ A gaoebe.)

ORSEOLO, voulant reprendre l'arme.

Ah!

MOROSINA.

Il monte, dis-tu? — Eh bien, qu’il uumtc... l'échelle est de soie et celte dague est tranchante!

ORSEOLO

Malheureuse!

MOROSINA, B»« une colore aourde.

Il monte l'imprudent, connue si une femme trahie ne pouvait pas être là pour le foudroyer dans son bonheur !

ORSEOLO, tn plaçant entra elle et la (rntlrv.

Ah! tu vas tuer ma fille, en le tuant, — moi d'abord!...

MOROSINA, d'une enta menaçante.

Ah! prends garde, vieillard!

ORSEOLO

Frappe, si tu l'oses!

MOROSINA.

Ah! lu veux le sauver?... Eh bien, sauve-le... c’est son père qui a tué ton fils I

ORSEOLO

Qii’us-tii dit?... son père?... l’assassin de Giuppo?... non, je ne te crois pas !

MOROSINA.

Sur la tombe de ma mère et sur Dieu, je te le jure !

ORSEOLO, la po«Naal «ru la Irnétr*.

Alors, va !

MOROSINA.

Eteins celle lampe... je ne veux pas voir mon crime! (eii* «a ww ta fenrtre rt recale awMtAt.} Ah!... u a regardé de ce côté!... il m’a reconnue, peut-être!

ORSEOLO, a'ameyanl accablé.

C'est Dieu qui l’a voulu !

MOROSINA, i part.

Il aurait le temps de me maudire en tombant!... n’importe!...* (a Ormnio. | Tu m’ordonnes de frapper, j’obéis!... (s'arrêtant <i« Boniran.) Ah ! je ne pourrai jamais ... . non, jamais, jamais!

(En ce moment, Galieno parait a la troùlre.)

Page 1