SCÈNE VII
ORSEOLO, RASPO.
ORSBOLO, uiltael Attone de* Jreut.
La fée des lagunes, comme disent les gondoliers... — Oui, une fée... car avec la baguette d'or de sa volonté, elle fait du vieux lion un chien soumis et rampant ! (a R**po.) Que tiens-tu là?
KASPO.
C'est le rapport d’un accident arrivé ce matin dans la (iindecca. En traversant le canal, la gondole de .Morosina s’est brisée en se jetant sons une felouque. Le malheur s'est arrêté là. On a repêché l'équipage.
ORSEOLO, chairlual.
Morosina... Morosini?...
RASPO.
Oui.VoIre Excellence. Je vous en ai souvent parlé; — ou plutôt elle (ait parler d’elle. C’est une femme d'esprit ; — adroite, hardie, sans principes. Elle a dissipé sa fortune clans les plaisirs et dans le jeu, et trahie insoucieusement son nom, un de* plus grands nom* vénitiens, dans les plus sales orgies de Venise.
ohseolo.
J'y suis.
RASPO. .
Du reste, une beauté entraînante. C'est même le charme toutpuissant qu'elle exerce autour d'elle qui l’a enivrée et l a poussée si avant dans l’abimc.
ORSEOLO
Tu peux t'éloigner. — Qu 'attends-tu?
RASPO.
Votre Excellence n'a pas d’ordres à me donner?..;
ORSEOLO
Non.
RASPO, m rapprochant.
Pas même contre le général?
ORSBOLO.
Le général?... Pourquoi lui plutôt qu'un autre?
U A S P u , prual tnr tri n,»U.
C’est un homme heureux ; — un homme à qui tout réussit. — Qu’en dit Votre Excellence?
Il est dévoué à l'Etat.
Oui.
Fidèle.
Oui.
Soumis aux Dix.
Oui.
ORSEOI.O.
RASPO.
ORSEOLO
RASPO.
ORSEOLO
RASPO.
(PauM.)
ORSEOLO
Qu’elle est ta pensée ?
RASPO.
J’ai vu deux fois ce jeune honune : une fois en face du palais désert des Falieri, immobile et rêvant; — il faisait nuit. — Une autre fois accoudé à l'escalier des Géants, attendri et pleurant; — il faisait encore nuit.
Et qu'as-tu conclu de cela?
RASPO.
J’ai conclu qu’uu soldat de fortune qui rêve les nuit» devant le
palais où est né Marino Faliero, et qui pleure accoudé à l'escalier des Géants, élevé sur la place où est mort Marino Faliero, que ce soldat de fortune pouvait bien ne pas être un aventurier, puisque le passé le remue ainsi.
ORSEOLO
, J’y penserai. — Tu m'as dit que Morosina était ruinée?
RASPO/
Il ne lui reste plus que sa beauté.
ORSEOLO
Elle songe à reconstruire sa fortune?
RASPO.
Elle doit y songer... ne fût-ce que pour se ruiner de nouveau.
orseolo. •
C'est juste. (Brui* de Toi» *■ deborO Quel est ce bruitî — Une voix de femme?... (vi'tMat.) Je n'y suis pour personne!
MOROSINA, entrant.
Mon Ksina exceptée, seigneur Orscolo! (s'iadu»»!.) Je l’espère, du moins!
. (Ra>po tort aur u u ligne d'Onoolo.)