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C’est un âne qui crie... »
A la Nativité
Chantons, je vous supplie.
NOEL VI
si’ R l’air : Dam notre village
Est-ce ici le Maître De tout l’Univers?
11 faut voir bien clair Pour, du premier coup, reconnaître Le Dieu de Jacob Fait tout comme nous.
Sa bonté l’amène En masque nous voir.
Les grands quelquefois En masque à minuit se promènent , Par devers le temps De carême-entrant.
Mais tout partout courent Les masques en sûreté;
Il sont respectés
Dans tous les quartiers où ils se fourrent Au lieu que Jésus Sera mal reçu.
Les Juifs, ces fantasques, Ces maudits bourreaux ,
Su sai prôve péà
Fraiperon san respai du masque :
Ma létreite einjor Airon lote tor.
An autre équipaige Ai le revoiron.
Je lés antandron Grincé lé dan de maule-raige,
Et no, graiceai Dei ,
Je diron : Noei !
NOEI VII
sc l'a R : Sommet-naui pat bien heureux
Ein jor lai-hau Dei le Fi , Ansin que po lai lucane De tôte par ai luzane,
Su Nazarai s’éréti.
Ai vi lai Vierge Mairie, Fillôte de quatoze an , Frôche corne an lai prairie Lai viôlaite au printam.
Lai Pucelle néto pa De cé vivre qui vo beüille ; Elle boissô lé deuz eüille , Et ne marché qu’an compt.
Prié c’étô sai besogne;
Elle en fezè son plaizi ,
Sur sa pauvre peau Frapperont sans respect du masque ; Mais les traîtres un jour Auront leur tour.
En autre équipage Ils le reverront.
Nous les entendrons Grincer les dents de male-rage,
Et nous, grâce à Dieu,
Nous dirons : Noël 1
NOEL VII
sur l’air : Sommet-nous pat bien heureux?
Un jour là-haut Dieu le Fils , Pendant que par la lucarne De toutes parts il regarde,
Sur Nazareth s’arrêta.
Il vit la Vierge Marie,
Fillette de quatorze ans ,
Fraîche comme en la prairie La violette au printemps.
La Pucelle n’était pas
De ces effrontées qui vous regardent;
Elle baissait les deux yeux ,
Et ne marchait qu’en compas.
Prier c’était sa besogne;
Elle en faisait son plaisir,
Et bailloo ai sai quelogne Le réste de son loizi .
Dei le Fi , se récôdan Quel aivô dessein de parre Ene Meire su lai tarre Depeù lai cheùte d’Adam , Trôvi lai Vierge si daigne De li baillé dan le brei Ai cheulai dan sai tetaigne, Qu’ai jeti son plom su lei.
Echaufai de son aimor,
Su l’heure moimeai prôpôse Ai Dei son Peire lai chôse,
An li tenan ce discor :
« Peire, i vai , si bon vo sanne.
Parre éne Meire ai mon grai ; Ç’à lai Fille de daime Anne, Mairion de Nazarai. »
Le Peire , lai dessu , di :
« I seù d’aicor du mysteire; Elle devarré tai Meire,
Le Saint-Espri son Mairi.
Ai fanne qui sô pu saige On ne peu le mairiai.
Vite, don , po le messaige Fezon veni Gabriai. »
Quan de tô le tu-autam L’Ainge u bé rampli sai tête,
Et donnait à sa quenouille Le reste de son loisir.
Dieu le Fils, se rappelant Qu’il avait dessein de prendre Une Mère sur la terre Depuis la chute d’Adam ,
Trouva la Vierge si digne De lui donner dans le berceau A boire dans sa mamelle,
Qu’il jeta son plomb sur elle.
Echauffé de son amour,
Sur l’heure même il propose A Dieu son Père la chose,
En lui tenant ce discours:
« Père, je vais, si bon vous semble, Prendre une Mère à mon gré ;
C’est la Fille de dame Anne, Marion de Nazareth. »
Le Père, là-dessus, dit:
« Je suis d’accord du mystère ;
Elle deviendra ta mère,
Le Saint-Esprit son Mari.
A femme qui soit plus sage On ne peut le marier.
Vite, donc , pour le message Faisons venir Gabriel. »
Quand de tout le Tu autem L’Ange eut bien rempli sa tête,
LA MONNOTE.
Ai prin sés aile dé fête,
Et vôli come le van Devé lai Vierge (liscraite,
Qui prié devan son feù ,
Dan lai chambre qu’ai Loraite On montre ancor aujodeù.
Po lai fenêtre el antri ,
Et peu de queique distance Ai li fi lai révérance;
Car el été bén épri :
« Dei vo gar, mai chère aimie, Dit-i d’éne douce vol ,
Béni so le Fru de vie Que vos airé dan neu moi. »
Mairie, antandan celai ,
Se trôbli tan , qu’au areire Elle an chesi su sai cheire, Qui de foteùgne été lai ;
Elle grullc, elle tressüe, Rougi, blaimi, s’étodi;
Anfin, s’étan requeùnuë, Prein coraige et répondi :
« De quei fru me palé vo?
Je prétan meuri pucelle ;
Vo mêlai baillerein belle; Monsieu , si je vo croyô :
Vo me senongé bissétre.
Je seù prômise, el à vrai ;
Il prit ses ailes de fête,
Et vola comme le vent Devers la Vierge discrète Qui priait devant son feu ,
Dans la chambre qu’à Loretto On montre encore aujourd’hui.
Par la fenêtre il entra ,
Et puis de quelque distance Il lui fit la révérence;
Car il était bien appris :
« Dieu vous garde, ma chère amie, Dit-il d’une douce voix ;
Béni soit le Fruit de vie
Que vous aurez dans neuf mois. »
Marie, entendant cela ,
Se troubla tant, qu’en arrière Elle en tomba sur sa chaise.
Qui par hasard était là ;
Elle tremble, elle sue,
Rougit, blêmit, s’étourdit:
Enfin, s’étant reconuue,
Prit courage et répondit :
« De quel fruit me parlez-vous?
Je prétends mourir pucelle ;
Vous me la donneriez belle.
Monsieur, si je vous croyais :
Vous me présagez malheur.
Je suis promise, il est vrai ;
Ma saiché que ç’à por être Sœur et non faune ai Jôzai. »
L’Ainge di : « Je ne vén pa Ici vo contai dé faule.
Tô se peu quan Dei s’an maule ; Or, ai s’an maule an ce cà.
N’ain pô d’aucun maulancombre, Laissé faire au Saint-Espri ; L’anvelôpe de son ombre Vo bôtré })én ai l’aibri.
« Ein example tô nôveà De lai Pussance divaigne Eclaite an vote couzaigne,
Vote couzaigne Izaibeâ;
Vo saivé que, tôjor braime,
Elle passe cinquante an ;
Vêlai potan que lai daime A grosse d’ein bel anfan. »
L’Ainge échevan ce prûpô,
Mairie, étrainge morvaille !
An concevi po l’oraille Le Fi de Dei tô d’un cô.
Sés antraille fremissire Du Varbe au dedan logé,
Et dan troi moi quemancire Ai santi l’Anfan rogé.
S’ai ne se feusse évizai De veni , boissan d'étaige,
Mais sachez que c’est pour être Sœur et non femme à Joseph. »
L’Ange dit : « Je ne viens pas Ici vous conter des fables.
Tout se peut quand Dieu s’en mêle ; Or, il s’en mêle en ce cas.
N’ayez peur d’aucun obstacle.
Laissez faire au Saint-Esprit ; L’enveloppe de son ombre Vous mettra bien à l’abri.
« Un exemple tout nouveau De la Puissance divine Eclate en votre cousine,
Votre cousine Elisabeth.
Vous savez que, toujours stérile, Elle passe cinquante ans ;
Voilà pourtant que la dame Est grosse d’un bel enfant. »
L’Ange achevant ce propos ,
Marie, étrange merveille !
En conçut par l’oreille Le Fils de Dieu tout d’un coup.
Ses entrailles frémirent Du Verbe au dedans logé,
Et dans trois mois commencèrent A sentir l’Enfant remuer.
S’il ne se fût avisé De venir , baissant d’étage,
Se coeiffai de note imaige,
Je serein tretô vezai.
Chantons-an Noei , mé fraire,
An mille et mille faiçon :
Faute de pôvoi meù faire Poyon du moin an chanson.
NOEI vm
$v l’a* : Peut on voir dan i noire couvent ?
Hai , mon Dieu ! quei tarn maulaidroi 1 Que de noge és étoi Quan vo no vené voi !
Le manteà de char huméne Don vo vos été eouvar N’é que trô po no fredéne Ici sôfar,
Parcé dé bruéne D'ein cruel hyvar.
Vo peuvein dessu le velor,
Roi d’éne nôbje cos,
Vos éclôre au gran jor.
Contan de vote cabine ,
De vote brei varmôlu ,
De vote beu , de vote àne ,
Humble grelu ,
Ni porpre , ni pane Vo n’aivé velu.
Se coiffer de notre image,
Nous serions tous perdus.
Chantons-en Noël , mes frères , En mille et mille façons :
Faute de pouvoir mieux faire.
Payons du moins en chansons.
NOEL vm
su» l'air : Peut-on voir dont notre couvent ?
Hé, mon Dieu! quel temps maladroit Que de neige sur les toits Quand vous nous venez voir !
Le manteau de chair humaine Dont vous vous êtes couvert N’a que trop pour nos fredaines Ici souffert ,
Percé des bruines D’un cruel hiver..
Vous pouviez sur le velours,
Roi d’une noble cour,
Vous éclore au grand jour.
Content de votre cabane,
De votre berceau vermoulu ,
De votre bœuf, de votre âne ,
Humble pauvret,
Ni pourpre , ni panne ,
Vous n’avez voulu.
LA MONNOVE.
Vo laissé l’or et le brôcar r Lai pompe , lé grans ar E millor , é richar ;
Vo Io laissé lé déglice ,
Lé jeù , lé ri , les ébai ;
Ma vo lo laissé lo vice ,
Lo làchetai ,
Tôte lo maglice,
Los igniquitai.
Cé vauran , cé poteguignon ,
De treuffe , de pignon S’échaufe le rognon.
Du san du peuple ai s’angraisse ; Por eu côle lé bon vin ;
Ai son tôjor ai Tai chaisse Su le voisin ,
Et dan lo môlaisse Peurisse ai lai (in .
Àmbrenai de mille défau ,
Treite , glôton , ribau ,
Fezeu de contrà fau ,
Je lé plain bé daivantaige Que vo , qui grullé de froi ,
Qui sôfré de bon coraige Lai faim , lai soi ,
Qui , chargé d’ôtraige , Meuré su lai Croi.
Vos aivé de l’home , el à vrai ,
Vous laissez l’or et le brocart ,
Les pompes , les grands airs Aux milords , aux richards ;
Vous leur laissez les délices,
Les jeux , les ris , les ébats ;
Mais vous leur laissez leurs vices , Leur lâcheté ,
Toute leur malice,
Leurs iniquités.
Ces vauriens , ces porte-guignon , De truffes , de pignons , S’échauffent le rognon.
Du sang du peuple ils s’engraissent ; Pour eux coulent les bons vins ;
Ils sont toujours à la chasse Sur le voisin ,
Et dans leur mollesse Pourrissent à la fin.
Embrenés de mille défauts , Traîtres, gloutons, ribauds, Faiseurs de contrats faux ,
Je les plains bien davantage Que vous , qui tremblez de froid , Qui souffrez de bon courage
Vous avez de l’homme , il est vrai ,
La faim, la soif,
Qui , chargé d’outrages, Mourez sur la Croix.
Le vizaige , lé trai ,
Lé pié, lé main, lé brai.
Come lu , pousseire et çarre , Vo tôssé, mouché, craiché; Vote cœu si bon, si tarre,
Po lu tôché ,
An é velu parre Tô, hor le peiché.
Toi , cheti rejeton d'Adam , Mire-toi , j’y consan ,
Dan té pleume de pan ; Rouge , vade, jaune , et bleue , Elle sanne ein arcancié :
Au sôlô tu fai lai reuë ;
Ma , quei pidié !
Quan tu voi tai queue D’ôbliai té pié !
Ai Noëi tu fai ton bonjor,
Ma rom-tu san retor Aivô té fôle aimor ?
Nainin , lai char a côqueigne.
Tu ressanne cé caiman Que no Lochevin conteigne Troi jor duran ,
Et peù qui reveignc Pu for que devan.
Le visage , les traits ,
Les pieds , les mains , les bras.
Comme lui , poussière et cendre , •Vous toussez, mouchez, crachez; Votre coeur si bon , si tendre , Pour lui touché ,
En a voulu prendre Tout , hors le péché.
Toi, chétif rejeton d’Adam, Mire-toi , j’y consens,
Dans ta plume de paon ; Rouge, verte, jaune, et bleue , Elle semble un arc-en-ciel :
Au soleil tu fais la roue ,
Mais, quelle pitié!
Quand tu vois ta queue D’oublier tes pieds !
A Noël tu fais ton bonjour,
Mais romps-tu sans retpur
Avec tes folles amours?
Nenni : la chair est coquine.
Tu ressembles à ces gueux Que nos Lèche-vins contiennent ( échevins ) Trois jours durant.
Et puis qui reviennent Plus forts que devant.
NOEI IX
si' l’ar DC viKLXEU : Je tut t la plut contente, elç.
Le curé de Pleumeire Dizô , lai fleùte en main :
« Chanton , borgei , borgeire , J’airon Noei demain :
Rôbeigne ,
Lubeigne ,
Bereigne,
Ligei ,
Chanton té : Noci , Noei !
u Jésu vén , camarade , Jésu de Nazarai ;
Faite po lu gambade , Pendan que je dirai :
Rôbeigne , Lubeigne, Bereigne ,
Ligei ,
Chanton tô : Noei , Noei !
f 'iï ' r ." «•
« Si dan sai creiche ai crie , Mau-vetu , mau-buc ,
Veci mai chailemie ,
Je n’airain qu’ai jué :
Rôbeigne,
Lubeigne,
NOEL IX
sua l’air du vielleur : Je tuii la plut contente,
Le Curé de Plombière Disait , la flûte en main :
« Chantons, bergers, bergères, Nous aurons Noël demain :
Eobine ,
Lubine ,
Bénigne ,
Léger,
Chantons tous : Noël , Noël !
« Jésus vient, camarades,
Jésus de Nazareth ;
Faites pour lui gambades , Pendant que je dirai :
Robine ,
Lubine ,
Bénigne ,
Léger,
Chantons tous : Noël , Noël !
« Si dans sa crèche il cric , Mal vêtu , mal blanchi ,
Voici ma flûte champêtre ,
Je n'aurai qu’à jouer ;
, Robine ,
Lubine ,
Bereigne,
Ligei ,
Chanton tô : Noei , Noei !
« San failli d’éne nôte ,
Tantô su le basson ,
Tantô su lai muzôte Je mettrai lai chanson :
Rôbeigne ,
Lubeigne,
Bereigne,
Ligei ,
Chanton tô : Noei , Noei !
« Je subie ein marie an caige , Po réjoui l’Ànfan ,
Qui dan troi jor, je gaige , Diré tô fuamman :
Rôbeigne ,
Lubeigne ,
Bereigne ,
Ligei,
Chanton tô : Noei , Noei !
« Je n’ai gade d’épàrre Ai dire ai més ozeà Dé pairôle de quàrre Maiquereà, coupau; ma:
Rôbeigne ,
Lubeigne,
Bereigne ,
Bénigne ,
Léger,
Chantons tous : Noël, Noël I
a Sans foillir d’une note ,
Tantôt sur le basson ,
Tantôt sur la musette Je mettrai la chanson : .
Robine ,
Lubine ,
Bénigne ,
Léger,
Chantons tous : Noël , Noël !
« Je siffle un merle en cage Pour réjouir l’enfant Qui", dans trois jours, je gage, Dira tout couramment :
Robine,. ,
Lubine, .fsiîi'
Bénigne i.
Léger,
Chantons tous : Noël , Noël !
a Je n'ai garde d’apprendre A dire à mes oiseaux Des paroles de travers.
Maquereau , coucou ; mais :
Robine ,
Lubine, &
Bénigne,
Sâ
LA MON NOYE
Ligei ,
Chanton tô: Noei, Noei !
. " ^ ^ . . JfV, .... lV A }
« Je veu qu’an mon églize , Depeù lai Sain-Matin Jeusqu’ai Noëi , l’on dize Por antienne au lutrin :
Rôbeigne, t
Lubeigne,
Bereigne ,
Ligei ,
Chanton tô : Noei , Noei ! »
NOEI X
. * V ‘ ‘ Tj ■ ■ * A ■* f*
Si' l'âr : Quand te piril eil agréable.
Sôverain Moitre du tonarre,
Grand Dei ! que vos ain fai d’un mô
Le Cier, lai Leùgne, le Sôlô,
L’œuvre san dôte à rare.
r JI
mi —
Que vos ain , de mille et femelle,
Peuplai Par, lai tarre, lai mar,
An si jor bâti l’Univar,
L’euvresan dôte à belle.
HT
Ma po rebôtre l’home an gloire, Que vo-moime vos ain velu Vo faire home tô corne lu ,
C’a bén éne autre histoire.
Léger,
Chantons tous : Noël , Noël !
« Je veux qu’en mon église,
Depuis la Saint-Martin Jusqu’à Noël , on dise Pour antienne au lutrin :
Robine ,
Lubine ,
Bénigne ,
Léger,
Chantons tous : Noël , Noël ! a
NOEL X
ironisa * •.
sur l'air : Quand te péril eti agréable.
Souverain Maître du tonnerre ,
Grand Dieu ! que vous ayez fait d’un mot Le Ciel , la Lune, le Soleil ,
L’œuvre sans doute est rare.
Que vous ayez, de mâles et femelles, Peuplé l’air, la terre, la mer,
En six jours bâti l’Univers,
L’œuvre sans doute est belle.
Mais pour remettre l’homme en gloire, Que vous-même veus ayez voulu Vous faire homme tout comme lui ,
C’est bien une autre histoire.
LA MON NO YE
On ne sairô dan vos annale Trôvai de prôdige aussi gran,
Bé qu’on y trôve dé sarpan ,
Dés ànesse qui pale.
Au prei d’éne Meire pucelle,
Don vos été ici-bà soti ,
Adam de pousseire preti N’à qu’éne bagatelle.
Quei paciance ! un Dei qui teusse, Un Varbe qui ne pale pa ,
Ai qui l’on baille du papa ,
Qu'on rechainge, qu’on breusse !
Haila ! combé de chansenôte Lai pôvre Vierge vos é di ,
Por au maillô vos andormi Aipré vote papôte !
Aivô lé petite marmaille Ai siz an vo sôvené-vo Queman vo juein au bouchau ,
Vou ai lai cote- paille ;
Anfan , vo prinre no foiblesse;
An Croi , pu gran , vos é sôfar .
Àncor po qui ? po dé cafar,
Dé narquoi, dé drôlaisse.
Po dé gripe, dé brelandeire,
Po dé màchedru, dé truan ,
On ne saurait dans vos annales Trouver de prodige aussi grand ,
Bien qu’on y trouve des serpents ,
Desânesses qui parlent.
Au prix d’une Mère pueelle Dont vous êtes ici -bas sorti ,
Adam, de poussière pétri ,
N’est qu’une bagatelle.
Quelle patience ! un Dieu qui tète,
Un Verbe qui ne parle pas ,
A qui l’on donne de la bouillie,
Qu’on rechange, qu’on berce 1
Hélas ! combien de chansonnettes La pauvre Vierge vous a dites Pour au maillot vous endormir Après votre panade !
Avec les petites marmailles,
A six ans , vous souvenez-vous Comment vous jouiez à la cligne-musette Ou à la courte-paille?
Enfant, vous prîtes nos faiblesses;
En Croix , plus grand , vous avez souffert r Encore pour qui ? pour des cafards,
Des narquois, des drôlesses.
Pour des gripettes, des brelandières,
Pour des gourmands , des truands ,
Po dés bôquelles , dé vauran ,
Dé raice de vipeire.
Compté-no tretô, je vo prie ;
Je gaige qu’au ein milion Vo n’an trôvé pa troi de bon...
Lai belle lôterie !
C’à pei qu’antan, le cœur m’an saigne Le monde au vice àt échaiti.
Devein-vo po lu tan pàti ?
Ai n’an étô pa daigne.
Ai sanne, ai le voi si maussaige,
Que vo n’y sein venun jaimoi.
Vos y revarrein bé çan foi San gaigné daivantaige.
NOEI XI
*u l’ab : Réveillez-vout, belle endormi*.
Je n’ôblirai jaimoi le prône Que devé Noei , l’an passai ,
Note Curé Messire Antone No fi du Prôféte Élizai :
« Ce fu, no disô-t-i , mé fraire , Un Prôféte, ma dé pu gran ,
Çan miracle an éne heure ai faire Ne li coutein non pu que ran.
Pour des chicaneurs, des vauriens,
Des races de vipères.
Comptez-nous tous , je vous prie ;
Je gage qu’en un million Vous n’en trouvez pas trois de bons. . .
La belle loterie !
C’est pis que jamais, le cœur m’en saigne; Le monde au vice est affriandé.
Deviez-vous pour lui tant pâtir?
Il n’en était pas digne.
Il semble, à le voir si mal-sage,
Que vous n’y soyez venu jamais.
Vous y reviendriez bien cent fois Sans gagner davantage.
NOEL XI
sur i,’air : Réveillex-vout, belle endormie.
Je n’oublierai jamais le prône Que devers Noël , l’an passé,
Notre Curé Messire Antoine Nous fit du Prophète Élizée :
« Ce fut , nous disait-il , mes frères.
Un Prophète, mais des plus grands.
Cent miracles en une heure à faire Ne lui coûtaient non plus que rien.
« Lé ville an étein ébouïe.
Lé prince li fezein lai cor ;
Es éveugle ai baillô l’ouïe.
El airô fai voi clair ein sor.
« Au Mon-Carmai an grant aprousse Éne fanne ali le queri :
« Yené , fit-elle, ai lai récousse ;
« Mon prôve an fan vén de meuri. »
« — Pai ! couzé-vo , di le Prôféte ;
« Mon clar le tireré de lai ,
« An li bôtan dessu lai tête « Mon baton d’ormeà que vêlai. »
« — Vote clar gairirô pranture,
« Di lai fanne, ein peti bobo ;
« Ma por cne pairoille cure,
« Vené, ce n’à pas trô de vo. »
« El y fu don , et dan lai chambre Voù gizô le peti garçon ,
Ai trovi qu’el aivô lé mambre Deijai pu froique dé glaiçon.
« Ai varulle aussitô lai pote,
Et peù, mon tan dessu le lei ,
S’y récrepissi de tei sote Qu’ai devin pu cor d’ein quatei.
« Eüille contra eüille, paite ai paite, Lofre ai lofra su le peti,
« Les villes en étaient ébahies,
Les princes lui faisaient la cour;
Aux aveugles il donnait l’ouïe,
II aurait fait voir clair un sourd.
« Au Mont-Carmel , en grande hâte Une femme alla le chercher :
« Venez , fit-elle, à l’aide ;
« Mon pauvre enfant vient de mourir. »
« — Paix ! apaisez-vous, dit le Prophète; « Mon clerc le tirera de là,
« En lui mettant dessus la tête « Mon bâton d’ormeau que voilà. »
« — Votre clerc guérirait peut-être,
« Dit la femme, un petit bobo;
« Mais pour une pareille cure,
« Venez , ce n'est pas trop de vous. »
« Il y fut donc, et dans la chambre Où gisait le petit garçon,
II trouva qu’il avait les membres Déjà plus froids que des glaçons.
. « II verrouille aussitôt la porte,
Et puis, montant dessus le lit,
S’y raccroupit de telle sorte,
Qu’il devint plus court d’un quart.
« Œil contre œil , patte à patte,
Lèvre à lèvre sur le petit,
Pei su pei , san autre recette,
Ai fi si bé qu’ai l’échauffi.
« D’aibor l’anfan baaille , rebaaille , Cleignôte, grimôle, s’étan ,
Etarnuë , anfin se révaille,
' Se leuve, et charche sai mamman.
« Vêlai , dizô Messirc Antone, L’imaige du Varbe fai char.
Je vo vai , san beàcô de pone.
Montrai qu’ai n’à ran de si clar.
« Le garcenô qui ressuscite,
N’à-ce pas l’home tô craiché,
Que Jésu-Chri , po sé mérite,
Sauve de lai mor du peiché?
, V aiam-./t *k<5.aid'
« Le Sain Prôféte qui dévaule De lai cime du Mon-Carmai ,
Ç’à Jésu qui vén dan l’étaule,
Du hau du céleste Palai.
'(Tô jeuste ai lai taille anfantaigne Elizai se rétrecissi;
Po no lai Majestai divaigne Au moime éta se réboissi.
« Or, pansé quei fu l’aulegresse De voi l’anfan révigôtai !
No qui recevon moime graice,
J’an devon bé tretô chantai. »
Pied sur pied, sans autre recette,
Il fit si bien qu’il l'échauffa.
« D’abord l’enfant bâille, rebâille, Clignotte, grommelle, s’étend, Éternue, enfin se réveille,
Se lève et cherche sa maman.
« Voilà, disait Messire Antoine, L’image du Verbe fait chair.
Je vous vais, sans beaucoup de peine , Montrer qu’il n’est rien de si clair.
« Le petit garçon qui ressuscite, N’est-ce par l’homme tout craché.
Que Jésus-Christ , par ses mérites, Sauve de la mort du péché?
« Le Saint Prophète qui descend De la cime du Mont-Carmel ,
C’est Jésus qui vient dans l'étable,
Du haut du céleste Palais.
« Tout juste à la taille enfantine Élizée se* rétrécit ;
Pour nous la Majesté divine Au même état se rabaissa.
« Or, pensez quelle fut l’allégresse De voir l’enfant ravigoté !
Nous qui recevons même grâce, Nous en devons bien tous chanter. »
LA MOXNOYE.
Aidon , po bôtre an train sé fraire, Note bon Curé, tan qu’ai pu ,
Le fin premei quemance ai braire. . .
J’an fire tô autan que lu.
NOEI XIII
sc i.’ab : De Léandre.
Je ne sai voù ç’à que j’ai li Éne coutume de no peire.
Qui de Noei , ce m’àt aivi , Reprezante bé le misteire.
Le cà venan tôt ai propô.
Je vos an vai dire deu mô.
Quan po lé rue on conduzô Ai lai pôtance ein mizerable,
Qui , lai torphe ai lai main , fezô An cheminze aimande honorable, Veci , pô le tiré de lai ,
Quei fu lai môde an ce tam lai .
Si por aivanteure an chepiin , Éné fille aivô le coraige, Ambraissan le prôve côquin , D’an requeri le mairiaige ;
Éne tei demande ai l’instan Du licô sauvô le brigan.
Tô de moime si le licô Été por ène de cé fille,
Alors, pour mettre en train ses frères, Notre bon Curé, tant qu’il put ,
Le fin premier commence à braire...
Nous en fîmes tous autant que lui.
NOEL XIII
SI R l’air : De Uandre.
Je ne sais où c’est que j’ai lu Un coutume de nos pères,
Qui de Noël , ce m’est avis , Représente bien le mystère.
Le cas venant tout à propos,
Je vous en vais dire deux mots.
Quand par les rues on conduisait A la potence un misérable,
Qui , la torche à la main , faisait En chemise amende honorable,
Voici , pour le tirer de là ,
Quelle fut la mode en ce temps-là.
Si , par aventure en chemin ,
Une fille avait le courage,
Embrassant le pauvre coquin ,
D’en requérir le mariage,
Une telle demande à l’instant ,
Du licou sauvait le brigand .
Tout de même si le licou Était pour une de ces filles,
Qui tode ai los enfan le cô,
De pô de passai po gaudrille,
Un garçon qui lai requérô.
An l’épouzan lai délivré.
Bone jan , de vo-moirae, i croi , Vos antandé lai pairaibôle ;
Po lai forme ici tôtefoi Je serai le moitre d’écAle,
Et vo dirai lé si, lé cà,
Corne si vo n’antandein pa.
Cé jan don qu’on meune au gibai , Çà lai prAve naiture huméne,
An gnin daingé po sé inéfai De meuri corne éne villéne,
D’éne etrainge sote de mor,
Qui tuô l’àme aivA le cor.
Dei le Peire aivô contre lei Prononçai lai tarbe santance ; D’ôfice le Diale aivô jei An Anfar plantai lai pôtance :
Ç’an étô fai si Jésu-Chri Ne se feusse ôfar po mairi.
Por épozai l’humanitai Su tarre el é velu déçandre.
Je peuvon , graice ai sé bontai ,
No dire lô rècou de pandre. ' Chantons-an Noei bel et bé :
J’airein san lu chantai Salvé.
Qui tordent à leurs enfants le cou ,
De peur de passer pour débauchées, Un garçon qui la requérait ,
En l’épousant la délivrait.
Bonnes gens, de vous-mêmes, je crois, Vous entendez la parabole ;
Pour la forme ici toutefois Je serai le maître d’école ;
Et vous dirai les si , les cas ,
Comme si vous n'entendiez pas.
Ces gens donc qu’on mène au gibet, C’est la pauvre nature humaine,
En grand danger pour ses méfaits De mourir comme une vilaine,
D’une étrange sorte de mort.
Qui tus l’âme avec le corps.
Dieu le Père avait contre elle Prononcé la terrible sentence ; D’office le Diable avait déjà En Enfer planté la potence :
C’en était fait, si Jésus-Christ Ne se fût offert pour mari.
Pour épouser l’humanité Sur terre il a voulu descendre.
Nous pouvons, grâce à ses bontés, Nous dire tous sauvés de pendre.
Chantons-en Noël bel et bien :
Nous aurions sans hii chanté Saint.
noei xiu
*ü i.'ak : Si la cruelle te ril de mot.
Dialogue
us busse:, sa: fasse , la: susse
LE BORGEI
— Fanne , coraige.
Le Diale à mor ;
Aipré l’oraige J’on lé beà jor.
Dei pré d’ici repôze ammaillôtai Su lai frétillé;
Lés Ainge ai force de chantai S’an égozille;
Tôt an fremille.
• LAI FANNE.
— Çai ! mai gorgeire,
Mon jazeran,
Mai clarceleire.
Mon goudô blan !
Gai , marchon gai , tôjor gai ! N o pa pô Que je m’éréte ;
Je meur de voir ce garcenô.
Don no Proféte Fon tan de fête.
NOEL XIII
»i'R l'air : Si la cruelle te rit de moi.
Dialogue
1727 BSSaZS, SA rBSESSS, LA TISBSS
LE BERCEE.
— Femme, courage,
Le Diable est mort;
Après l’orage,
Nous avons les beaux jours.
Dieu , près d’ici , repose emmaillotté Sur la paille;
Les Auges, à force de chanter,
S’en égosillent;
Tout en retentit.