‹ Les noels bourguignons de Bernard de La MonnoyeChapitre 14 sur 75 · LA VIERGE · texte numérisé non relu

LA VIERGE

— Couple béni,

Le saint Enfant Vous remercie;

Il est content.

Ce n’est ni l’or, ni l’argent , croyez-moi ,

Qui l’affriandent :

Un grain de moutarde de foi ,

Voilà l’offrande Qu’il vous demande:

NOEI XIV

lal tonnrilon «le BliIMMt et «le eul, mb almln, faite vé ce sain tam

so l’ar : Quitte ta musette.

Vé Noei, Blaizôte,

Jaidi si joliôte ,

Vé Noei , Blaizôte (Come tô chainge anfm ! ), Yéille et cassée,

Bé confessée,

Prin lai pansée,

Por ein maitin ,

De rompre aivô Gui son aimin.

« Quitton, li fit-elle,

Le monde et sai sequelle, Quitton, li fit-elle,

Le monde san retor.

Le Fru de vie,

Né de Mairie,

Nos y convie Ai ce sain jor;

El à tam qu’ai sè le pu for.

« Devé lu , j’anraige, Véille, peute et maussaige, Devé lu , j’anreige De me tonai si tar.

NOEL XIV

pour la conversion de Blaizotte et de fini, son ami , faite vers ce saint temps.

sca l’air : Quitte ta muiettr.

Vers Noël , Blaizotte,

Jadis si joliette,

Vers Noël , Blaizotte,

(Comme tout change enfin ! )

Vieille et cassée,

Bien confessée,

Prit la pensée,

Par un matin ,

De rompre avec Gui, son ami.

« Quittons, lui fit-elle,

Le monde et sa séquelle ;

Quittons, lui fit-elle,

Le monde sans retour.

Le Fruit de vie,

Né de Marie,

Nous y convie

En ce saint jour ; •/

Il est temps qu’il soit le plus fort.

c Devers lui , j’enrage,

Vieille, laide et mal-sage,*

Devers lui, j’enrage , De me tourner si tard.

J’ai tor san dôte ;

Toi seul u tôte Lai meire-gôtt' ;

Lu , po sai par,

N’airé mazeù ran que le mar.

« Quant i me récode De no di, de no bode.

Quant i me récode De note trigori ;

J ’an ai tan d’onte,

■> Quejem’éponte

D’an randre conte ....

Fau-t-i meurt

L’ame noire et lé cheveu gri !

« Duran tan d’année Que tu m’é gouvanée, Duran tan d’année, Combé j’on fai lé fô !

An caichenôte.

Que depinçôte!

Que d’aimorôte !

Ha! ç’an à trô....

J’on de quoi gémi note sô.

« Au pié de lai Creiche , Pleuron , laivon no teiche, Au pié de lai Greiohe.

Prion le saint* Anian.

Le cœur san foin te, .

J'ai tort, sans doute ;

Toi seul eus toute La mère-goutte :

Lui , pour sa part ,

N’aura désormais rien que le marc.

« Quand je me souviens De nos dits , de nos bourdes ;

Quand je me souviens De notre désordre; '

J’en ai tant de honte Que je m’épouvante D’en rendre compte. . . .

Faut-il mourir

L’ftme noire et les cheveux gris !

« Durant tant d’années Que tu m’as gouvernée,

Durant tant d’années,

Combien nous avons fait les fous!

En cachette.

Que de pinceriesl Que de caresses !

Ah ! c’en est trop...

Nous avons de quoi gémir notre saoûl.

« Au pied de la Crèche,

Pleurons , lavons nos taches ,

Au pied de la Crèche ; - Prions le saint Enfant.

Le cœur sans feinte,

LA MOITNOYE.

Parcé de pointe,

Lé deu main jointe, Prion-le tan ,

Que de noir ai no rande blan .

« J’ai queique retaille, Qu’ai fau que je li baille, J’ai queique retaille, Prôpe ai l’ammaillôtai.

J’ai po sai Meire Queique jateire, Queique braisseire ; EtpoJôzai

Ton bôno qui m’à demeurai.

« Toi qui fai dé rime Que lai Roulôte estime, Toi qui fai dé rime, Ofre-li dé chanson.

Su lai pavàne,

Su lai bôcàne,

Son beu , son àne An danseron ;

Lu dormiré petétre au son. -

« Ai vén ai note eide, Profiton du remeide ;

Ai vén ai note eide, Aimin , sauve qui peu !

Mé jor s’anvôle,

Lé tén s’éeôle;

. . El pu J ('t/ai

Ton bi'mo qui m’à demeurai.

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Percé de pointes,

Les deux mains jointes , Prions-le tant,

Que de noirs il nous rende blancs.

« J’ai quelques retailles Qu’il faut que je lui donne; J’ai quelques retailles Propres à l’emmailloter.

J’ai pour sa Mère Quelques jarretières, Quelques brassières ;

Et pour Joseph Ton bonnet qui m’est resté !

« Toi qui fais des rimes Que la Roulotte estime;

Toi qui fais des rimes, Offre-lui des chansons.

Sur la pavane,

Sur la bocane,

Son bœuf, son âne,

En danseront ;

Lui dormira peut-être au son.

« Il vient à notre aide, Profitons du remède ;

Il vient à notre aide,

Ami, sauve qui peut!

Mes jours s'envolent ,

Les tiens s’écoulent ,

Songe ai ton rôle ,

Et que tô deu <■

Je son su le moime lizeu. »

Gui, don le cœur tarre Ne peuvô se déparre , Gui , don le cœur tarre Tenoo ancor au glu,

An fin Agnelle,

Su le môdelle De sai donzelle ,

[ Po son salu ,

Fi de nécessitai vatu ■

An réjoüissance

1 '■ D’éne tei repantance,

An réjoüissance Loüon le Fi de Dei.

•J Ç’k lai droiture;

Por moi , je jure ,

Et je rejure Mon grain de sei ,

Que j’an dirai tôjor Noei.

Songe à ton rôle,

Et que tous deux

Nous sommes sur le même penchant.

Gui , dont le cœur tendre Ne pouvait se déprendre,

Gui , dont le cœur tendre Tenait encore à la glu ,

En fin finale,

Sur le modèle De sa donzelle,

Pour son salut,

Fit de nécessité vertu.

En réjouissance D’une telle repentance.

En réjouissance Louons le Fils de Dieu.

C’est la droiture ;

Pour moi, je jure,

Et je rejure Mon grain de sel ,

Que j’en dirai toujours Noël.

l.A MONNOÏE.

NOEI XV

z.£ scsi cs raises

su l'ab : Loire la, laire Ian tire

Veci l’Aivan, chanton Noei.

Ain ce sain tam le Fi Dei Sor po no d’éne Vierge Meire.

Leire la , leire lan 1ère,

Leire la ,

Leire lanla ?

Dé Sôverain de Chretiantai Pu dé troi quar se son bôtai Po l’alai voi dan sai chaumeire.

Leire la , leire lan 1ère,

Leire la ,

Leire lanla !

Seugu d’éne épluante Cor, Loüi-Quatoze antre d’aibor,

Tôjor bé var por ein gran-peire.

Leire la , leire lan 1ère,

Leire la,

Leire lanla !

Le Roi d’Espaigne graiveman Béni le Nôveà Testaman ,

Et ran graice au Cier du mysteire.

NOEE XV

LS SCSI DES PSI3JCES

SL’R i.'aib : Luire la, laire tan 1ère.

Voici l’Âvent, chantons Noël.

En ce saint temps le Fils de Dieu Sort pour nous d’une Vierge Mère.

Laire la, laire Ian 1ère.

Laire la,

Laire lanla !

Des Souverains de Chrétienté Plus de trois quarts se sont bottés Pour l'aller voir dans sa chaumière.

Laire la , laire lan 1ère,

Laire la ,

Laire lanla !

Suivi d’une éclatante Cour, Louis-Quatorze entre d’abord , Toujours bien vert pour un grand-pèr Laire la, laire lan 1ère,

Laire la,

Laire lanla !

Le roi d’Espagne gravement Bénit le Nouveau Testament ,

Et rend grâce au Ciel du mystère.

Leire la, leire lan 1ère,

Leire la , • •

Leire lanla!

Le Saîvoyar, an bon françoi , Redôble sés actes de foi *

Ma de foi qui n’à pu ligeire.

Leire la , leire lan 1ère,

Leire la ,

Leire lanla !

Jésu grulle, ai li fau du feù ; L’Àmpereu sôfle de son meù , Et ne fai que de lai femeire.

Leire la, leire lan 1ère,

Leire la,

Leire lanla !

Guillaume vén qui sôfle aussi , Et qui cueùde, quoique poussi , Qu’ai feré clairé lai fouleire.

Leire la , leire lan 1ère,

Leire la ,

Leire lanla !

Bé tô, por y chaufai lo doi , Danoi , Poulacre, Seuédoi , Quilteron , dit-i , lo taneire v Leire la , leire lan 1ère,

Leire la,

Leire lanla! ■>

Laire la, laire lan 1ère,

Laire la ,

Laire lanla !

Le Savoyard , en bon français , Redouble ses actes de foi ,

Mais de foi qui n’est plus légère.

Laire la, laire lan 1ère,

Laire la,

Laire lanla !

Jésus tremble, il lui faut du feu ; L’Empereur souffle de son mieux.

Et ne fait que de la fumée.

Laire la, laire lan 1ère,

Laire la,

Laire lanla !

Guillaume vient, qui souffle aussi, Et qui pense, quoique poussif,

Qu’il fera flamber la grand’flamme.

Laire la, laire lan 1ère,

Laire la ,

Laire lanla !

Bientôt, pour y chauffer leurs doigts Danois, Polonais, Suédois, Quitteront , dit-il , leurs tanières.

Laire la. laire lanière;

Laire la ,

Laire lanla !

8i ' LA MOPfNOYE.

Ai meune aivô lu po lai main Lés Hôlandoi sé bon aimin ,

Qui fomisse au feu lai maiteire.

Leire la , leire lan 1ère,

Leire la,

Leire lanla !

Son béà-fraire le roi Jaco Crie ai Jésu : « Méfié-vo De ce jüeu de gibeceire. »

Leire la , leire lan lére v Leire la ,

Leire lanla t

Jésu répon : « Yai , ne crain pa ; Guillaume dedan més Éta Ne feré jamoi de pousseire. »

Leire la , leire lan 1ère,

Leire la,

Leire lanla T

Que dire ici de Brandebor ?

Ç’àt ein Roi qui , bé jeune encor, N’à pa prô d’étre ai lai lizeire.

Leire la , leire lan 1ère,

Leire la ,

Leire lanla !

Je ne scerô dire non pu Ce que Moyanee é rézôlu , Côlogne, Traive, ni Baiveire.

Il mène avec lui par la main Les Hollandais ses bons amis,

Qui fournissent au feu la matière.

Laire la , laire lan 1ère,

Laire la .

Laire lanla !

Son beau-frère, le roi Jaques,

Crie à Jésus : « Méfiez-vous De ce joueur de gibecière. »

Laire la, laire lan 1ère,

Laire la,

Laire lanla !

Jésus répond: « Va, ne crains pas; Guillaume dans mes États Ne fera jamais de poussière. »

Laire la , laire lan 1ère,

Laire la ,

Laire lanla !

Que dire ici de Brandebourg?

C’est un Roi qui , bien jeune encor, N’est pas près d’étre à la lisière.

Laire la, laire lan 1ère,

Laire la ,

Laire lanla !

Je ne saurais dire non plus Ce que Mayence a résolu,

Cologne, Trêves, ni Bavière.

LA MONNOYL.

Leire la , leire lan 1ère,

Leire la ,

Leire lanla !

Ma je sai bé qu’au Portugoi Jésu diré : « Piarre, croi-moi,

Au foreâ laisse tairaipeire. »

Leire la , leire lan 1ère,

Leire la ,

Leire lanla!

Génoi, Flôrantin, Pantalon, Yorein bé, plian le genon ,

Ne pa déplié lai banneire.

Leire la, leire lan 1ère,

Leire la,

Leire lanla î

Lé Suisse grossiron le train De queicun dé Prince an chemin , Qui poiré lai dépanse enteire.

Leire la , leire lan 1ère,

. Leire la,

Leire lanla !

Cléman-Onze, é pié du Pôpon, Por ôbteni lai poi , dit-on ,

Se feré potai dans sai cheire.

Leire la, leire lan 1ère,

Leire la ,

Leire lanla !

Laire la , laire lan 1ère,

Laire la ,

Laire lanla !

Mais je sais bien qu’au Portugais Jésus dira: « Pierre , crois-moi,

Au fourreau laisse ta rapière. »

Laire la , laire lan 1ère,

Laire la ,

Laire lanla !

Génois, Florentins, Vénitiens, Voudraient bien ,, pliant le genou ,

Ne pas déployer la bannière.

Laire la , laire lan 1ère,

Laire la,

Laire lanla ! . • \ •

Les Suisses grossiront le train De quelqu’un des Princes en chemin , Qui paiera la dépense entière.

Laire la , laire lan 1ère,

Laire la ,

Laire lanla ! . •

Clément-Onze, aux pieds du Poupon , • Pour obtenir la paix , dit-on ,

Se fera porter dans sa chaise,

Laire la, laire lan 1ère,

Laire la,

Laire lanla ! ' x. '

LA MON NO YE

Ma j'ai bé pô que, tô fâché,

Po no pugni de no peiché, L’Anfan ne réponde au Sain-Peire « Leire la, leire lan 1ère,

Leire la,

Leire lanla ! »

NOEI XVI FRISES FO LSI FOX

su l’a» : De Jean de Vert.

Aujodeù que Noei devrô Régaudi no corée,

Hailà ! lai poi lon-tan po no A pranture antarrée:

L’Ampire at armai jeusqu’é dan; Ç’à pei que ce n’étô du tam De Jan de Var, de Jean de Var, De Jan de Var, de Jan de Var.

Porquei diantre ansin rélemai Le feù dessu lai tarre?

Lé jan son bén anvairimai De no rebôtre an garre.

Ne porron-je, come autrefoi ,

Au bô de Yincéne revoi Cé Jan de Var? cé Jan de Var?

Cé Jan de Var? cé Jan do Var?

Mais j’ai bufn peur que, tout fâché. * Pour nous punir de nos péchés, L’Enfant ne réponde au Saint-Père :

o Laire la , laire lan 1ère,

Laire la , '

Laire lanla ! »

NOEL XVI

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