IN MOT SIR LES NOELS MAÇONNAIS
Les Noels Mdconnais , ces chants naïfs , traduits ici pour la première fois, sont depuis longtemps introuvables dans leur province môme. Quoique populaires et dans toutes les mémoires d’alors, ils n’ont été imprimés que deux fois , dont une par les soins de leur auteur. — Les exemplaires se sont perdus ou détuits , et toute la région mâconnaise en attend une réimpression avec impatience.
Ces Noèls datent de 1720, et l’on en entendait encore, sous les chaumes des villages et jusque dans les églises , des couplets chantés vers 1830. Cent dix ans de populariré prouvent en leur faveur; les masses ne retiennent pas ainsi ce qui est mauvais.
Depuis l’époque de leur première publication , le dialecte méconnais a beaucoup varié, et même plusieurs des expressions conservées dans notre recueil ne sont plus guère comprises par les habitants actuels de la localité. Comme en bien d’autres endroits, hélas I tout s’y nivelle, tout s’y uniformise, et langage et costume, — ce costume national si pittoresque qu’on est séduit rien qu’à voir pointer sous ses ruisseaux de dentelles le petit chapeau de nos màconnaises, — tout va bientôt disparaître sous les envahissements de la mode, .qui s’inquiète peu de ce qu’elle défait, et ne cherche jamais à faire mieux , mais autrement.
LES NOELS MAÇONNAIS
Sib
Lé Noé moconnai ont été composés par l’abbé Lhuilier, originaire et curé de Fuissé, — qui nous apprend lui -même cè détail par le premier cou- • plet de son second Dialogue :
Saite-vou, compairc Thoine,
La Douvaile de çu pavi ?
Té ttetran Curai de Fouissi Que dessi, diomainne,
Que tray gran monsieu «on venu Per adourai le Bon Géau.
11 possédait et habitait un joli petit domaine dans cette paroisse, voisine de Mâcon.
L’auteur de ces Noèk avait en son cœur, à un degré remarquable, Vamor patriœ. Sa chère commune était tout pour lui, son petit monde, son univers, et c’est dans la plénitude de l’affection qu’il lui portait, qu’il entreprit de composer ses Dialogues, œuvre toute paternelle dans laquelle le pasteur descend avec habileté à l’idiome de ses ouailles , dont il veut rendre les pensées, et par là charmer les loisirs.
— Pour s’assurer de la sincérité de cette intention , il suffit de voir la partie du deuxième Dialogue contenant la nomenclature piquante des présents faits à la Sainte Famille par les Rois-Mages; c’est un cadre ingénieux où l’auteur a su faire entrer presque tous les noms des choses usuelles.... Voilà un des points de vue par lesquels les Noèls mâconnaie doivent être considérés comme très précieux.
Quoique l’esprit et le ton de ce recueil diffèrent essentiellement du ton et de l’esprit qui se re-
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marquent dans le recueil dijonnais, on trouverait cependant certains détails qui feraient voir que l’abbé Lhuilier avait étudié, ou au moins connaissait bien La Monnoye. Ce n’est pas qu’un parallèle puisse être établi entre les deux auteurs, quoiqu’ils aient, comme point de ressemblance, enveloppé chacun son œuvre du voile d’un pseudonyme. — La Monnoye, qui tient d’une manière si intime à sa localité par le langage, y tient moins par les idées. Son vol est élevé, et la porté philosophique de ses sujets généralise un peu ses Noèls. L’abbé Lhuilier, visant moins haut, tient au contraire à son endroit çt par le langage et par les idées ; il n’est pas allé au delà de la portée de ses naïfs paroissiens, dont il a , on ne peut mieux , reflété les mœurs calmes et les goûts simples.
Voilà pour le fond des deux livres; maintenant si nous passons à leur forme, nous verrons ceci :
La Monnoye, lui, n’a réuni ses Noèls par aucun lien entre eux ; chaque chant est isolé et parfaitement indépendant des autres. L’abbé Lhuilier, dont tout le recueil ne contient que trois grandes divisions, a groupé les siens en leur donnant pour ainsi dire l’allure de petites pièces dramatiques. Ce sont de longs Cantiques à personnages, avec des indications intercalaires de mise en scène, et dans lesquels se succèdent de nombreux Noèls sur des airs et des rhythmes variés. Bien certainement le bon curé, en composant ses Noèls mâconnais, avait en réminiscence, et peut-être en vue nos anciens Mystères, cet
LES NOELS MAÇONNAIS
essai primitif de notre théâtre, et il les a imités de loin, et tout à fait à l'usage des bons habitants de Fuissé.
. Il a si bien voulu approprier sa production dévotieuse à l’esprit de ses chers paysans , et rester dans le cercle limité de son intime voisinage, qu’il a usé largement du procédé habituel à presque tous ses confrères, et que l’anachronisme, cet élément constitutif du Noël, a pris grand soin d’y faire passer it Fuissé to\is les saints événements de la Naissance, de l’Adoration des Rois, du Massacre des Innooents , etc. C’est avec une telle couleur locale que tous ces faits sont transportés dans son village, contemporanéisés , et mis sous les yeux de ses braves auditeurs , qu’on se laisserait aller presque sans peine à penser que lui-même , le naïf auteur, a cru les voir se dérouler en les décrivant. — Il y a mis toute la conviction d’uue adorable bonhomie.
Tels qu’ils sont, ces Noëls ont une assez grande valeur, et par ce temps d’exhumations incessantes d’opuscules patois; maintenant que tous les idiômes, tous les dialectes de la France réunissent leurs richesses pour en former les éléments d’une histoire comparée de la langue française, cette édition, d’un travail où la linguistique a eu une grande part , ne peut qu’être utile en même temps qu’agréable.
Sans avoir l’importance ni la célébrité de ceux dont l’ancienne capitale de la Bourgogne est si fière, les Noëls Mâconnais viennent cependant avec on ne peut plus d’opportunité à la suite des Noëls Bour-
LHU1LIER.
guïgnont, et l’œuvre naïve de l’abbé Lhuilier est un riche appendice à l’œuvre malicieuse de La Mon- • noyé... le Parrain Bliaise complète heureusement Gui-Barôzai. (*)
F. FERTIAÜLT.
(*) Nous croyons inutile d’appeler de nouveau l'attention du lecteur sur notre système de traduction fidèle et mot 1 mot ; c’est absolument le même que pour les Noël s. Bourguignons , qui précédent. — Seulement, nous éprouvons le besoin de remercieriez, notre excellent ami et compatriote verdunois, l’abbé Glaneur, curé actuel de Fuissé, dont les gracieuses et savantes communications nous ont beaucoup aidé dans différentes parties de cette entreprise.. Par lui nous avons pu nous procurer des textes indispensables pour des comparaisons, et nous lui devons des éclaircissements sur plusieurs points obscurs de notre aride travail. Pour peu que nous ayons réussi, il lui en revient donc une part.
Nous ne terminerons pas cette Note sans remercier également deux autres de nos compatriotes, Et. Faivre, banquier, et J.-P. Abel Jeandel, médecin, tant pour les communications et renseignements divers que leur amitié a bien voulu nous transmettre, que pour certaines recherches et démarches faites de loin et dans lesquelles ils nous ont suppléé avec un zèle que le nôtre même n’aurait point dépassé. (Le dernier, qui se fera bientôt connaître comme historien de notre chère petite ville — Verdun-sur-le-Doubs, — s’est déjà, par différents travaux, placé au premier rang des laborieux érudits de la Bourgogne.)
l.i: l'.vun.us Ci.iaih
imaginant les trois épisodes do ses A 'oils ( faj;e SI 9.
&88 bawsba IS
mint bîaiæsïïs
■OCONMI,
ppe le Jop de woCr,
Où on vaï dé Bregi é dé Bregire, que chanton per ansain , an sen-alan é l’Etroblie de Beilejan.
Lé Presonoge son :
Benat , le vieû, e Demi , ton petit garson; é pi ya la clioda ,
Bliaisb,
Phelebar,
PlARRE,
Française, é Loaïsa ;
Toi net a, peticte Bregire, Guodena, ta peticte sœur, é pi le petie Coula , que va an chan.
— Ya pi ancA irai Ance.
( Ye don Benai, que ne pou p6 marchi , que rcveglie ù mitan de la neA son garson Déni , que drcmai bian fôr, an ri desan de brove façon : )
Premi ar : Sur un air champêtre.
Benay. '
Live-U don. Déni,
Men ami,
E live-li don vite ;
Pranjté marnire é ten abi ,
Avù ton devanti.
PSEZEIES DIALOGUE
MACONNOIS ,
poor le Jour de nroèl ,
Où l’on voit des Bergers et des Bergères, qui chantent ensemble, en s’en allant à l’Etable de Bethléem.
Les Personnages sont :
Benoit, le vieux, et Denis, son petit garçon ; et puis il y a (a Claude ,
Blaise ,
Philibert,
Pierre,
Françoise, et Louise ;
•Toinettk, petite Bergère,
CLACDÜ&, sa petite soeur,
et puis le petit Colas , qui va en
champ.
— Puis il y a encore trois anges.
( C'est donc Benoit qui ne peut pas marcher, qui réveille au milieu de la nuit son garçon Denis, qui dormait bien fort, en lui disant de belle façon .- )
Premier air : Sur un air champêtre.
BENOIT. t Lève-toi donc, Denis,
Mbn ami,
Et lève-toi donc vite;
Prends tes culottes et ton habit,
Avec ton tablier.
LKS NOELS MAÇONNAIS.
E petou,
Se I'd un pelion d’aimc.