‹ Les noels bourguignons de Bernard de La MonnoyeChapitre 74 sur 75 · F. PERT1AULT · texte numérisé non relu

F. PERT1AULT

EN BOURGOGNE

P. S. — Octobre 1857.

L’Étude qu’on vient de lire a été écrite en 1841. Elle ne contient guère qu’un coup d’œil rapide sur le côté pittoresque du Noël, tout en effleurant sa valeur littéraire.

Aujourd’hui que nous la relisons, nous la trouvons très incomplète, et, tout en reconnaissant qu’elle a assez bien saisi certaine face de son sujet, nous ne pourrions nous abstenir de constater qu’elle est coupable, dans les nuances, de quelques petites hérésies.

Depuis qu’elle a été publiée, le Chant populaire est sorti de ses langes, et les esprits les plus élevés se sont plu à signaler son importance. Nous-mème avons figuré, à nos heures, parmi ses préconisateurs les plus ardents, et surtout les plus sincères... C’est assez dire que, si nous récrivions ce Coup d’œil aujourd’hui, il s’y rencontrerait, sur la portée du Noël, une appréciation fort différente.

C’est précisément ce qui fait que nous le réimprimons sans y rien retoucher. Ce travail - n’eût-il demandé simplement que quelques corrections de mots, aussitôt nous les eussions entreprises; mais, pour l’élever à nos vues actuelles, il serait à peu près tout entier à refondre, et disparaîtrait, je le crains, sous les ratures. Or, comme plusieurs de nos amis de Bourgogne y tiennent, trouvant qu’il fait ressortir avec assez de relief la nature malicieuse, joviale et fine de l’esprit bourguignon, nous voulons conserver ce morceau, et notre système nous oblige à le conserver intact, parce que les teintes que nous y ajouterions maintenant pour le modifier jureraient sur les parties primitives que nous aurions à en laisser subsister.

COUP d’oeil SUR LES NOELS

II ne s'agit donc ici , pour nous , que de protester contre la légèreté de certaines appellations, que nous donnerions, à cette heure, beaucoup plus révérentieuses à nos Noëls, ces émanations d’une poésie primitive et dont la forme, parfois des plus intéressantes au point de vue de l’étude plastique, revêt un fond dont l’intérêt ne sera dépassé par aucune de nos poésies civilisées, c’est-à-dire détournées de leur source, presque sans sève , et fleuries artificiellement.

Un moment viendra, et il est proche, où les travaux que les spécialistes préparent sur la Poésie populaire, feront comprendre aux plus dédaigneux tout ce que le savant, rhistorien, le poète, le peintre, l’archéologue, le linguiste, etc., pourront trouver dans ces chants de structure simple et de naïve allure, dont tel couplet charme ou émeut plus que bien des pièces d’à-présent finies, ciselées et sonores.

Pour notre part, nous le désirons, ce moment, et l’attendons avec une vive impatience.

Nous l’entrevoyons comme une régénération, comme un nouveau baptême, dont plusieurs rameaux, très fleuris mais très déviés de notre bel arbre poétique, ont grand besoin.

Des tentatives sérieuses ont déjà été faites par des hommes d’un mérite reconnu, et, pour n’en citer qu’une, M. Thalès Bernard, dans son dernier volume de vers, nous a donné un magistral échantillon de ce que peut devenir la poésie habilement maniée et retrempée à ses sources originelles. — M. Joseph Boulmier, s’inspirant des vieux chants bretons , viendrait encore corroborer notre dire.

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