COUP D’OEIL SUR LES 50ELS
Un autre Noël , en racontant la même chose, dit •
Au consentement qu’ell’ donna.
Le Sainct-Esprit si bien ouvra,
Que, sans faire brisée,
Coaçeut , puis enfanta Jésus ce s te nuictèe.
Assurément, cette naïveté va nn peu trop loin.
Dans un autre, voici de quelle manière on rend compte de la réponse de Marie à l'ange annonciateur :
La Vierge ébahie De celle voix ,
Elle se pril h dire Pour celle fois ;
Comment pourra s’accomplir idle a (Ta ire Quand jamais n’ai en affaire A nul homme qui soit ?
Ce sont là, certes, dos paroles bien dignes de sortir do la bouche chaste et candide de la viprge de Nazareth l
Dans un antre encore , l’auteur demande d’abord à la mère future du Christ pourquoi elle a hésité à croire la parole de ce même ange Gabriel , puis lui fait répondre avec une expérience et une coquetterie telles, qu’une ingénue de vaudeville ou une Lorette n’eussent guère pu mieux dire.
Et tout cela est écrit et se chante avec bonne intention et sans malice!... — Faut-il le croire pour l’honneur du Bourguignon salé?
Parmi toutes ces citations, vous n’avez guère vu d’échantillons de style patois. Comme nous n’avons voulu vous donner une idée que des Noëls faits dans le bon temps, c’est-à-dire avec conviction, nous n’avons pas trouvé de ces premiers en grand nombre. Le peuple, au lieu de s’amuser à faire des chansons dans son langage ordinaire, vise, au contraire, ou style épuré de la
EN BOURGOGNE
ville : c’est ce qui nous vaut les petits chefs-d’œuvre que nous vous avons fait entrevoir. Les Noëls patois n’ont guère été abordés que par ceux qui ont voulu essayer leur esprit à un genre amusant , et qui avaient dans leur répertoire plus d’un dialecte à leur service; ce n’était donc pas sur ceux-là que nos études devaient porter. Le patois, comme l’a écrit La Monnoye, est une ' langue complète, correcte et piquante... 11 n’en est pas tout à fait de même des Noëls français que nous avons parcourus! Et puis, dans ses compositions patoises, le peuple eût apporté les mêmes défauts que dans ses compositions françaises, de sorte qu’au lieu des quelques mots qui restent et que nous pouvons comprendre dans ces dernières, nous eussions eu dans les autres des vers et des couplets impossibles à déchiffrer. Une languemère tronquée est déjà un labyrinthe; mais un patois qu’on aurait défiguré en serait bien un autre !
Maintenant, quoique nous nous réservions de parler des Noëls bourguignons de La Monnoye dans sa Notice biographique, nous tenons néanmoins, comme complément à cet aperçu, à constater ici leur vogue et leur popularité. Il n’y a presque pas de famille bourguignonne (jui n’ait son exemplaire, pris indistinctement dans l’une des quinze ou seize éditions qu’on a faites. Chez ceux qui n’en ont pu avoir, par une raison quelconque , un exemplaire imprimé , on est sûr d’en trouver au moins une copie manuscrite. Ce recueil s’est peut-être copié autant de fois que les seize éditions ensemble en ont fourni d’exemplaires au commerce. Vous trouveriez plutôt en Bourgogne (ce qui est plus que rare), un toit inhospitalier, qu’un âtre qui n’aurait pas entendu retentir, aux veillées de l’Avent j les Noei de Gui Uarôzai. Nous en avons sous les yeux un exemplaire qu’on ne peut comparer qu’à une seule
COUP d'oeil SUR LES NOELS
ehose : au paroissien d’une vieille bigote , qui a marmoté ses prières dessus pendant plus de soixante ans. On y voit l’usure et l’empreinte crasseuse des doigts marqués d’une façon si vigoureuse, qu’il faut que plusieurs générations se soient délectées au chant journalier de ces malins cantiques. — Vous attendez peut-être que, par un commentaire ad hoc, nous nous mettions à vous expliquer cette popularité, à vous en chercher les causes? — Et pourquoi, s’il vous plaît, aurionsnous donc entrepris la réimpression de ce volume? — Nous vous dirons , comme la voix céleste au Père de l’Église: Toile et lege, prenez et lisez. Oui, lisez; et faites mieux : chantez.
Chantez, francs Bourguignons, chantez, race joueuse
car, pour clore comme nous avons commencé , et pour rester tout à fait dans notre sujet :
Quiconqucs bon François sera ,
Point de chanter ne se foindra Noël à grand’gorgée,
Et son bien luy croistra Tout le long de l’année.
Finale bien en rapport avec tout ce que vous avez pu voir de l’humeur joviale des Bourguignons, que celle qui promet le plus de bien-être à celui qui chantera le plus ! — Et en Bourgogne, chanter, c’est boire !
Voilà oh nous a conduits l’examen de ces chants religieux, faits pour la grande fête de la Naissance du Sauveur! Voilà tout ce que nous avons pu y découvrir touchant la dévotion bourguignonne!...
Dieu nous fasse paix,
Et nous admette en son sanct Paradis r C'est ainsi que finissent presque tous les Noëls.