DÉCISION
de KH. de Sorbonne sur le Mémoire précédent.
Les Docteurs de Sorbonne soussignés, qui ont examiné l'exposé cy-dessus,sont d’avis que les extraits contiennent des choses fausses, scandaleuses et impies, qui tendent à la corruption des mœurs, et qui exposent au mépris et à la raillerie les Misières de l’Incarnation et de la Naissance de J. C.; que les pasteurs de celle ville doivent se pourvoir par devant l’ordinaire pour faire suprimer ces livrets, et qu’ils sont obligés d’empêcher que les personnes dont ils sont chargés ne retiennent et ne lisent ces livrets, et ne chantent ces Noëls.
Délibéré en Sorbonne, ce 24 Décembre 1701,
Signé : de Blanga , Guenon , de T a moan , de Précelles, Mortier , Petitpied, Boucher , Oursel , Duval.
Providua, ut multos hæc scrvarentur in annos Carmina , burgwndo tinxit Apollo tale.
(B. db L. M.)
EVARTISSEMAN.
Come i seù de lai raice dé bon Barôzai , je n’ai jaimoi velu palai autre langaige que stu de feù mon peire, et de feù mon grand peire, ai qui Dei baille bone vie. C’étoo dé jan , san vanitai sô-t-i di , qui aivein de lai lôquance autan qu’écharre de Dijon. El étein I'honeur de lai rue du Tillô, voù se trôvoo de lote tam lai feigne fleur du patoi. Ma on di bé vrai : çant an banneire, çant an ceveire. Depeùque de grô monsieu et de grande daime se son venun éborgé dan le quatei, i me seù éporsu que le borguignon y é quemancé ai faire lai quinquenelle. Mai fanne et més anfan s’y gâtein de jor en jor, et j’ai remarquai qu’on y bailloo, jeusque dan l’écraigne, de tarbe sôflai ai Chaingenai. Êne dé ehôze ancor qui m’é le pu dégôtai , ç’à qu’el y é n’an , pandan l’Àivan, ein dimainche au soir, bon jor bone euvre, aidon qu’an chaufan mé graive je chantoo : Noei ture-lure, devan mon feù , un laquedrille d’un de cé monsieu me vin rejannai ai mai pote, et corne ai saivoo qu’aipré l’eà je n’haïssoo ran tan que le jantais, cl u l’insôlance, po me bravai , de me chantai de tôtç sai force un Noei an bon françoi , qu’ai répéti tan et tan , qu’un de mé drôlai le redizoo le
AVERTISSEMENT
Comme je suis de la race des bons Barôzai , je n’ai jamais voulu parler autre langage que celui de feu mon père et de feu mon grand-père, à qui Dieu donne bonne vie. C’étaient des gens, sans vanité soit-il dit , qui avaient de l’éloquence autant que rustre vigneron de Dijon. Ils étaient l’honneur de la rue du Tillot , où se trouvait de leur temps la fine fleur du patois. Mais on dit bien vrai : Cent ans bannière, cent ans civière. Depuis que de gros messieurs et de grandes dames se sont venus loger dâns le quartier, je me suis aperçu que le bourguignon , y a commencé à faire la dégringolade. Ma femme et mes enfants s’y gâtaient de jour en jour, et j’ai remarqué qu’on y donnait , jusque dans le taudis des veillées d'hiver, de terribles soufflets à Saint-Genès. Une des choses encore qui m’a le plus dégoûté , c’est qu’il y a un an, pendant l’Avent, un dimanche au soir, bon jour bonne œuvre, lorsqu’en chauffant mes grèves je chantais : Noei ture lure, devant mon feu , un coquin de laquais d’un de ces messieurs vint me contrefaire à ma porte; et comme il savait qu’après l’eau je ne haïssais rien tant que le français pur, il eut l’insolence, pour me braver, de me chanter de toute sa force un Noër en bon français, qu’il répéta tant et tant, qu’un de mes petits drôles
EVARTISSKMAN .
landemain tô coramman. Qui fu bon éboüi?cefu moi. Je ne fu potan ni fô ni étodi ; je reviri le Noei de françoi an borguignon. Ç’à stu voù el à palai dé quate saizon. Tô deu son dan ce livré ; qu’on lés épiglôgue , je baudi , ai dire d’espar, le mène aussi frian que l’autre. Àivô tô celai ; corne ai n’y é pas plaizi d’ôtre tôjor dan les afre, moi qui voyoo que le borguignon n’étoo pu an seurtai dans lai rue du Tillô, que pechô ai pechô mai famille s’y débarôzoo, et que moi-moime j’y etoo, por ainsi dire, an emillan péri , je me seù ai lai parfin évizai de me veni recogné dan le fin fon de lai Roulôte, le pu loin que j’ai pu du mauvois ar de lai moison de monsieu Peti.
- - Ç’à lai qu’é fête, an mai raitorc ,
. Ôan mon humeur rérnargôtore ,
J’ai rimai cé darrei Noei,
Que je plaice ici lé premci.
Lizé-!é, Jaque, Piare, Antone,
Lai scuslance an a belle el bone;
Bé dé prone, bé dé sarmon Jie lé vaille pa dan le fon.
Pandan qu’an cheire un curé'brâillc,
Lés un dorme, lés autre bâille.
Ma po lé Noé que vecl,
Ai n’éléne pa , Dei inarci !
Vo peuve tôle lai jonée ' Chanté galinan lo retonée ,
Seur, tan quo vo lé chanteré,
Quo jaimoi vo no dormlré.
v Ai Dieu vo queman.
AVERTISSEMENT
le redisait le lendemain tout couramment. Qui fut bien ébahi ? ce fut moi. Je ne fus pourtant ni fou ni étourdi ; je retournai le Noël de français en bourguignon : c’est celui où il est parlé des quatre saisons. Tous deux sont dans ce petit livre; qu’on les épilogue, je garantis , à dire d’experts , le mien aussi délicat que l’autre. Avec tout cela, comme il n’y a pas plaisir d’ëtre toujours dans les transes, moi qui voyais que le bourguignon n’était plus en sûreté dans la rue du Tillot, que peu à peu ma famille s’y débarôzait, et que moi-même j’y étais, pour ainsi dire, en éminent péril, je me suis à la tin avisé de de me venir recogner dans le fin fond de la Roulotte, le plus loin que j’ai pu du mauvais air de la maison de monsieur Petit.
C’est là qu’aux fûtes, en ma ratière, Dans mon humeur enjouée.
J’ai rimé ces derniers Noels,
Que je place ici les premiers.
Lisez-les, Jacques, Pierre, Antoine, I.a substance en est belle et bonne; Bien des prônes , bien des sermons , Ne les valent pas dans le fond.
Pendant qu’en chaire un curé braille.
Les uns dorment, les autres baillent.
Mais, pour les Noëls que voici, ils n’ennuient pas. Dieu merci !
Vous pouvez toute la journée Chanter gaiement leur ritournelle, Sûrs, Unique vous les chanterez.
Que jamais vous ne dormirez.
A Dieu je vous recommande.
NO E I TO NOVEA
tompOMl I'an murci, an lat rue de lal nonlAie.
NOEI I
8U UN AR DB TROMPAlTB.
Grail Dei , ribon ribène, ai fau qu’enfin j’éclaite, Deussé-je de l’éfor an chantant m’évaulai !
Moi , don lai voi n’a faite Que po le flaijôlai ,
Je vai su lai trompaite Ronflai.
An ce bénheureux jor, si fêtai dans le monde,
De conai ton sain nom baille-moi lai valu ;
Fai que lai tarre et l’onde An antande le bru ,
Panda» qu’i me débonde Po lu. TÇi - "» i rdfiwiv*
Ai note eide aujodeù bén ai poin tu dévaule ; L’Anfar contre le Cier aivô trô fai l’anvoin.