‹ Les noels bourguignons de Bernard de La MonnoyeChapitre 9 sur 75 · SUR UN AIR DU TROMPETTE · texte numérisé non relu

SUR UN AIR DU TROMPETTE

Grand Dieu , ribon ribaine, il faut qu’enfin j’éclate, Dussé-je de l’effort en chantant me donner une descente Moi , dont la voix n’est faite Que pour le flageolet.

Je vais sur la trompette Ronfler.

En ce bienheureux jour, si fété dans le monde,

De corner ton saint nom donne-moi le pouvoir;

Fais que la terre et l’onde En entendent le bruit,

Pendant que je me débonde Pour lui.

A notre aide aujourd’hui bien à point tu descends ; L’Enfer contre le Ciel avait trop fait l’opiniâtre.

Tai creiche, ton étaule,

Tai liteire de foin ,

Recogne Fotépaule

Bé loin.

Lé Maige du Levan lolugnôte braiquire,

Et , voyan de tô loin l’étoile s’épaumi , D’aibor ai devignire,

San tonai le taimi ,

L’éprôche du Messire Prômi.

Venun dan lai Judée ai n’ure point de cesse : « Montré-no, crién-t-i , vote Roi petignô. »

Hérôde, tô de glaice Quant el oüi ce mô,

Pissi dan sé gargaisse De pô.

Cepandan , po te meù baillé le tapeçarre,

Ai fi quanced’aivoi du respai po to nom:

« I vorô bén éparre Voù geite le Pôpon , »

Dizô-t-i. Ma, tarare Pou-pon !

Ai cueùdô t’étraipai , fesan , san dire gaire, D’un foudri d’ignôçan côpai le garguillô :

Ma, pôfe 1 tu t’évaire An Egypte ai prôpô,

Si béyflu’ai ne pu faire Son cô.

tES NOELS BOURGUIGNONS. 9

Ta crèche, ton étable,

Ta litière de foin

Recognent Forte-Epaule {le diable)

Bien loin.

Les Mages du Levant leurs lunettes braquèrent ,

Et , voyant de tout loin l’étoile s’élargir,

D’abord ils devinèrent ,

Sans tourner le tamis ,

L’approche du Messie Promis.

Venus dans la Judée, ils n’eurent point de cesse :

« Montrez-nous, criaient-ils, votre Roi tout petit. » Hérode, tout de glace Quand il ouït ce mot ,

Pissa dans sa culotte De peur.

Cependant , pour te mieux donner le coup de grâce. 11 fit semblant d’avoir du respect pour ton nom :

« Je voudrais bien apprendre Où gîte le Poupon , »

Disait-il. Mais, tarare Pon-pon !

Il croyait t’attraper, faisant , sans dire gare,

D’une foule d’innocents couper la gorge :

Mais, pouf ! tu te sauves En Egypte à propos,

Si bien qu’il ne put faire Son coup.

Haila ! venô-tu don por amblai sai corone ?

Nainin , tu n’an veu pa ai lai pompe dé roi ; Tu n’anveu qu’ai lai pone,

Qu’és épeigne, qu'au foi ,

Et tu pran po to Trône Lai Croi.

Tu ne vén pa cherché le plaizi , lai bôbance ; Tu vén borgé ton san po laivai nodéfau.

Etrainge diférance !

J’aivon fai tô le mau ,

Tu fai lai pégnitance Po no.

Ai t’é , po no gairi , bé coûtai dé cambôle ; Du repô que j’aivon té traivau sous le prei ; Té larme no consôle : '

An mémoire de quei Ici tô rossignôle Noei !

NOEI II

RNJÔDON DE 1. ’OPÉRA DR GÀI.ATKK

Vote bontai ,

Grau Dei î vo fai don parre Note imaige su tarre Po no réchetai ?

HélaSse, moi !

No peiché vos émeu ne

Hélas ! venais-tu donc pour dérober sa couronne? Nenni , tu n’en veux pas à la pompe des rois ;

Tu n’en veux qu’à la peine,

Qu’aux épines, qu’au fouet.

Et tu prends pour ton Trône La Croix.

Tu ne viens pas chercher le plaisir, la bombance ; Tu viens verser ton sang pour laver nos défauts. Etrange différence !

Nous avons fait tout le mal ,

Tu fais la pénitence Pour nous.

11 t’a, pour nous guérir, bien coûté des ampoules ; Du repos que nous avons tes travaux sont le prix ; Tes larmes nous consolent :

En mémoire de quoi Ici tout rossignole Noel !

NOEL II

RIGODON DB 1,’OPKRA DK GALATÉK.

Votre bonté,

Grand Dieu ! vous fait donc prendre Notre image sur terre Pour nous racheter?

Hélas, moi 1

Nos péchés vous amènent

Jeusque su lai Croi ;

Vo le saivé ,

Ce n’à pa po dé preune Si vo no sauvé.

Meù vaurô , ce me sanne, Que jaimoi le sarpan N’eusse étraipai lai fanne De note peire Adam.

Lai bone aifaire po vote repô, Et po le notre aitô !

J’airein tôjor Vicu dans l’ignôçance, San quezan de feignance, D'haibi , ni d’aitor.

Le vautre plein De figue, de grenade.

De melon seucrin ,

Maulin maulô J’airein su l’harbe vade Fai le cutimblô.

Yo, su queique nuaige Campai po no vaillé,

Vos airein di , je gaige.

No voyan gipaillé:

« An véritai, vêlai de bone jan ; Ai vaille trô d’arjan ! »

Tôt airebor E bé tonai lai chance

Jusque sur la Croix ;

Vous le savez,

Ce n’est pas pour des prunes Si vous nous sauvez.

Mieux vaudrait, ce me semble, Que jamais le serpent N’eût attrapé la femme De notre père Adam.

La bonne affaire pour votre repos , Et pour le nôtre aussi !

Nous aurions toujours Vécu dans l’innocence,

Sans souci de finances , D’habits, ni d’atours.

Le ventre plein De figues , de grenades ,

De melons sucrins.

Pêle-mêle

Nous aurions sur l’herbe verte Fait la culbute.

Vous , sur quelque nuage , Campé pour nous veiller,

Vous auriez dit , je gage ,

Nous voyant folâtrer :

« En vérité, voilà de bonnes gens ; Ils valent trop d’argent ! »

Tout au rebours A bien tourné la chance

Depeù lai niainigance Du maudi rambor.

Taille, prôçai,

Garre, peste, fameigne, Faguena , goussai ,

Puce, cousin ,

Poüille, et d’autre vermeigne No fon peute fin.

Aussi , dans lé mizeire Vélan vos éprôvai ,

Vo n’aivé ran de peire Dan le monde trôvai ,

Que de vo faire home tô come no Por aivoi bé dé mau.

Dé le maillô Chargé de nos ôfance,

Tôjor dan lé sôfrance Po dessu le cô,

Le chau , le froi ,

Vo traicasse en viaige, ,

Vo claucé de soi :

Et le ragou De tô le cairiaige Ç’à lai forche au bou !

Dan no caiboche fôle, Diron-je que vêlai Le chemin de l’école Que vos aivé prin lai?

Depuis la manigance Du maudi rambour.

Tailles, procès,

Guerres, pestes, famines,

Faguems, goussets,

Puces , cousins ,

Pous , et d’autres vermines Nous poussent à bout.

Aussi , dans les misères Voulant vous éprouver.

Vous n'avez rien de pire Dans le monde trouvé,

Que de vous faire homme tout comme nous Pour avoir bien des maux.

Dès le maillot Chargé de nos offenses,

Toujours dans les souffrances Par-dessus le cou,

Le chaud , le froid ,

Vous tracassent en voyage,

Vous gloussez de soif :

Et le ragoût

De tout le remue-ménage C’est la fourche au bout ! (la croix ) Dans nos caboches folles , Dirons-nous que voilà Le chemin de l’école Que vous avez pris là?

Que vo peuvein, san viré tôt autor, No pardonai d’aibor?

Nainin , le meù Ç’à de boissé lai tête;

Je saivon que vos été Le Moitre du treù.

J’étein bé mau ,

Et je n’airein san dôte Pu gairi san vo.

Je gairisson....

Fau-t-i qu’on vo chipôte Dessu lai faiçon?

Si meuri po lés home Mailaide du goulon Qu’ Adam fi de lai pome,

Ç’à parre le pu Ion ,

Vo lo montré meù po lai vote aimer, Qu’an prenan le pu cor.

NOEI III

su l’ah : i la mire, mariex-mni

Guillô, pran ton tamborin ,

Toi ; pran tai fleùte , Rôbin :

Au son de eés instruman , Turelurelu , patapatapan :

Au son de cés instruman ,

Je diron Noei gaiman.

Que vous pouviez, sans tourner tout autour, Nous pardonner d’abord ?

Nenni , le mieux C’est de baisser la tête;

Nous savons que vous êtes Le Maître du pressoir.

Nous étions bien mal ,

Et nous n’aurions sans doute .

Pu guérir sans vous.

Nous guérissons. . . .

Faut-il qu’on vous chipote Sur la façon?

Si mourir pour les hommes Malades de la bouchée Qu’Adam fit de la pomme,

C’est prendre le plus long,

Vous leur montrez mieux par là votre amour • Qu’en prenant le plus court.

NOEL III

sur l’air : Ma mire, mariez-moi.

Guillot, prends ton tambourin, Toi, prends ta flûte, Robin :

Au son de ces instruments, Turelurelu , patapatapan ;

Au son des instruments,

Nous dirons Noël gaiement.

C’étô lai môde autrefoi De loüé le Roi dé Roi :

Au son de cés instruman , Turelurelu, patapatapan;

Au son de cés instruman ,

Ai nos an fau faire autan.

Ce jor le Diale àt ai eu, Randons-an graice ai Jésu :

Au son de cés instruman , Turelurelu, patapatapan ;

Au son de cés instruman , Fezon lai nique ai Satan.

L’home et Dei son pu d’aicor Que lai fleùte et le tambor :

Au son de cés instruman , Turelurelu , patapatapan ;

Au son de cés instruman , Chanton , danson , sautons-an

NOEI IV

su l’ar : Votre jeu fait ici grand bruit.

Dialogue de Simon et de Luea.

SIMON

— Sai tu bé , Luca , mon voisin , Qu’éne côple de Chérubin Tô mointenan vén de me dire Que Dei, de no larme tôché,

C’était la mode autrefois De louer le Roi des Rois :

Au son de ces instruments , Turelurelu , patapatapan ;

Au son de ces instruments,

Il nous en faut faire autant.

Ce jour le Diable est à cul, Rendons-en grâce à Jésus :

Au son de ces instruments , Turelurelu, patapatapan ;

Au son de ces instruments , Faisons la nique à Satan.

L’homme et Dieu sont plus d'accord Que la flûte et le tambour :

Au son de ces instruments, Turelurelu , patapatapan ;

Au son de ces instruments, Chantons, dansons, sautons-en !

NOEL IV

sua l’aib : Votre jeu fait ici grand bruit.

Dialogue de Simon et de Lucas.

SINON

— Sais-tu bien , Lucas , mon voisin , Qu’une couple de Chérubins Tout maintenant vient de me dire Que Dieu , de nos larmes touché ,

No dépôche ici son Messire Ai fin d'éfaici no peiché?

Ai m’on di qu’ai ne vend pa An Rôdômon , an Fiérabra, Armai du feu de son tonarre .

Don , quant ai le rôle dan l’ar ,

Ai fai tremblai lé quate quarre lit le mitan de l’Univar.

Ll! CA.

— Ai seré don du moin venun An Roi qui n’à pa du comun , Seùgu d'éne cor dé pu belle,

Lu de qui l’on é di çan foi Que sé pié fon los escabelle De lai tête dés autre roi?

SIMON

— Nainin , ai n’à pa triomfan.

Ce n’à , dize-t-i , qu’ein Anfan , Frai soti dé flan de sai Meire ,

San brizai pote , ni varô ,

Corne au travar d’éne vareire Passe lai datai du sôlô.

ma.

— C’àt ein Anfan? me di-tu vrai?

Tan meù ! vêlai tô note fai.

Tu sai bé, quant ein anfan crie, Que por an epoizé lé cri ,

LES NOELS BOURGUIGNQNS. 21

Nous dépêche ici son Messie Afin d’ effacer nos péchés?

Ils m’ont dit qu’il ne venait pas En Rodomont , en Fier-à-bras , Armé du feu de son tonnerre , Dont , quand il le roule dans l'air , II fait trembler les quatre coins Et le milieu de l’Univers.

LUCAS

— Il sera donc du moins venu En Roi qui n’est pas du commun , Suivi d’une cour des plus belles,

Lui de qui l’on a dit cent fois Que ses pieds font leur escabelle De la tête des autres rois?

SIMON

— Nenni , il n’est pas triomphant.

Ce n’est, disent-ils, qu’un Enfant Frais sorti des flancs de sa Mère, Sans briser porte, ni verroux, Comme au travers d’une fenêtre Passe la clarté du soleil.

LUCAS

— C’est un Enfant? me dis-tu vrai?

Tant mieux! voilà tout notre fait.

Tu sais bien , quand un enfant crie , Que pour en apaiser les cris ,

Ai ne fau qu’éne chaiterie,

Vou qu’un sublô , vou qu’un trebi.

SIMON

— Tu veu dire que je feron Du Peti ce que je voron.

Je n’aivon qu'ai parre coraige :

J’airon por ein Alélüa Le Pairaidi et son fignaige ;

N’à-ce pa bon marché, Lucà?

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