DEL-VFOSSE
propagande islamique ; vers la fin du XIV^ ou le début du XV^ siècle, ses habitants se dispersèrent et allèrent s'installer plus à l'ouest, près de modestes hameaux tels que Gotogo (Bondoukou) et Kpon (Kong), situés dans notre colonie actuelle de la Côte d'Ivoire, les transformant rapidement en véritables villes, s'y enrichissant dans le commerce des colas, des bœufs, des tissus et de la poudre d'or et y introduisant des habitudes de recherche intellectuelle qui ont subsisté jusqu'à notre époque.
Mais il nous faut revenir à l'histoire de la lutte entre les Almoravides et Ghana. Aboubekr ben Omar avait, en 1057, succédé comme chef des premiers à son frère Yahia et avait commencé la conquête du sud marocain avec l'aide d'Abdallah ben Yassine. La mort de celui-ci, survenue en 1058 ou 1059, fit d'Aboubekr le maître unique et incontesté des Almoravides. L'année suivante, laissant son cousin Youssof ben Tachfine achever la conquête du Maroc et fonder Marrakech, Aboubekr se porta du côté de l'Adrar et du Tagant, où les tribus berbères se faisaient la guerre les unes aux autres et, après avoir ramené la paix parmi elles et raffermi sa propre autorité, il donna tous ses efforts à la destruction de l'empire de Ghana. Celui-ci cependant ne succomba qu'au bout d'une qumzaine d années, après une résistance acharnée au cours de laquelle les troupes berbères essuyèrent plus d'une défaite. Enfin, en 1076, les Almoravides s'emparaient de la vieille cité soudanaise et passaient au fil de l'épée tous les habitants qui ne voulurent pas embrasser l'islamisme. Onze ans plus tard, en 1087, peu de temps après que la prise de Séville par Youssof ben Tachfine donnait l'Espagne aux Almoravides déjà maîtres du Maroc, Aboubekr était tué dans l'Adrar, au cours d'une nouvelle révolte de ses sujets
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les plus directs, et la puissance de sa secte et de sa dynastie, qui venait de s'affirmer d'une manière si éclatante dans le Nord de l'Afrique et le Sud de l'Europe, disparaissait du pays même qui avait constitué son point de départ.
Toutefois Ghana ne devait plus retrouver sa grandeur passée. Plusieurs provinces de l'empire avait profité de la lutte entre les Sissé et les Almoravides pour s'afîranchir de la tutelle du tounko. ou maga suprême et étaient devenues des royaumes mdépendants, dont chacun eut son propre tounko. ou maga, appartenant à quelqu'une des grandes familles sarakollé chez lesquelles les souverains de Ghana choisissaient les gouverneurs des districts éloignés de l'empire.
C'est ainsi que la dynastie sarakollé des Niakhaté avait fondé à Diâra, près et au Nord-Est du poste actuel de Nioro, le royaume du Kaniaga ou des mana ou manamagan, qui ne tarda pas à se rendre maître du Tekrour et à englober à peu près tout ce qui constitue le Sahel soudanais, c'est-à-dire la majeure partie des anciennes dépendances méridionales de Ghana. Vers 1270, la dynastie des Diawara remplaça à Diâtra celle des Niakhaté ; elle se maintint au pouvoir jusqu'en 1754, époque de la conquête du Kaniaga par les Bambara-Massassi. Dans l'intervalle, l'autorité des Diawara avait d'ailleurs perdu de sa vigueur et avait été sapée peu à peu par la puissance sans cesse croissante de l'empire mandmgue, dont le Kaniaga était devenu vassal vers la fin du XIII® siècle ou le début du XIV^, pour changer ensuite de suzerain et être incorporé, au XVI^ siècle, à l'empire songoï de Gao.
Plus à l'Est, à mi-chemm environ entre Goumbou et Bamako, se trouve un village du nom de Sosso qui eut, lui aussi, son heure de célébrité. Le roi de Ghana y entretenait un gouverneur pris dans la famille sarakollé des
Diarisso, lequel, vers la fin du Xl^ siècle, fit comme le gouverneur Niakhaté de Diâra à la même époque et se rendit indépendant. Un siècle après, vers 1180, une autre famille sarakollé, celle des Kannté, appartenant, dit-on, à la caste des forgerons, renversa la dynastie des Diarisso et s'installa à sa place. Sous la direction de Soumangourou Kannté, qui passait pour un habile général et un non moms habile sorcier, le royaume de Sosso prit une extension considérable. En 1203, Soumangourou s'empara de Ghana et réduisit à l'état de vassal le descendant des anciens suzerains de Sosso .Cette action d'éclat a été rapportée par Ibn Khaldoun, dont le texte, mal interprété, a fait accréditer longtemps la légende de la destruction de Ghana par les Sosso ou Soussou de la Guinée, laquelle légende n'est qu'une erreur basée sur une simple et fortuite homonymie. Ensuite, le même prince tourna ses armes vers le Sud contre le Manding ou Mali, qu'il annexa à peu près au moment où des musulmans émigrés de Ghana fondaient Oualata ou lui insufflaient une vie nouvelle, c'est-à-dire vers 1 224. Mais cette annexion ne devait être que momentanée et sonner le glas de la puissance et de la vie même de Soumangourou. Bientôt, en effet, un roi jeune et actif, le fameux Soundiata, succédait au Manding à ses frères débiles et, vers 1235, il battait et tuait Soumangourou non loin de Koulikoro, annexait à son tour à son Etat celui de Sosso et poussait jusqu'à Ghana, qu'il détruisait de fond en comble en 1240.
La nécessité de suivre jusqu'au bout les destinées de l'État de Ghana et les résultats de l'islamisation due aux Almoravides nous a conduits un peu loin et il nous faut maintenant retourner de six siècles en arrière pour aborder l'histoire de l'empire songoï ou empire de Gao.
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Au VII^ siècle de notre ère, alors que l'un des derniers princes de race blanche régnait sur le royaume, déjà vieux, de Ghana, un autre Etat se fondait sur le bief oriental du Niger, qui était appelé à exercer lui aussi, mais bien plus tard, l'hégémonie sur la majeure partie du Soudan. Des Berbères, croit-on, qui peut-être étaient chrétiens, se seraient fait reconnaître comme chefs par une petite population de pêcheurs résidant à Gounguia ou Koukia, dans l'île de Bentia ou en face de cette île, à quelque 150 kilomètres en aval de Gao. Leur dynastie, dite des dia ou des za, demeura au pouvoir de 690 à 1335. Vers l'an 1.000, ils transférèrent leur capitale de Gounguia à Gao, fondé alors depuis plusieurs centaines d'années, et leur royaume prit le nom de Songoï ou Songaï, qui était aussi, semble-t-il, celui des habitants. Ce royaume était à cette époque strictement limité aux bords et aux îles du Niger, depuis Bamba au Nord jusqu'aux limites septentrionales du Noupé dans la direction du Sud, et à une bande de territoire située à l'Est du fleuve. C'est vers la même date que le dia alors régnant, Kossoï ou Kossaï, se convertit à l'islamisme.
Peu à peu, l'influence du Songoï se fit sentir jusque dans la région de Tombouctou, dont la fondation en tant que ville remonte au début du XI l^ siècle, jusque dans la zone des lacs et des inondations du Niger et même jusqu'à Oualata.
Cependant, un puissant rival s'était levé dans l'Ouest, sur le bief occidental du Niger : l'empire du Mandlng ou Mali. En 1325, les troupes de l'empereur mandingue Gongo-Moussa ou Kankan-Moussa s'emparent de Gao et le Songoï devient vassal du Manding. Dix ans plus tard, la dynastie des dia est remplacée par celle des sonni, soun^
San ou chi, qui appartenait d'ailleurs à la même famille, et dont le premier acte fut de rompre les liens de vassalité qui attachaient le Songoï au Manding ; toutefois Tombouctou et Oualata demeurèrent au pouvoir de ce dernier Etat, ainsi que la région des lacs, le Massina et Dienné. Un siècle après, en 1433, le chef touareg Akil parvint à chasser la garnison mandingue de Tombouctou et à se rendre maître de cette ville ; puis, le 30 janvier 1468, le sonni Ali, dit le Grand, s'emparait de la fameuse cité sur les Touareg et, vers 1473, il se rendait maître de Dienné et du Massina, après avoir annexé à son royaume la région des lacs et Oualata, donnant amsi pour la première fois au Songoï une extension qui en faisait un concurrent redoutable pour le Manding.
Cependant, tandis qu'Ali, grisé par ses conquêtes, passait son temps en débauches et en persécutions contre les musulmans, — musulman lui-même, il a laissé parmi ses coreligionnaires la réputation d'un impie — le roi des Mossi du Yatenga vint ravager le Massina (1477) et s'avança jusqu'à Oualata qu'il pilla (1480). Cette incursion hardie à travers son royaume fit réfléchir le sonni Ali, qui ne trouva rien de mieux, pour pouvoir à l'avenir secourir rapidement Oualata, que de relier cette ville à Tombouctou par un canal partant de Ras-el-ma et devant mesurer près de 250 kilomètres de long. Pendant qu'il commençait à le faire creuser, on lui annonça que les Mossi du Yatenga avaient de nouveau envahi ses Etats ; il marcha aussitôt contre eux et parvint à leur faire rebrousser chemin, mais, au cours de l'expédition, il se noya en traversant un torrent, le 6 novembre 1492.
Laissons là l'histoire du Songoï, que nous reprendrons aux chapitres suivants, et voyons ce qui s'était passé du
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VII® au XV® siècles sur le haut Niger et à l'intérieur de la boucle du fleuve.
Sur la rive gauche du haut Niger, à peu près à mi-chemin entre Siguiri et Bamako, se trouve le village de Kangaba, appelé aussi Dioliha ou Diéliba, du nom du grand fleuve sur les bords duquel il est situé ^. Ce village sert de rési dence habituelle au chef d'une famille mandingue ou malinké, du groupe des Keïta, qui y exerce le pouvoir depuis plus de treize siècles, avec une seule interruption de quinze ans de 1285 à 1300, et qui est vraisemblablement la plus ancienne dynastie du monde encore en exercice. Seulement, après avoir été successivement un simple chef de canton, puis le maître d'un royaume et enfin celui d'un véritable empire, le mansa de Kangaba a redescendu ensuite la courbe, redevenant un modeste roi ou chef de province, pour n'être plus aujourd'hui que l'humble chef de canton qu'était, vers le début du VII® siècle, le plus lointain de ses ancêtres.
Cependant ce petit village du haut Niger fut, pendant plusieurs centaines d'années, la principale capitale du plus vaste empire qu'ait connu l'Afrique noire et de l'un des plus considérables qui aient existé dans l'univers, l'empire du Manding ou Mandé ou, pour employer le nom que nous ont légué les historiens et géographes arabes
1 . Le mot dioU-ba en dialecte malinké et diéU-ba en dialecte bambara signifie « fleuve du sang ». Ce nom a été donné au Ni?er en raison des sacrifices sanglanU qui s'accomplissaient et s'accomplissent encore sur ses rives ou sur ses eaux mêmes, en divers endroits de son parcours, à l'occasion de certaines fêtes saisonnières . C'est à tort que l'on a proposé et fait accepter comme étiTnologie de ce nom • fleuve du griot » ou « fleuve des griots », qui se dirait diili-ba — et non diéli-ba — dans tous les dialectes et ne pourrait jamais donner lieu à la leçon dioli-ba. Le sang est dit dicli ou diovdi en malinké, diéli en bambara, diouri, diori ou diéri en dioula, et le nom du Niger est effectivement dioli-ba ou diotdi-ba dans le premier de ces dialectes, diéli-ba dans le second, diouri-ba ou diéri-ba dans le troisième.
et qui n'est autre que la forme peule du mot « Mandé », l'empire du Mali ou Melli.
Le Manding ou Mandé est proprement la province dont Kangaba est le chef-lieu et dans laquelle se trouvent les mines d'or réputées du Bouré ou Bouté, le Bitou des auteurs arabes. Ses habitants portent, selon le dialecte, l'un des noms de Mandenga, Mandinga ou Mandingo, dont nous avons fait « Manding » comme nom de pays et « Mandingue » comme nom de peuple, et sont appelés par les Peuls Ma^ linké, forme que nous avons adoptée communément pour désigner les Mandingues proprement dits et leur dialecte, réservant l'appellation de « Mandingues » ou « Mandé » à l'ensemble de la population dite Ouangara par les Arabes.
Depuis plusieurs siècles, les mansa ou rois du Mandmg menaient à Kangaba une existence obscure, lorsque, aux environs de 1050, celui qui régnait alors fut converti à l'islamisme par un Almoravide, fit le pèlerinage de La Mecque et commença à nouer avec les Etats voisins des relations qui furent favorables à l'accroissement de sa puissance et au développement de son pays, en même temps qu'il cessait de se considérer comme un vassal de l'empereur de Ghana, Jusque-là, c'était surtout le Bambouk qui fournissait la poudre d'or dont le commerce enrichissait Ghana et entretenait des échanges actifs et continuels entre le Soudan et l'Afrique du Nord. Les Almoravides ayant appris à connaître le chemin du Manding et l'ayant enseigné aux caravanes marocaines, ce fut le Bouré qui, désormais, devint la principale source de production du métal précieux, ce qui ne contribua pas peu à remplir le trésor du roi du Manding et à ouvrir à son peuple des horizons nouveaux.
Plusieurs auteurs arabes nous apprennent, qu'en 1213,
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un mansa du Manding, nommé selon les uns Moussa et selon d'autres Allakoï, se rendit en pèlerinage à La Mecque. Il y retourna trois fols durant son règne, ce qui indique qu'il disposait d'une certaine fortune et ce qui ne manqua pas de grandir son prestige.
Mais les richesses du roi de Kangaba et la réputation des mines d'or du Bouré devaient exciter des convoitises. Profitant de la mollesse des successeurs immédiats de Moussa dit Allakoï, le roi de Sosso Soumangourou entreprit et réalisa, vers 1224, la conquête du Manding, qu'il annexa brutalement à son Etat. Cependant Soundiata Keïta, appelé aussi Maridiata, petit-fils de Moussa, résolut de rendre l'indépendance à son pays et y réussit. Après s'être procuré l'alliance des chefs mandingues qui résidaient à l'Ouest, au Sud et à l'Est de Kangaba et les avoir amenés, de gré ou de force, à lui obéir, il recruta chez eux les éléments d'une puissante armée, à la tête de laquelle il marcha contre son éphémère suzerain. Les deux princes se rencontrèrent en 1235 à Kirina, non loin de Koulikoro, près du Niger, où Soumangourou fut défait et tué. Sans perdre de temps, Soundiata continua sa marche victorieuse, entra en maître à Sosso, poussa jusqu'à Ghana qu'il prit et détruisit (1240), surtout dans le but de faire reporter sur lui-même la renommée qui s'attachait à cette antique capitale d'un glorieux empire, et jeta ainsi les bases d'un puissant Etat II ne se contenta pas d'être un grand guerrier : les traditions disent qu'il donna tous ses soins au développement de l'agriculture, qu'il introduisit dans son pays la culture et le tissage du coton et qu'il fit régner la sécurité la plus absolue d'un bout à l'autre de son royaume. Ce prince si remarquable périt en 1255, dans sa capitale, victime d'un accident survenu au cours d'une fête publique.
Son successeur, le mansa Oulé, renouvela la tradition inaugurée par Baramendana et se rendit à La Mecque, tout en reportant plus loin ver^ l'Ouest les limites de Tempire naissant et en y incorporant le Bambouk, le Boundou et la majeure partie de la vallée de la Gambie.
De 1285 à 1300 régna un usurpateur, le seul qui soit mentionné au cours de la longue lignée des Keïta. C'était un serf nommé Sakoura. Il ne fit d'ailleurs que continuer Tceuvre de ses maîtres et prédécesseurs, poussant la conquête mandlngue vers le Nord-Est dans le Massina et la province de Dienné et vers le Nord-Ouest jusqu'au bas Sénégal, disputant le Tekrour aux rois de Diâra et faisant de ceux-ci ses vassaux, engageant des négociations commerciales directes avec la Tripolitaine et le Maroc et accomplissant lui aussi le pèlerinage de La Mecque, pour être assassiné au retour, près de Djibouti, par des Danakil qui en voulaient à son or. Ses compagnons firent dessécher son corps afin de le conserver et le rapportèrent par le Ouadaï jusqu'à Kouka, dans le Bornou ; le roi de ce dernier pays expédia des messagers au Manding pour informer la cour et le peuple de la nouvelle et une ambassade fut dépêchée de Kangaba à Kouka, qui ramena les restes de Sakoura ; on fit à celui-ci les honneurs de la sépulture royale des Keïta. Son peuple lui devait ce témoignage de son admiration et de sa reconnaissance.
Les Keïta réoccupèrent ensuite le trône. L'un d'eux, Gongo-Moussa ou Kankan-Moussa, qui régna de 1307 à 1332, porta à son apogée la puissance de l'empire mandingue. Vers la fin de sa vie, en 1324, il se rendit à La Mecque en grand cortège, passant par le Touat et le Caire et soulevant partout sur son passage l'intérêt et la curiosité. Il rencontra aux Lieux-Saints un Arabe d'une famille de
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Grenade, nommé Ibrahim-es-Sahéli, qu'il détermina à l'accompagner au Soudan. Le retour eut lieu l'année suivante, par Ghadamès, où El-Mâmer, descendant du fondateur de la dynastie des Almohades, s'était rendu au devant du souverain noir ; à la prière de celui-ci, El-Mâmer se joignit au cortège impérial et alla avec lui jusqu'au Manding.
Avant que Gongo-Moussa ne fût parvenu au Niger, il apprit que son lieutenant Sagamandia venait, en son absence, de s'emparer de Gao (1325); il décida alors de se rendre dans cette ville pour y recevoir l'hommage du dia Assibaï, qui lui remit comme otages ses deux fils, dont l'un devait, dix ans après, revenir à Gao, y fonder la dynastie des sonw et secouer la tutelle du Manding. Comme El- Mâmer s'était montré choqué de la médiocrité du bâtiment — une simple hutte à toit de paille — qui servait de mosquée aux musulmans de Gao, le marna pria Es-Sahéli, qui cumulait le métier d'architecte avec celui de poète, de bâtir une maison de prière plus digne du Très-Haut. Es-Sahéli construisit donc à Gao une mosquée en briques, à terrasse crénelée et à minaret pyramidal, qui aurait été, selon la tradition, le premier édifice soudanais de ce type aujourd'hui si répandu.
Gongo-Moussa se rendit ensuite à Tombouctou, qu'il annexa à son empire, en même temps que Oualata. Es- Sahéli bâtit également à Tombouctou une mosquée à terrasse et à minaret ; il y construisit aussi, pour servir de salle d'audience au souverain du Manding lorsqu'il voudrait séjourner à Tombouctou, une grande maison carrée à terrasse et à coupole qu'on appela le mâdougou (terre du maître) et dont on montre encore aujourd'hui l'emplacement. Ce fut l'occasion d'une importante transformation dans l'architecture soudanaise : jusque-là, au
témoignage d'El-Mâmer, qui fit plus tard le récit de son voyage à son ami Ibn Khaldoun, on ne connaissait que la hutte cylmdnque à toiture conique en paille, encore répandue de nos jours dans presque toute l'Afrique noire ; à Ghana même, d'après Bekri, c'était le seul type d'habitation qui eût jamais existé, en dehors des maisons en pierre du quartier royal ; à Tombouctou, à Dienné, à Kangaba, il en était de même ; le mâdougou et les mosquées édifiées par Es-Sahéli furent trouvés remarquables, on s'effurça de les imiter dans tous les centres soudanais et ce genre de constructions, auquel on a voulu bien à tort attribuer une origine égyptienne, ne tarda pas à se généraliser et à pénétrer même chez les populations barbares de la vallée de la Volta, où il revêtit d'ailleurs l'aspect un peu spécial d'une manière de châteaux-forts.
On raconte que Gongo-Moussa, très satisfait du travail de son architecte, lui remit en paiement 12.000 mithkals d'or d'après Ibn Khaldoun ou 40.000 mithkals d'après Ibn Batouta, c'est-à-dire 54 kilos du précieux métal selon le premier ou 180 kilos selon le second. Es-Sahéli suivit son généreux maître jusqu'à Kangaba, lui construisant en route un autre mâdomou à Niani, qui était à cette époque la seconde capitale de l'empire et dont on montre l'emplacement, désigné encore sous le nom de « Niani-Mâdougou », entre Niamina et Koulikoro. Ensuite l'architecte arabe retourna à Tombouctou, oii il mourut en 1346.
Gongo-Moussa était mort lui-même en 1332. A cette date, l'empire mandingue occupait à peu près la même superficie que l'ensemble des territoires de l'Afrique Occidentale Française et des colonies étrangères qui y sont enclavées, à l'exception des pays du Sud couverts par la forêt dense et des régions situées au centre de la Boucle