‹ Les noirs de l'AfriqueChapitre 17 sur 25 · CENTRALE ET ORIENTALE · texte numérisé non relu

CENTRALE ET ORIENTALE

jDoy/' ^f//V/^e /e Chapitre V et /es parties des Chapitres V/I à K relatives à despopuJatfons- de l'Afrique Centrale et Orientale

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transféra la capitale à Dikoa, au Sud du Tchad. Peu après, il était vaincu et tué à Kousseri par les détachements français du commandant Lamy, le 22 avril 1900, et Aboubekr Guerbeï, neveu de Hachem, était reconnu par les Anglais comme sultan du Bornou, devenu un protectorat britannique.

Au Sud du Kanem s'étend le royaume du Baguirmi, dont la fondation est attribuée à un chasseur appelé tantôt Bernim-Bessé et tantôt Dokkengué, qui aurait bâti Massénia, la capitale, vers 1513. Il était païen et ses successeurs le furent comme lui jusqu'à Mâlo (1548-1561), qui prit le titre de ir.hang et créa les grandes charges du royaume. C'est Abdallah (1561-1602, fils de Mâlo, qui aurait été l'islamisateur du Baguirmi. Son neuvième successeur, Borkoumanda-Tadlélé (1734-1739), fut un grand guerrier : après avoir dirigé une expédition vers le Borkou et le Kaouar, il vainquit à deux reprises le roi du Ouadaï, Mohammed Ez-Zaouni. Mais Alaouine (1739-1741) fut vaincu à son tour par l'empereur du Bornou, dont le Baguirmi devint vassal. Mohammed-Alamine (1741-1784) s'empara du Fitri sur les Kouka et secoua la tutelle du Bornou. Abderrahmân-Gaourang I (1784-1806) recommença la lutte contre le Ouadaï ; il fut défait et tué par Saboun, roi de ce dernier pays, qui imposa au Baguirmi la suzeraineté du Ouadaï et y plaça comme souverain nominal un fils d'Abderrahmân-Gaourang. Un autre fils de celui-ci, Tchigama, déposa son frère, fut arrêté sur l'ordre de Saboun, amené prisonnier à Ouara, capitale du Ouadaï, puis relaxé, et revint à Massénia, où il régna sous le nom d'Ousmân-Borkoumanda de 1807 à 1846, payant assez régulièrement le tribut exigé par le Ouadaï. Il conduisit plusieurs expéditions contre le Bornou et se fit battre par

le Kanémi en 1824 à Lédéri, près du Tchad, grâce à deux canons que le major anglais Denham avait donnés au maître du Bornou. Abdeikader (1846-1858), en dépit dune victoire remportée sur Mohammed-Chérif, roi du Ouadaï, demeura tributaire de cet État. Abou-Sekkine (1858-1884) voulut également rejeter la tutelle du Ouadaï ; vaincu et chassé de Massénia en 1871 par le roi du Ouadaï Ali, il reprit sa capitale après la mort de ce prince, en 1875. La cruauté de son fils Borkoumanda (1884-1885) le fit chasser du pays par ses sujets et remplacer par Abderrrahmân- Gaourang II qui, attaqué par Rabah en 1893 et menacé de nouveau par ce conquérant en 1896, accepta le protectorat français en 1897.

Si l'histoire du Baguirmi se résume en une perpétuelle oscillation entre le joug du Bornou et celui du Ouadaï, l'histoire de ce dernier État n'est guère faite que des cruautés et des débordements de la plupart de ses rois. Le pays connu sous les noms de Ouadaï, Bergou et Dar-Saleh est peuplé de quelques tribus d'origine arabe plus ou moins pure et d'un grand nombre de tribus nègres dont la principale est celle des Maba et dont les autres sont celles des Tama, des Massalit, des Mimi, des Kouka, des Boulala, des Rougna, etc. On y rencontre aussi des Téda.

Le Ouadaï fut d'abord gouverné par des païens auxquels on attribue une origine sémitique, les Toundjour, qui avaient leur capitale à Kadama, au Sud-Ouest d'Abécher. C'est vers 1615 seulement que l'islamisme fut adopté par une fraction de la population, sous l'influence d'un nommé Djâmeh ou Saleh, que les uns disent indigène du pays, tandis que d'autres le rattachent à la tribu arabe des Djaaline, dont le berceau est à Berber, sur le Nil, en aval de Khartoum, Quant aux Toundjour, ils étaient demeurés

païens. Un fils ou descendant de ce Djâmeh, nommé Abdelkérim, leva une armée d'Arabes et de Noirs récemment islamisés, défit le prince toundjour, le tua, se proclama sultan du Ouadaï et s'établit au Nord d'Abécher, à Ouara, où il régna de 1635 à 1655, convertissant de force à l'islamisme une partie des habitants. Comme les princes toundjour dont il avait pris la place, il payait tribut au Darfour.

Son fils Kharout (1655-1678) poursuivit l'islamisation du Ouadaï. Kharif (1678-1681) et Yakoub-Arous (1681- 1707) essayèrent à plusieurs reprises de secouer la tutelle du Darfour ; le second réussit enfin à battre et à capturer Omar-Lélé, roi du Darfour. Après une lutte malheureuse contre le Baguirmi conduite par Mohammed Ez-Zaouni, la guerre entre le Ouadaï et le Darfour recommença sous Pjoda (1745-1795), sous le règne duquel le premier de ces Etats étendit son influence sur une partie du Kanem.

Saboun (1803-1813), après avoir ravi le trône à son propre père Saleh-Derret ou Dered, se signala par des expéditions victorieuses contre le Baguirmi et contre ses vassaux révoltés du Tama. C'était un prince cruel et sanguinaire, qui périt assassiné par un inconnu. Son fils Youssef, dit Kharifine, fut peut-être plus barbare encore. Vers 1829, après une régence féminine qui fut marquée par les pires atrocités, Abdelaziz, petit-fils de Saboun, s*empara du pouvoir ; il eut à lutter contre de continuelles rébellions, qu'il noya dans le sang.

A sa mort (1835 environ), une armée du Darfour envahit le Ouadaï, à la suite de déprédations commises dans les provinces occidentales du premier de ces royaumes par des Ouadaïens que la famine poussait au pillage. Les troupes envoyées par Mohammed- Fadel, roi du Darfour,

entrèrent dans Ouara et placèrent sur le trône du Ouadaï un nommé Mohammed-Chérif, qui s'engagea à accepter la suzeraineté du Darfour. Ce Mohammed-Chérif (1835- 1858) paraît avoir été le seul souverain du Ouadaï qui se soit montré réservé en fait d'exécutions capitales. Il jouit d'un réel prestige et d'un pouvoir considérable. Il ne craignit pas de s'attaquer au puissant cheikh Omar, sultan du Bornou, qu'il battit à Kousseri et dont il obtint une contribution de guerre de 8.000 thalers. C'est lui qui transféra la capitale de Ouara à Abécher. Devenu aveugle, obligé de se défendre contre le Tama révolté et contre un de ses propres fils, il finit par mourir à demi-fou en

Un nommé Ali lui succéda, qui s'occupa surtout de favoriser le commerce avec la Méditerranée et de remettre de l'ordre dans le pays. Il reçut la visite de Nachtigal en 1873- 1874, au moment de sa lutte contre Abou-Sekkine, mbang du Baguirmi. C'est lui qui fit construire, par deux Tripolitains, le palais royal d'Abécher et qui annexa le Rougna et le Kouti.

Le roi Youssef (1874-1898) laissa le Baguirmi reprendre son indépendance. C'est sous son règne que Rabah, venant du Bahr-el-Ghazal, fit irruption dans le Kouti (1879), puis dans le Rougna, razzia les dépendances méridionales du Ouadaï et installa comme sultan du Kouti et du Rougna le nommé Senoussi (1890). Ce dernier, une fois Rabah au Bornou (1894), accepta d'ailleurs la suzeraineté du Ouadaï, puis un peu plus tard celle de la France.

Ibrahim (1898-1901) périt des suites de blessures infligées par des rebelles. Abou-Ghazali (1901-1902) eut à lutter contre un de ses officiers, Acil, qui chassa le roi d'Abécher, puis se réfugia lui-même au Fitri, où il se mit

SOUS la protection des troupes françaises. Doudmourra remplaça Abou-Ghazali. En 1909, nous prenions Abécher et placions Acil sur le trône du Ouadaï ; Doudmourra, réfugié dans le Nord du pays, continuait la lutte pendant deux ans et enfin nous faisait sa soumission en 1911. Quant à Acil, nous fûmes contraints de le déposer en 1912; il n'a pas eu de successeur.

Comme le Ouadaï, le Darfour ^, son voisin de l'Elst, était autrefois sous l'autorité de Toundjour idolâtres. Le pouvoir fut usurpé au XVI^ siècle par un musulman, Soloun- Slimân, qui était, dit-on, d'origine arabe par sa mère et qui fixa la capitale à Bir-Nabak. Omar-Lélé, son quatrième successeur, la transféra à Kabkabié ; c'est cet Omar-Lélé qui fut vamcu et fait prisonnier par le roi du Ouadaï Yakoub- Arous vers 1700. Après lui régnèrent Aboubekr, Abderrahmân I, puis Téhérab, qui conquit et islamisa le Kordofan, puis Abderrahmân II, qui transporta la résidence royale à Tendelty, appelé par les Arabes El-Facher, et fut en relations avec Bonaparte durant la campagne d'Egypte (1798-1799).

Sous le règne de Mohammed- Fadel (1800-1840), le Kordofan échappa au Darfour pour être conquis et occupé par les troupes égyptiennes. Ensuite régna Hosseïn, Sous son successeur Haroun, le Darfour à son tour fut annexé au Soudan égyptien par Zobeïr-Pacha (1874); Haroun, s 'étant révolté, fut vaincu et tué à Koulkoul par Slatin- Pacha, qui fut nommé gouverneur du Darfour (1879).

Le Kordofan ou Kordofal sépare le Darfour du Sennar, dont il est séparé lui-même par le Nil. Les habitants sont

1 . J'emploie le mot Darlour pour me conformer à la tradition reçue ; en réalité, le nom du pays et de ses habitants est Four ou Fôr et l'expression dar-Four, employée par les Arabes, signifie * habitat de» Four ».

des Noirs parlant plusieurs langues distinctes, dont certaines se rapprochent beaucoup, comme système, des parlers bantou. Ceux du Nord sont appelés Koldadji ou Koulfân, ceux du Sud Nouba ou Deyer. Ce mot Nouba^ dont nous avons fait « Nubie » et « Nubiens », est proprement le nom du pays montagneux qui constitue la province méridionale du Kordofan et des indigènes de cette province, dont une fraction est depuis assez longtemps convertie à l'islamisme ; par extension. Nouba est devenu le surnom donné par les Arabes à tous les Noirs musulmans du Soudan oriental, tandis que les Noirs païens de la même région sont appelés, quelle que soit leur origine ethnique, Fertit au Darfour, Djénakhéra au Ouadaï et Kirdi au Kanem. D'autre part, on a donné en Europe le nom de « Nubie » à la région située le long du Nil entre Ouadi-Halfa et Khartoum (région de Dongola), parce qu'un certain nombre de Nouba s'y sont établis. Mais la véritable « Nubie » se trouve dans le Sud du Kordofan et il n'est pas inutile de le rappeler ici.

Gouverné au début par des Toundjour païens comme le Ouadaï et le Darfour, le Kordofan fut ensuite conquis par des Nouba musulmans dont le chef s'appelait Moussabba. Nous venons de voir qu'il fut annexé au Darfour sous le règne de Téhérab, qui réussit à propager l'islamisme parmi les Koldadji et établit un magdoum ou gouverneur à Bara, et qu'il lui fut enlevé sous Mohammed- Fadel par le defierdar égyptien Mohammed-Bey, qui fit d'Ell-Obeïd le chef -lieu de son gouvernement.

Il n'est guère possible, dans un tableau historique du Soudan oriental, de passer sous silence l'équipée de Rabah et le mouvement mahdiste de la fin du siècle dernier.

Zobeïr-Pacha, qui appartenait à la tribu arabe des Djaa-

line, avait été nommé gouverneur du Bahr-el-Ghazel vers 1875. Appelé au Caire pour y conférer avec les autorités égyptiennes, il confia sa charge à son fils Souleïmân. Ce dernier, desservi auprès de Gordon-Pacha par les gens de Dongola, ennemis des Djaaline, crut à de l'hostilité de la part du gouverneur général du Soudan, prit parti contre le gouvernement égyptien et favorisa la révolte de Haroun, sultan détrôné du Darfour. On envoya contre lui Gessi- Pacha, qui lui infligea une défaite sanglante.

Son principal lieutenant était alors Rabah, fils d'une négresse qui avait été la nourrice de Zobeïr-Pacha et, par conséquent, frère de lait de ce dernier. Lors de la déroute de Souleïmân, Rabah prit la fuite avec les survivants de l'armée de son maître et commença ses conquêtes au Nord- Ouest du Bahr-el-Ghazal (1878). Poussant vers l'Occident, il pénétra en 1879 chez les Banda, se rabattit en 1883 sur le Kouti, y installa en 1890 Senoussi comme sultan, se jeta en 1892 sur le Baguirmi et s'empara en 1893 de Bougoman, qui remplaçait alors Massénia comme capitale. La même année, il attaqua Hachem, sultan du Bornou, le vainquit et le mit à mort (décembre 1893). Puis il marcha sur le Gober, où s'était réfugié Aboubekr, neveu et successeur de Hachem ; arrêté par l'armée de l'empereur de Sokoto, il se retourna contre les petits Etats du Sud du Tchad, prit Goulfeï aux Bousso, Kousseri aux Mandara, Logone aux Kotoko, envahit de nouveau le Baguirmi en 1898. incendia Massénia, poursuivit le mbang près de Kouno, s'y heurta avec 8.000 hommes à une trentaine de miliciens commandés par l'administrateur Bretonnet (18 juillet 1899) et ne vint à bout de cette poignée de braves qu'après huit heures de combat. Le 22 avril 1900, il était battu à Kousseri par le commandant Lamy et tué à la fin

du combat, qui coûta également la vie à son vainqueur. Son extraordinaire aventure avait duré vingt-deux ans et ruiné toute une partie du Soudan.

G>mme Rabah, le mahdi et son khalife étaient des Soudanais. Mohammed- Ahmed, natif de Dongola, appartenait à une famille de Nouba. Il s'était proclamé mahdi en 1881, après avoir battu Rachid-Bey, gouverneur de Fachoda, dans les montagnes du Kordofan méridional, d'où sa famille était originaire et où il avait fixé sa résidence. En 1882, il remporte une nouvelle victoire sur une importante colonne égyptienne, puis s'empare de tout le Kordofan, dont le chef -lieu El-Obeïd tombe en son pouvoir en février 1883. Il attire dans un guet-apens l'armée de Hicks-Pacha, forte de 10.000 hommes, qui est entièrement massacrée à Chékân (Kordofan), le 4 novembre 1 883. Slatin-Pacha, gouverneur du Darfour, et Lupton-Bey, gouverneur du Bahr-el-Ghazal, capitulent en 1884. Seuls, Emin-Pacha en Equatoria (Haut Nil) et Moustafa-Bey à Dongola continuaient à tenir bon ; Berber et le Sennar étaient entre les mains des « Derviches », comme on appelait les partisans du mahdi. Le 15 janvier 1885, celui-ci s'emparait d'Omdourmân, un faubourg de Khartoum, et, le 26 janvier, il entrait en vainqueur dans la citadelle de Karthoum et mettait à mort Gordon-Pacha. Il était dès lors le maître effectif des huit dixièmes de ce qui avait été, cinq ans plus tôt, le Soudan égyptien. Peu de temps après, il mourait de la fièvre typhoïde à Omdourmân.

Quant à Abdoullah, il appartenait à une tribu de Baggara (bouviers) du Darfour, métissée d'Arabes et de Nègres. Il s'était lié d'amitié avec le mahdi, dont il devint le principal conseiller et qui, au moment de mourir, le désigna

comme son « khalife », c'est-à-dire son représentant et son successeur (1885). Abdoullah écarta aussitôt les parents et les compatriotes du mahdi. Nouba de Dongola et du Kordofan, pour s'entourer de gens du Darfour, dont il fit venir plusieurs milliers à Omdourmân. Il organisa une puissante armée, qu'il envoya contre l'Abyssinie ; la ville de Gondar fut prise et pillée par les bandes du khalife et le négous Jean fut tué (1888). En 1892, les troupes d'Abdoullah s'établirent dans l'Equatoria, qu'Emin-Pacha avait quittée en 1889. Peu après, cependant, la puissance éphémère des « Derviches » commença à décliner : en Î896, les troupes anglo-égyptiennes réoccupaient Dongola et, en 1897, Berber ; le 10 juillet 1898, le capitaine Marchand, aujourd'hui général, s'emparait de Fachoda ; le sirdar Kitchener prenait Omdourmân le 2 septembre suivant et, en 1899, Abdoullah, réfugié au Kordofan, y était battu et tué par le colonel Wingate.

Nous venons de voir de quelle façon, plutôt désastreuse en général, s'est exercée l'influence musulmane sur les pays compris entre le Tchad et le Nil. De l'autre côté du grand fleuve africain, c'est une autre influence qui prédomina la plupart du temps, celle de l'Abyssinie chrétienne.

Celle-ci fut sans contredit considérable sur les populations nègres et négroïdes comprises dans les limites de l'empire abyssin ou voisines de ces limites. Si l'on songe à la part qu'a eue cet empire dans les destinées de l'Egypte ancienne ; si l'on se souvient qu'au moment de la naissance de Mahomet (570) il exerçait sa suzeraineté, par delà la Mer Rouge, sur le Yémen et qu'il envoya contre La Mecque une armée de près de 40.000 hommes ; si l'on pense à l'extraordinaire renommée dont jouissait en Europe au

Moyen-Age la puissance du fameux « Prête- Jean ^ » ; si l'on réfléchit que cet Etat chrétien sut conserver sa religion à travers les siècles, à proximité des grands foyers de l'islam, et la défendre contre les entreprises musulmanes depuis l'époque de la conquête de l'Egypte par les premiers khalifes jusqu'à la violente poussée des « Der\iches » d'Omdourmân, on est obligé de supposer qu'une pareille force n'a pas pu ne point rayonner sur les peuples avec lesquels elle s'est trouvée en contact.

De tout temps, l'empire abyssin a renfermé, entremêlées les unes parmi les autres, des populations d'origines diverses et fort mélangées. Les unes, qui détiennent le pouvoir, sont considérées comme sémitiques et parlent, en tout cas, des langues sémitiques, notamment les Tigraï, les Gouraghé et les Amhara ou Amhariques, auxquels appartient la famille impériale, laquelle se prétend issue de Salomon et de la reine de Saba. D'autres, rattachées en général au rameau kouchite de la race dite hamitique, parlent des langues qui ont certains points de contact avec les langues nègres, telles les Agaou, les Bogos ou Bilen, les Saho, les Kouara, les Kaffa et quantité de tribus englobées sous le terme générique de Sidama. Certaines, comme les Falacha, passent pour être d'origine israéhte, bien qu usant d'un parler analogue à ceux des précédentes.

Quant aux peuples qui avoisinent l'Abyssinie proprement dite au Nord (Bichari ou Bedja), à l'Est (Danakil ou Afar), au Sud-Est (Somali) et au Sud (Galla ou Oromo), ils présentent les types les plus variés, parmi lesquels le

I. Et non pas « Prêtre Jean », comme on l'a écrit à tort. Cette appellation viendrait de la traduction latine du titre de beloat < précieux *, que portait un négous du ncxn de Jean. Sur une carte d'Abyssinie datant de ! 627 figure la mention Abissinoram Mtc Pretioà loannîs Irroeriam et le texte imprimé au dos porte : « les Princes s'appellent par les Maures Aiicldxissi, en Ethiopie loaimes Btlut, c est haut, ou prédeuz : vulgairement Prête lean ».

type nègre domine souvent, et parlent, eux aussi, des langues qui semblent se rattacher en partie aux parlers négro-africains. En fait, toutes ces populations sont plus ou moins négroïdes d'aspect et chez toutes se manifeste, à des degrés divers, l'influence de la race noire ; celle-ci paraît surtout prépondérante chez les tribus les plus éloignées du plateau amharique ; elle devient à peu près unique chez les Massai, qui font suite aux Galla et aux Somali dans la direction du Sud. Des invasions asiatiques diverses ont contribué d'ailleurs à multiplier les mélanges.

Les Danakil et les Somali sont, à l'heure actuelle, en majeure partie musulmans ; ce sont surtout des nomades, divisés en une multitude de petites tribus. Les Galla, à la fois agriculteurs et pasteurs, sont en majorité païens, mais beaucoup d'entre eux sont chrétiens ; on trouve chez eux des collectivités communales administrées par des conseils de notables. Ils étaient déjà constitués au temps des Pharaons ; très puissants au X^ siècle de notre ère, d'après Massoudi, ils se livrèrent à de grandes migrations aux xv^ et XVI^ siècles ; après avoir été longtemps des adversaires redoutables pour les négous d'Abyssinie, ils furent englobés au XVIII^ siècle dans l'empire de ceux-ci.

Au Sud des Etats musulmans du Soudan central et des populations, plus ou moins influencées par l'Abyssinie, du Soudan oriental, vivent de nombreux peuples en général fort arriérés, quelques-uns cannibales, chez lesquels l'islamisme n a pas pénétré et qui, jusqu'à une époque récente, ont servi de réservoir d'esclaves aux princes mahométans du Nord. Tels sont les Gbari, Mounchi, Batta, Fali, Mboum, etc., du Sud du Haoussa et de l'Adamaoua ; tels sont également les Baya de la haute Sangha, les Mandjia de la Ouahme, les Banda du haut Oubangui, les Azandé ou Niam-

Niam qui leur font suite à l'Est, tous appartenant à un même groupe ethnique et linguistique ; tels encore les Sara, les Kenga, les Gabéri, etc. du Sud du Baguirmi, les Boulala et les Kouka du Fitri, les Bongo et les Kredj du haut Bahr-el-Ghazal et d'autres populations formant avec ceux-ci et avec les Baguirmiens un autre groupe ; tels aussi au Sud du Ouadaï les Rougna, au Sud du Darfour les Dinka, au Sud du Kordofan les Nouer et les Chillouk ; tels enfin, le long du haut Nil, les Bari, les Madi et les Mombouttou qui vivent à l'Ouest et au Nord du lac Albert, et, plus à l'Est et au Sud-Est, les Andorobbo et leurs cousins les Kouafi, les Houmba, les Tatourou et les Massai.

Tous ces peuples ensemble constituent les représentants les plus méridionaux des groupes dits « soudanais » et sont limitrophes des fractions les plus septentrionales du groupe bantou. La ligne de démarcation, très irrégulière, part de l'Atlantique dans la région des Calabars, au Nord-Ouest de Douala, pour suivre d'abord approximativement le 5^ de latitude nord jusque vers la Sangha, puis le 3° jusque vers le lac Rodolphe, et s'inclmer ensuite dans la direction du Sud de façon à atteindre l'Océan Indien vers le 5° de latitude Sud, entre Mombassa et Zanzibar.

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